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On n’aura de cesse de tirer son chapeau aux acteurs nationaux comme internationaux, qui accompagnent le Mali vers sa sortie de crise. La présidentielle tant redoutée pour plusieurs raisons, mais qui se présentait comme une panacée à la crise malienne, poursuit son cours sans couac majeur. Fort heureusement. Les techniciens ont, depuis un certain temps, cédé la place aux politiques. Les Maliens attendent donc impatiemment les résultats du scrutin de tous les enjeux, pour lequel ils ont manifesté un grand intérêt. Le taux de participation, environ 80% par endroits, reste un score que jamais, de bonne mémoire, un scrutin n’a atteint. Finie la phase des votes, place à la guerre des nerfs qui se mène entre les deux mastodontes politiques nommés Soumaïla Cissé et Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK. Evidemment, les deux n’ont pas la même appréciation sur les résultats qui sortiront des urnes. Tandis que Cissé admet l’idée d’un second tour, IBK semble assuré de son passage haut la main dès le premier tour. Cela se comprend très aisément. Du reste, comme dit le proverbe, « l’animal qui a vu le danger venir et celui qui ne l’a pas vu n’ont pas la même façon de courir ». La vérité est que IBK joue son va-tout face à un Soumaïla Cissé qui pourrait tenter encore sa chance en cas d’échec. IBK à qui certains résultats donnent une légère avance sur Cissé sait aussi qu’un éventuel second tour peut lui être fatal. Il a dû se rendre à l’évidence que les seconds tours profitent généralement au candidat non-favori. Les partis satellites, dans le cas d’espèce, ont tendance à renforcer le candidat arrivé deuxième au premier tour. Les exemples en la matière foisonnent. Le cas le plus récent et le plus emblématique reste celui du Sénégal où Macky Sall a déboulonné Wade grâce à des alliances stratégiques. De ce point de vue, le discours ne saurait être le même, selon qu’il provient du camp de Cissé ou de celui de Keïta.

Qu’à cela ne tienne, ce triomphalisme prématuré de IBK, de toute évidence, procède d’une pure délectation anticipée angoissée. On dit d’ailleurs des voix de la politique qu’elles sont souvent insondables. Mais la configuration politique du Mali actuel et le poids de son challenger Cissé ne devraient pas permettre à IBK une telle surestimation digne d’un président-candidat africain à sa propre succession. De fait, on a affaire à une course présidentielle de toutes les surprises, surtout que l’on ne parle pas de dauphin, ni de président-candidat. La crise malienne et le départ forcé de ATT ont laissé un terrain politique complètement vierge où les candidats vont en compétition avec les mêmes chances. C’est dire donc que chaque candidat, aussi fort qu’il se croit, doit se mettre à l’esprit que rien n’est joué d’avance. Cela éviterait la prédisposition à la contestation et à la violence au soir de la proclamation des résultats d’un scrutin pour le moins régulier. Il ne faut surtout pas décevoir, pour des raisons farfelues, les acteurs qui se sont mobilisés jusqu’ici pour garantir à cette présidentielle toute sa transparence. La communauté internationale aura tout fait pour barrer la route aux fraudes qui déclenchent généralement les crises post-électorales en Afrique.

Cela dit, IBK est renforcé dans sa position par certains médias maliens qui lui donnent déjà la victoire dès le premier tour. L’on ne trouve pas beaucoup à redire sur le professionnalisme de ces médias, sauf que cet empressement à donner la victoire à un candidat pourrait être lourd de conséquences dramatiques. L’on n’apprend rien à ces médias sur leurs responsabilités, sauf qu’ils aiguisent, par leurs pronostics, les appétits de la contestation et de la violence. Bien évidemment, ces résultats qu’ils communiquent et les pronostics qu’ils font risquent de tenir lieu de parole d’Evangile. En cas d’échec, les partisans du candidat que ces médias donnent pour favori ne tarderont pas à sortir l’antienne la plus connue dans le cas d’espèce : « même la presse nous avait donné la victoire ». L’exemple des médias sénégalais qui, à la présidentielle dernière, se contentaient de donner les résultats au fur et à mesure sans prendre parti, n’a malheureusement pas inspiré les confrères maliens qui font de l’anticipation vraisemblablement partisane. On a bien peur qu’ils emboitent le pas à ces médias ivoiriens qui diffusaient en son temps des résultats erronés en faveur de Gbagbo. Ce qui a largement contribué à la radicalisation de ce dernier. En tout état de cause, le Mali, déjà éprouvé, n’a pas besoin d’une nouvelle crise. En cette période d’attente qui est aussi celle où les nerfs se surchauffent, ces médias doivent donc savoir raison garder.

Boulkindi COULDIATI

Publié le mercredi 31 juillet 2013

Source : Lepays.bf