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On n’est pas près de cesser la polémique qui entoure la tenue de la prochaine présidentielle malienne. Et ce, non pas parce que la date n’en a pas été retenue (c’est officiel, il s’agit du 28 juillet 2013), mais plutôt au regard de résistances significatives à son maintien qui s’expriment, chacune ayant son bon lot de justificatifs. Jusqu’à une date bien récente, ils étaient tout de même 7 candidats à avoir manifesté leur désir de voir reporter le scrutin de la magistrature suprême. Désormais ils sont au nombre de huit : Tiébilé Dramé vient, lui aussi, d’adresser une requête à la Cour constitutionnelle malienne à travers laquelle il demande un report de la présidentielle. Entre autres raisons évoquées : à Kidal, « la rebelle », où le processus électoral est au point mort, la liste électorale n’est toujours pas établie et le déploiement de l’Administration se fait encore attendre. Le tout dans un climat de défiance entre les habitants et les éléments de l’armée de retour dans cette ville.

Alors, au cas où le vote ne se tiendrait pas à Kidal, pourrait-il revêtir le sceau de l’universalité comme l’impose la loi fondamentale ? C’est l’objection soulevée par Tiébilé dans son recours en report du scrutin.

Quant à savoir si l’intéressé aura plus de chance de se faire entendre que ses cocandidats qui l’ont devancé dans la formulation de leur requête commune, il faudra sans doute attendre pour le savoir. On a même envie d’affirmer qu’il s’agit là d’un autre coup d’épée dans l’eau.

Et pourtant, au regard de ce qui se passe au Mali, de nombreux écueils existent, évidents, qui militeraient en faveur d’un report de la date du 28 juillet.

Primo, la proximité de l’échéance ; elle pourrait de pousser à la précipitation, avec pour corollaire un grand risque d’insuffisance de la préparation. Pour un scrutin de l’importance de la prochaine présidentielle malienne, il s’agit là d’un obstacle d’envergure.

Secundo, la conjugaison de deux autres facteurs que sont le ramadan et la saison des pluies. On ne voit pas comment ils pourraient ne pas interférer dans ce scrutin ; le pays est, à plus de 90%, constitué de musulmans ; quant à la saison des pluies, il n’y a pas de raison qu’elle ne produise pas cette année ce qu’elle génère d’habitude en zone sahélienne, comme impraticabilité des voies, isolation et inaccessibilité de certaines régions. Ce sont là des paramètres que l’on ne saurait négliger si tant est que l’on veuille d’un scrutin paisible, crédible et qui fasse consensus.

Tertio, l’épineuse question de Kidal comme évoquée plus haut. Certes, depuis la semaine dernière, l’armée malienne est de nouveau présente sur cette partie du pays d’où elle avait été repoussée par les combattants du MNLA. N’empêche, jusqu’à l’heure actuelle, aucun candidat, pas même les partisans du maintien de la date du scrutin, ne prévoit d’aller prêcher dans ce désert. Pire, demeurent dans cette partie septentrionale du territoire malien de difficiles interrogations à propos du recensement et de la confection des listes électorales, qui demeurent de toute évidence des questions-clés dont la résolution détermine la validité d’un scrutin. Il serait incongru que l’ont ait fait tout ce ramdam pour récupérer Kidal si, au final, c’était pour organiser des élections en ignorant royalement l’ensemble de ses habitants.

Ce ne sont pas les arguments qui manquent. Reste à savoir s’ils seront d’un poids suffisant pour repousser la date du 28 juillet. Le gouvernement intérimaire qui l’a retenue, à supposer qu’il l’ait fait à contrecœur, serait bien en difficulté lorsqu’il s’agira de convaincre Hollande, le «sauveteur», de reporter la présidentielle malienne à une date ultérieure. Car, pour Paris, et ce, depuis le début de report, il n’y en aura point. Presque une question d’honneur, dirait-on : le scrutin populaire devrait aussi servir d’heureux épilogue à la saga des troupes militaires hexagonales qui arpentèrent les sables du désert malien et en extirpèrent les djihadistes d’Ansar Dine, d’Aqmi et du Mujao.

Encore faut-il que cette présidentielle que les autorités maliennes s’épuisent à tenir « quand même » ne tourne pas finalement au bricolage électoral. Dans ce cas, produira-t-elle les fruits qu’on est en droit d’en attendre ? Et là, rien vraiment de moins sûr.

Jean Claude Kongo

Mise à jour le Mardi, 09 Juillet 2013 21:36

Source : L’Observateur Palaaga