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‘’Mali-Den’’, ‘’Faso-Den’’…la liste est longue .De ces appellations aussi insensées qu’intempestives de partis politiques, sans base politique, l’électeur malien n’y voit que du feu. On ne leur reconnaît, aucun programme politique, aucune activité militante durant tout le reste de l’année. Pourtant, ils veulent tous présenter un candidat à l’élection présidentielle. Comment freiner cette frénésie ?

C’est un rituel, ou presque : à chaque JT de l’ORTM, un élément est consacré à une déclaration de candidature à l’élection présidentielle. Des plus sérieux, cette affaire commence à tourner au ridicule. S’agit-il d’un phénomène de mode, à la malienne ? Ou d’une action de sabotage ?

La réponse est à coup sûr, dans la question. Après, le lion, la panthère, le bœuf, la lune et le soleil, les ‘’cantidats’’ (les faux candidats) ne savent plus sous quel sigle, annoncer leur candidature.

Cependant, ils ne sont jamais à court d’idées pour présenter un programme. Car, la vie politique est menacée par la contrefaçon. Le marché politique est inondé de produits contrefaits. Et de candidats contrefaits…

Le discours de ces ‘’cantidats’’ est aussi contrefait. Il n’est pas le leur, ils l’ont chipé à ceux qui les ont précédés dans la déclaration de candidature.

Pour créer la différence, ils s’essayent dans la comédie, déballant leur logorrhée phraséologique en face de qui veut les entendre. « Quand je serais Président, je vais donner du travail à tous les Maliens », ou : « tous les Maliens mangeront trois fois dans la journée » déclarent-ils.

Il s’agit, pour la plupart, de ces candidats, dont la réputation ne dépasse même pas le bout de la rue de leur quartier. D’aucuns, peinent à se faire accompagner, ne serrait-ce que, par une poignée de militants. Du coup,la Maisondela Presse est devenue leur point de chute favori. Ils se servent des journalistes pour se donner un relatif décor politique.

D’autres, ne se fatiguent pas du tout, à soigner leur image, le jour de leur déclaration de candidature. Au point de laisser apparaître, leur personnalité ‘’bizarre’’.

« La Cour Constitutionnelle, avant la validation des candidatures à la présidentielle, doit faire un test psychologique à tous ces candidats » ironise un jeune, juriste. Afin, dit-il, d’éviter qu’on ne se retrouve avec des candidats ‘’toqués’’. Un autre s’insurge contre le nombre pléthorique des candidatures : « Quel bulletin pourra contenir les images de tous ces candidats ? »

Selon les observateurs de la scène politique, la multiplication des candidatures permet, aux intéressés, d’acquérir une certaine popularité auprès des décideurs. Ou, à tout le moins, un passeport diplomatique.

Moustapha Diawara

Canard Déchainé du 22 février 2012