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Ainsi donc l’état d’urgence, qui était en vigueur depuis le 12 janvier, a été levé avant-hier 6 juillet pour permettre aux présidentiables, vingt-huit dont une mousso (femme en bamana et en dioula), de tenir des réunions politiques et de battre la campagne à partir du lendemain dimanche 7 juillet 2013, hier donc ; l’éventuel second tour du scrutin, lui, est prévu pour le 11 août. D’ailleurs l’ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita, dit IBK, candidat aguerri qui a rallié à lui une trentaine de formations politiques, un peu tels Alpha Condé ou Cellou Dallein Diallo en Guinée, est entré dans la danse ce dimanche même.

Pas de temps donc à perdre, car on a 20 jours pour convaincre, or le 28, c’est vite arrivé. Si on ajoute à cela l’entrée vendredi des premiers éléments de l’armée nationale à Kidal, rendue possible par l’acceptation du cantonnement de ses troupes par le MNLA, force est de reconnaître une volonté de part et d’autre de tenir ses engagements. N’empêche que des défis demeurent à relever : la couverture électorale de tout le territoire, grand de 1 240 000 km, dont la distribution de près de sept millions de cartes d’électeurs à temps par l’Administration au redéploiement non encore achevé au Nord. Il y a aussi que 500 000 réfugiés et déplacés doivent être ramenés chez eux pour qu’ils puissent voter, tout cela, dans le contexte de la saison des pluies et du ramadan, qui ne sont pas des facteurs favorisants.

Un autre candidat, Tiébilé Dramé, « coartisan » de l’accord de Ouaga du 18 juin entre Bamako et l’ex-rébellion touareg, n’a-t-il pas vivement critiqué la tenue du scrutin si tôt sous la pression de la France ?

« Les conditions ne sont pas du tout réunies pour l’organisation du scrutin. Il y a de l’autisme de la part des pouvoirs publics. Le gouvernement n’est pas prêt, le ministre de l’Administration territoriale n’est pas prêt contrairement à ce qu’il dit, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) n’est pas prête », a-t-il déclaré à l’AFP, enfonçant le clou. Cette analyse, quel que soit ce qu’elle vaut, est en tout cas partagée par International Crisis Group (ICG), qui préconise son report de « courte durée » n’excédant pas trois mois, vu comme « bénéfique à long terme » : « S’obstiner à tenir le calendrier actuel revient à prendre le risque d’un processus électoral chaotique et contesté débouchant sur l’élection d’un président dépourvu de la légitimité nécessaire au rétablissement du pays », estime ICG.

Qu’on se comprenne bien : si, vu la situation qui prévaut au Mali, nous avons toujours été sceptiques quant à la tenue, le 28 juillet, de cette élection cruciale qui doit rétablir l’ordre constitutionnel interrompu par le coup d’Etat du 22 mars 2012, maintenant que, malgré tout, la machine de la présidentielle est lancée, nous prions pour son succès sur toute la ligne et qu’elle tienne toutes ses promesses. De même, nous implorons Bon Dieu de faire relever idéalement par la Minusma son premier grand défi, en assurer la sécurisation.

Ahl-Assane Rouamba

Mise à jour le Dimanche, 07 Juillet 2013 20:21

L’Observateur Palaaga