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Au Mali, la campagne électorale pour la présidentielle du 28 juillet prochain bat son plein dans toutes les localités du pays sauf à Kidal où, jusqu’à preuve du contraire, le scrutin risque de ne pas avoir lieu. En effet, jusqu’à la date d’hier 10 juillet 2013, ce qui ressemble toujours à un bastion touareg demeurait sans administration et sans liste électorale. Les 150 militaires maliens, déclarés « pestiférés » par les touarègs, qui peinent à s’y établir, sont régulièrement agressés par des jets de pierres. Les Maliens originaires du Sud et traités de « bambaras » sont molestés à la moindre occasion, et aujourd’hui il y a 2 Kidal qui se regardent en chiens de faïence :

– l’un, representé par ceux qui ne veulent pas sentir la MINUSMA (forces onusiennes) encore moins les éléments de l’armée nationale. Preuve de la défiance à l’égard de ces contingents militaires : des hommes ont blessé trois soldats, dont un Français ;

– l’autre, constitué par ceux qui consentent à accepter le retour des forces régulières.

Il n’est pas jusqu’au gouverneur de Kidal qui, dans ce contexte anxiogène, ne sait plus où donner de la tête, perclus à Bamako en attendant des heures clémentes pour rallier Kidal.

C’est dans cette atmosphère à couper au couteau que des hommes armés ont blessé par balles deux civils qui sont actuellement entre la vie et la mort à l’hôpital de Gao. C’est également dans ce contexte plus que délicat que le président intérimaire malien, Dioncounda Traoré, a réuni, ce 9 juillet, les 28 candidats qui escaladent la « colline du pouvoir » pour leur réaffirmer que bon an mal an, la date du 28 juillet reste maintenue. Autrement dit, en dépit des voix discordantes, en particulier celles du président de la CENI et du patron du PAREMA, Tiébélé Dramé, qui demandent le report du scrutin, l’élection aura bel et bien lieu à la date ci-dessus mentionnée.

Le n°1 malien reste ainsi égal à lui-même et embouche la même trompette que son homologue français, François Hollande, pour qui le 28 juillet est pratiquement gravé dans le marbre de la Loi fondamentale malienne. Une position répétée hier encore par Laurent Fabius en dépit de la situation de ni paix ni guerre qui prévaut aujourd’hui dans cette enclave naguère sous contrôle des combattants du MNLA.

Et Kidal dans tout ça ? Telle est la question qui taraude les Maliens et la Communauté internationale pour qui il faut trancher ce nœud gordien.

Le gouverneur aura-t-il le temps nécessaire et surtout les mains libres pour revenir fissa à Kidal et organiser le scrutin avec comme solution de change la liste électorale de 2009 ?

Les électeurs sortiront-ils si vote il y a ou resteront-ils chez eux pour boire le thé, manger des dattes et du mitchoui, bref casser le jeûne en toute tranquillité ?

Pourquoi la France, malgré l’impréparation politique et l’insécurité ambiante à Kidal, maintient-elle le scrutin pour le 28 juillet ? A-t-elle un plan pour parer à toute éventualité, par exemple, par le positionnement d’effectifs pendant et après le scrutin ?

L’impératif est certes de tenir des élections libres, transparentes et crédibles, mais plus encore qu’elles se déroulent sur tout le territoire, y compris à Kidal. La balle est à présent dans le camp des autorités maliennes.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Mise à jour le Mercredi, 10 Juillet 2013 21:39

Source : L’Observateur Palaaga