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La démocratie a triomphé dimanche dernier au Mali même si des dangers des défrichages et des dangers latents accompagnent cette victoire. Les autorités en charge des élections devront aussi rendre la monnaie au peuple : en se montrant dignes de leurs charges.

La crise politico-sécuritaire que connaît le Mali n’a pas seulement eu des conséquences négatives. Elle a contribué à une prise de conscience civique et morale. Les Maliens ont compris que personne d’autre ne bâtira cette nation à leur place. Cette construction commence par le choix s gouvernants responsables et incarnant les légitimes préoccupations de la majorité du peuple.

L’étape initiale de cette œuvre collective était le 1er tour de l’élection présidentielle de dimanche dernier. Désormais conscients de leur rôle dans le processus démocratique, les Maliens ont massivement voté, du moins plus que lors des scrutins précédents. Les propos précurseurs du président de la République, qui, après son vote aux premières heures de la matinée, avait qualifié ces élections de « meilleures« au Mali tiennent bien la route.

Le chef de l’Etat devait savoir à quoi s’en tenir, lui qui a bravé tous les obstacles en maintenant la date du 28 juillet 2013. Au finish, la démocratie aura triomphé même si des défrichages et des dangers latents accompagnent cette victoire.

L’un des enseignements du scrutin de dimanche dernier est que le prochain président de la République ne sera pas un indépendant ou une personne ayant fait irruption sur le champ politique. Cela est une certitude. Les Maliens ont remis les partis politiques à leur place, celle de conquérir et d’exercer le pouvoir à travers un projet politique bien conçu.

Le trio qui s’est dégagé à l’issue de l’élection de dimanche dernier prouve à suffisance que les formations politiques les mieux implantées à la base ont de fortes chances de se faire entendre pendant les joutes électorales. Le peuple a donc retenu la leçon après l’échec de l’indépendant ATT.

Les électeurs se sont rendus à l’évidence qu’il serait dangereux de confier les destinées de la nation, en ces moments critiques, à un autre candidat en dehors des partis politiques. Comme ATT, un autre indépendant sortirait de sa cagnotte des méthodes similaires à « l’unanimisme politique« et s’entourerait de laudateurs et d’opportunistes indignes de confiance.

Or, dans le contexte actuel, le parti qui viendra aux affaires serait responsable de sa gestion et rendrait compte aux Maliens, avec à la clé la possibilité d’un plébiscite ou d’un vote sanction. Ce qui est d’autant plus pertinent que le président déchu ATT pourrait être le seul à défendre son bilan à la tête du Mali. Très peu parmi ses ex-courtisans de premier rang sont prêts à se livrer à la vindicte populaire en défendant l’héritage de leur mentor d’hier.

A l’échec des indépendants s’ajoute la percée de candidats de partis issus des entrailles de l’Adéma originel. Soumaïla Cissé de l’Union pour la République et la démocratie (URD) et Ibrahim Boubacar Kéita du Rassemblement pour le Mali (RPM) sont tous les deux des anciens barons de l’Adéma.

Toujours les mêmes ?

Et l’arrivée de l’un ou de l’autre à Koulouba pourrait raviver les vieilles tensions au sein de la Ruche, voire les calculs politiques à l’origine de la crise actuelle. L’apparition de nouvelles figures politiques au sommet de l’Etat ne sera probablement pas pour un futur proche. Au cours de la campagne électorale, le candidat de la Convergence pour le développement du Mali (Codem), Housseini Amion Guindo avait mis en garde contre la consécration d’une ex-Abeille.

« Nous parlons aujourd’hui de tournant générationnel parce que quand vous voyez la classe politique malienne, à un certain moment, ils étaient tous dans le même parti et ils ont tout géré ensemble. C’est souvent sur des questions de personnes que les gens se sont divisés. Et aujourd’hui, si l’un d’entre eux revenait prendre le pouvoir, je suis sûr d’une chose, il ne pourra pas lutter efficacement contre cette gangrène parce que tout simplement, les autres vont lui rappeler ce qu’ils ont fait ensemble dans le passé« , avait prévenu l’honorable élu à Sikasso.

Malgré les craintes de « Poulo« , force doit demeurer à la volonté du peuple s’il souhaite donner une autre chance à des figures emblématiques. Cela ne serait pas forcément synonyme de retour à la case départ en ce sens que les moments ont changé et les acteurs ont beaucoup appris de différentes situations au fil des ans.

Au demeurant, la primauté de la démocratie est indiscutable dans une République. Et les Maliens devraient être fiers de leurs votes. Cependant, au moment où la communauté internationale se félicite du bon déroulement de la présidentielle, qui était censé être un sacré défi, l’annonce des résultats provisoires s’avère si périlleux. Dans la forme et dans le fond, le ministère en charge des élections a failli. La bourde de mardi dernier a non seulement coûté au jeune ministre Moussa Sinko Coulibaly sa crédibilité, mais elle a aussi occasionné des foyers de tension à travers le pays.

Des tensions dont le Mali aurait pu se passer vue la fragilité et la vulnérabilité de l’Etat. Le colonel Moussa Sinko Coulibaly doit faire preuve de plus de cohésion et de maîtrise des chiffres et des lettres afin de ne pas ressusciter les démons de la violence. Il en a largement les moyens.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

02 Août 2013