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Le Mali a tenu le pari de la présidentielle. Qui l’eût cru ? Pas grand monde. Avouons-le tout de suite, nous avons été de ceux qui ont affiché leur scepticisme sur l’effectivité du scrutin du 28 juillet dernier. Un sentiment plus tard partagé par le président de la CENI lui-même, en proie au doute sur les capacités de son institution à respecter cette échéance électorale. Tant les contraintes se sont avérées nombreuses et multiformes : retard dans la distribution des cartes électorales, difficultés dans le recensement des milliers de déplacés, question de la sécurité à Kidal, localité naguère contrôlée par le mouvement séparatisme du MNLA.

Aujourd’hui, le sentiment d’appréhension a cédé à celui de la satisfaction.

Même tenu dans l’«impréparation», voire dans la «précipitation», cette présidentielle malienne n’a pas à envier certains scrutins pourtant organisés dans les conditions «normales de pression et de température», comme qui dirait. Une prouesse s’il en est et dont se soit félicité les observateurs internationaux et nationaux. Cerise sur le gâteau, le taux de participation de l’ordre de 53% est d’un niveau jamais enregistré de mémoire d’électeur malien.

Le pays tout entier, dans l’attente des résultats, partage un sentiment de satisfecit. Seul bémol, de guerre des chiffres entre les favoris de la présidentielle.

Depuis avant-hier, les partisans d’Ibrahim Boubacar Keita, candidat du RPM, crient à la victoire dès le premier tour. Un «takokélé» repris par les radios privées et autres sites Internet de la capitale.

De leur côté, les militants de l’URD tablent sur un second tour entre, bien sûr, leur candidat, Soumaïla Cissé, et IBK.

Un coup K.-O. ou un recours à un second round pour départager les deux gladiateurs de l’arène politique ?

Alors qu’on s’attendait à plus d’éclaircie dans cette nébuleuse bataille rangée, le ministre de l’Administration territoriale est allé lui aussi de sa dose de confusion.

En effet, après avoir donné des résultats sur seulement un tiers du dépouillement, le colonel Moussa Sinko Coulibaly s’est laissé aller à une conclusion aussi inopportune que hasardeuse : «Nous sommes au tiers du dépouillement de l’ensemble des résultats. Mais déjà à ce stade, il y a des tendances qui se dégagent : il y a un candidat, en l’occurrence Ibrahim Boubacar Keïta, qui a une large avance sur les autres candidats. Les écarts sont importants. Si ces écarts sont confirmés, il n’y aura pas de deuxième tour à l’élection présidentielle du 28 juillet». Prenant ainsi le risque d’être suspecté de rouler pour un camp.

Certes un tiers, ce n’est pas rien. Mais cela ne représente qu’une partie visible de l’iceberg électoral. Faute de masse critique de suffrage pour présager l’issue du scrutin, la sagesse commande que l’autorité s’en tienne au chiffrage. Aux protagonistes de la scène politique d’en user comme bon leur semble.

Mais ce n’est là qu’une erreur de com. qui ne saurait servir de fond de contestation ou de procès en tout genre.

Victoire au premier tour ou inexorable second round, il appartient aux différents prétendants à la magistrature suprême de savoir raison garder. Après avoir réussi le plus difficile, c’est-à-dire relevé le défi de l’organisation du scrutin, il ne reste à la classe politique qu’à s’élever définitivement en s’abaissant devant le verdict des urnes. Et ça, ce n’est pas le Djoliba à boire.

C’est à cette seule condition que la présidentielle atteindra l’objectif escompté : tourner définitivement la page de la crise et remettre le Mali dans la cour des grandes démocraties africaines.

Alain Saint Robespierre

Mardi, 30 Juillet 2013 21:09

Source: L4observateur Palaaga