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Les candidats à l’élection présidentielle du 28 juillet n’échappent pas à la situation à Kidal. Celle-ci est une préoccupation nationale qui ne saurait être ignorée.

La campagne électorale pour le scrutin présidentiel du 28 juillet prochain amorce sa dernière phase. Cette étape déterminante offre une autre opportunité aux candidats de conquérir les suffrages des électeurs indécis. La dizaine de jours de brouhaha politique que le Mali a connu depuis le lancement de la campagne peut suffisamment témoigner de l’engagement des potentiels postulants au fauteuil présidentiel.

On est donc fondé à croire que la fièvre électorale montera d’un cran aussi bien dans les états-majors politiques que sur les espaces publics. L’une des questions essentielles reste toutefois de savoir si les présidentiables opteront, pendant la semaine prochaine, pour une campagne plus agressive ou s’appuieront sur leurs habituels jeux de séduction des électeurs.

Quels que soient les choix des uns et des autres, cette campagne aura tenu en haleine les Maliens en ce sens qu’au vu des démonstrations de force sur le terrain, aucun candidat ne s’est véritablement détaché du lot, en dépit des supputations. En revanche, des actes et des discours, l’on a beaucoup appris.

A plusieurs titres, Kidal constitue l’un des principaux enjeux de cette élection présidentielle. La délicate situation de la capitale de l’Adrar des Ifoghas coupe le sommeil à des millions de Maliens et à la communauté internationale, à quelques jours du 1er tour de la présidentielle. Ce qui justifie largement la place de Kidal aujourd’hui dans la campagne électorale.

Les aspirants à Koulouba ont vite compris que quiconque veut gagner la sympathie des électeurs doit mettre sur la table de solides arguments. S’il y a un geste politique fort pendant cette campagne, c’est bien la visite du candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM) à Kidal. Ibrahim Boubacar Kéita a été le premier à se rendre dans le bastion du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) malgré de nombreux risques sécuritaires.

L’ex-Premier ministre et sa troupe y ont battu campagne sous les ovations nourries de nos compatriotes et au rythme de drapeaux maliens flottant dans l’air. Un scénario inédit qui a certainement galvanisé les nouvelles autorités régionales à se surpasser pour réussir la délicate mission à elles assignée.

En bravant les dangers pour se rendre à Kidal, le « Tisserand en chef » ne pouvait donc pas avoir meilleure inspiration à un moment où le doute commençait à s’installer chez nos compatriotes. Comme les bons gestes font toujours des émules, dans l’entourage de certains candidats, l’on chuchote que leur idole sera bientôt sur les traces d’IBK à Kidal.

Un dossier explosif

Néanmoins, dans les allocutions de campagne, Kidal demeure orpheline de propositions élaborées et réalisables. Conscient qu’avec la crise politico-sécuritaire du Mali leur audience attend au moins quelques phrases sur Kidal, des candidats se mélangent couramment les pédales. A la limite, les Maliens souhaiteraient entendre des plans qui, à défaut d’être un foudre de guerre, peuvent faire ressortir l’identité et la fierté nationales.

Celles-ci ont été longtemps défendues par les pionniers de ce pays et tous ceux qui prétendent gouverner le Mali doivent savoir à quoi s’en tenir. Cela est d’autant plus important que c’est le nouveau président issu des urnes qui s’occupera en grande partie de la mise en œuvre de l’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013. La bonne application de ce deal et la défense des intérêts de la nation concernant ce dossier exigent du chef de l’Etat une certaine culture et des valeurs fondamentales, ce que beaucoup de candidats n’ont pas.

Présent sur tous les fronts, le dossier de Kidal a également servi de raison au Parti pour la renaissance nationale (Parena) de se retirer du processus électoral. Le candidat Tiébilé Dramé a retiré sa candidature à la présidentielle, estimant que les conditions d’élections crédibles ne sont pas réunies. Le leader du parti du Bélier blanc base surtout son argumentaire sur Kidal.

« Les habitants de Kidal sont des Maliens et doivent prendre part au choix du président de la République » se défend l’ancien ministre des Affaires étrangères. Ce retrait, qui était dans l’air depuis quelque temps, symbolise l’attachement de M. Dramé aux valeurs d’équité et de justice qu’il a toujours prônées.

Dans la situation actuelle du Mali, il est mieux de sortir du train que d’attendre jusqu’à son arrivée à destination pour poser des problèmes aux conséquences dévastatrices.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Échos du 19 Juillet 2013