Partager

En attendant l’ouverture de la campagne électorale, le ministre de l’Administration territoriale et le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) sont sur le devant de la scène à travers les déclarations croisées. Le colonel Moussa Sinko Coulibaly et Mamadou Diamoutani semblent avoir emprunté des chemins différents pour une même destination.

Les Maliens sont convoqués aux urnes ce 28 juillet à la faveur du 1er tour de l’élection présidentielle. Les autorités compétentes ont retenu cette date après moult considérations et pressions des partenaires techniques et financiers du Mali. Plus l’on s’approche de l’échéance, plus les déclarations deviennent pointues et passionnantes.

Les dernières en date concernent deux officiels au cœur du processus électoral : le ministre de l’Administration territoriale, le colonel Moussa Sinko Coulibaly, et le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Mamadou Diamoutani. Le premier continue de soutenir sans frémir que le coup est tenable tandis que le second étale envers et contre toutes ses inquiétudes sur les préparatifs du scrutin, allant jusqu’à dénoncer des insuffisances nuisibles aux »droits des électeurs ».

Les deux personnalités partagent le souci de l’organisation d’une élection réussie sur tous les plans. Un succès électoral qui amoindrirait les contestations et contribuerait à apaiser le climat social dans un pays résolument orienté vers de nouveaux défis. Les flèches tranchantes qu’elles se lancent tranchent, toutefois, avec les attentes des Maliens, qui auraient souhaité voir tous les acteurs sur la même longueur d’onde à l’orée d’une élection déterminante pour l’avenir de la nation.

Le président de la Céni a décidé de parler haut et fort. Mais, pourquoi M. Diamoutani a-t-il attendu jusqu’au dernier moment pour divulguer les faiblesses du processus en cours ? Le cartésien affirme qu’il a toujours parlé à qui de droit. Sans obtenir gain de cause. Il regrette surtout l’absence d’une communication saine autour des imperfections du Ravec, la base du fichier électoral.

Afin d’éviter tout imbroglio postélectoral, pense M. Diamoutani, l’Etat ferait mieux d’informer les citoyens et les partis politiques sur les faiblesses du Ravec. Car, défend le président de la Céni, l’omission de milliers d’électeurs majeurs pourrait par exemple servir de faux-fuyant à certains losers. Comme du berger à la bergère, le ministre de l’Administration territoriale a indirectement rétorqué que le processus électoral est un long marathon auquel sont associés tous les partis politiques.

Arguments favorables

Ceux-ci, à ce titre, doivent connaître les avantages et les inconvénients du choix d’un fichier quelconque. Surtout que dans ce cas précis, l’Etat a accédé à la demande des partis en retenant le fichier Ravec. »Les difficultés relatives au Ravec n’ont pas été découvertes seulement ce matin ou il y a quelques semaines. Nous en étions informés depuis le départ, mais nous étions devant un choix et nous avons fait le choix qui nous permette de faire du progrès », argue Moussa Sinko Coulibaly. Une façon de dire sans détour que les accusations en cours ne tiennent pas la route.

Le gouvernement est conscient du trou dans lequel se trouve le Mali. Et les responsables de la transition ont, à plusieurs occasions, fait savoir que seule l’élection de nouvelles autorités issues des urnes permettrait au pays de tourner cette page douloureuse. L’Etat doit persister dans cette voie.

Des obstacles majeurs ont été franchis même s’il y en a beaucoup d’autres. Blessés dans leur orgueil, nos compatriotes seront fiers de voir leur patrie organiser l’une des élections les plus ouvertes de son Histoire. Cela donnerait un coup de fouet à la reconstruction nationale à travers non seulement l’identification de dirigeants légitimes, mais aussi l’effectivité du retour des bailleurs de fonds.

Au soir du 1er tour ou du second tour si besoin est, les Maliens auront prouvé qu’ils peuvent rester dignes et engagés pour la cause patriotique, même dans l’adversité. Plus tôt, on va aux urnes, plus de chances nous nous donnerons pour sauver le Mali.

La classe politique malienne est majoritairement consciente de l’urgence de l’organisation d’élections. Face au suspens qu’une poignée de politiciens veut maintenir en obtenant le report de la présidentielle, les candidats potentiels continuent de mobiliser en vue de la conquête de Koulouba.

Ces derniers font généralement foi en l’administration en place et n’ont pas décelé de manquements qui les empêcheraient de participer à la joute présidentielle. L’on se souvient que le Front uni pour la démocratie (FDR) et le candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM) avaient conditionné leur participation à l’élection du 28 juillet à la libération de Kidal. Ce qui est en bonne voie depuis le 18 juin dernier avec la signature de l’accord de Ouagadougou.

Dans un entretien récent à nos confrères de Jeune Afrique, Ibrahim Boubacar Kéita, le porte-étendard du RPM, n’a pas manqué de souligner la nécessité d’organiser les élections »dans les délais indiqués ». D’autres candidats avaient fait la même remarque avant l’ex-Premier ministre.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

07 Juillet 2013