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Sauf cataclysme de dernière minute, la présidentielle malienne aura lieu le 28 juillet prochain. Le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré, l’a confirmé devant les 28 candidats ou leurs représentants qu’il a reçus le 9 juillet dernier. Tout en reconnaissant les imperfections du processus électoral, le président malien a demandé aux candidats d’être indulgents et de cultiver l’esprit de fair-play.

Un esprit patriotique

Dioncounda veut que les choses soient claires dans les esprits. L’élection présidentielle se tiendra à bonne date. Mais l’homme sera-t-il entendu ? On peut bien le penser car, depuis cette rencontre de clarification, aucun partisan du report n’a fait entendre un autre son de cloche. Et comme on le dit, qui ne dit mot consent.

Le fait même que les plus grands partisans du report, comme Tiébilé Dramé, aient été reçus et n’aient pas trouvé à rédire, est en soi un bon signe. En tous les cas, le Mali retient son souffle et espère que les paroles de Dioncounda ne tombent pas dans l’oreille de sourds. Il faut surtout saluer la constance du président Dioncounda. Il aurait pu, comme certains, jouer la montre pour profiter davantage des privilèges liés à son rang et à sa fonction car, il est évident que, plus on traînera les pieds sur le chemin de la présidentielle, plus la transition durera.

Et à coup sûr, c’est lui qui tirera ses marrons du feu. Mais guidé par l’esprit patriotique, il a préféré mettre en avant l’intérêt général au détriment de ses propres intérêts. On peut donc, sans se tromper, dire qu’il a le sens de l’Histoire. On dit souvent qu’il faut savoir passer la main avant qu’on ne vous force la main. L’Histoire retiendra que Dioncounda ne se sera pas fait prier pour mettre fin à la transition. Il ne fait pas de doute, sa fermeté sur la date du 28 juillet traduit sa volonté de remettre le pouvoir au prochain président démocratiquement élu. Il est important que l’élection ait lieu afin que le Mali renoue avec la légalité et la légitimité.

Une situation exceptionnelle

Certes, les inquiétudes des partisans du report ne sont pas à négliger, mais ils doivent se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’élection parfaite ni de préparations parfaites. Il serait donc utopique de croire que le Mali, qui est dans une situation exceptionnelle, fasse l’exception. Plus tôt, on organisera l’élection, mieux on évitera des surprises désagréables.

Pour ceux qui s’inquiètent de la légitimité du futur président, ils doivent savoir qu’une légitimité insuffisante, dans ce contexte, vaut mieux que l’absence de légitimité. Dioncounda Traoré ayant levé toute équivoque, il appartient à présent à chacun des candidats de mettre les bouchées doubles afin de tirer son épingle du jeu. On sait que certains contestent cette date du 28 juillet parce qu’elle a été arrêtée avec la bénédiction de la France. Ces derniers doivent transcender leur sentiment nationaliste et regarder la réalité en face. Le Mali doit nécessairement sortir de sa situation actuelle pour redevenir une république normale, légale et légitime.

Et plus tôt il ira aux élections, plus vite il aura l’appui nécessaire de la communauté internationale pour relancer son combat pour le développement. De nombreux chantiers dont la mise en œuvre requiert la présence effective d’un président élu démocratiquement l’attendent. Car les bailleurs ne sont plus prêts à soutenir des régimes illégitimes. Il faut d’ailleurs souhaiter que, comme le veut Dioncounda, les candidats ne contestent pas les résultats de cette présidentielle.

Le Mali n’a pas besoin d’une crise postélectorale, lui qui ne s’est pas encore remis de l’invasion djihadiste. Une nouvelle crise, surtout politique, lui serait sans doute fatale. Les acteurs de la scène politique malienne devraient même s’estimer heureux. En effet, alors que certains dirigeants font des pieds et des mains pour rester au pouvoir, Dioncounda travaille à le quitter rapidement. Cela n’arrive pas souvent sous nos cieux. Le cas du président de la transition malgache, Andry Rajoelina alias TGV, est illustratif à cet égard.

Dabadi ZOUMBARA

Publié le jeudi 11 juillet 2013

Source: lepays.bf