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Après une campagne marquée par des actes de violences et des propos qui exacerbent les tensions ethniques, les Guinéens et les Guinéennes se sont rendus, le 18 octobre dernier, aux urnes pour choisir l’homme ou la femme qui devra présider aux destinées du pays et cela, pendant cinq ans. Et ceux qui sont intéressés par ce destin national sont au nombre  de 12 dont le président sortant, Alpha Condé et son principal opposant, Cellou Dalein Diallo. Le premier espère rééditer le coup K.-O. de 2015 et il s’est donné les moyens pour réaliser cette performance. Le second qui est son adversaire pour la troisième fois et qui a fait campagne sur le slogan : « il est l’heure », croit aussi en ses chances d’élire  enfin domicile au palais Sekhoutoureya. Dès lors, l’on  peut dire que l’enjeu majeur de cette élection, c’est la reconduction d’Alpha Condé pour un troisième bail, ou l’alternance à la tête de la Guinée. On peut déjà noter et déplorer que les Guinéens qui résident au Sénégal et  en Angola, ne participent pas à ce grand moment de la vie démocratique de leur pays, et c’est la CENI qui en a décidé ainsi, sans pour autant motiver, de façon convaincante, cette mesure. En tout cas, dans ces deux pays, vivent bon nombre de Guinéens.

La fiabilité du fichier électoral ne fait pas l’unanimité

Et justement, à propos de la CENI guinéenne,  le moins  que l’on puisse dire est qu’elle est traversée par des vents contraires. En effet, pendant que son porte-parole assure « que tout est fin prêt pour le vote », des commissaires de l’institution n’ont pas manqué d’émettre des doutes sur la crédibilité du processus électoral.   Même la fiabilité du fichier électoral, qui a pourtant été audité par des experts de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), ne fait pas l’unanimité. En effet, l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) de l’opposant Cellou Dalein Diallo, demeure convaincue que certaines régions favorables à Alpha Condé comptent un nombre disproportionné d’électeurs. Le cas de Kankan, fief électoral et ville natale du président Alpha Condé, a été cité. Et certains opposants n’ont pas craint de comparer le fichier de cette localité, à celui de la région natale d’Ali  Bongo Odimba. En rappel, lors de la dernière présidentielle gabonaise, les électeurs du Haut-Ogooué, puisque c’est de cette région dont on parle, avaient largement dépassé le nombre d’inscrits sur la liste électorale. Bref,  comparaison n’est pas raison, mais  l’opposition guinéenne a raison de se méfier de la CENI. Visiblement, l’institution ne brille pas par sa transparence. Et son premier responsable, censé être impartial, donne l’impression d’être accroché aux bottes d’Alpha Condé. En tout cas, la CENI guinéenne n’inspire pas confiance.  Résultat : l’opposition a déjà prévenu « qu’elle proclamera ses propres résultats». Et quand on sait que seule la CENI est en droit de le faire, on peut affirmer que l’on est parti pour des séances d’autoproclamassions intempestives et à coup sûr, pour une crise post-électorale.

Au pays de Sékou Touré, une élection n’est pas un jeu démocratique

Ailleurs, sous d’autres cieux en Afrique où la démocratie est plus ancrée, des partis politiques et des organisations de la société civile, à l’occasion des scrutins, se sont livrés à un travail de compilation de résultats sans que cela ne suscite le capharnaüm. Mais la Guinée est un pays à part entière. Au pays de Sékou Touré, en effet, une élection n’est pas un jeu démocratique. Loin de là, elle a presque tous les attributs d’une guerre. Et tous les moyens sont bons pour la gagner. De ce point de vue,  on peut dire que le grand ennemi de cette présidentielle, porte un nom : la mauvaise foi. Et ce vice est à la fois partagé par le pouvoir et, dans une moindre mesure, par l’opposition. Pour le pouvoir, les choses sont claires : j’y suis, j’y reste. Ce slogan est le leitmotiv d’Alpha Condé. Et pour faire avaler la couleuvre, il a prétexté un renforcement de la démocratie pour justifier la révision de la Constitution. Au finish, on se rend compte que cette reforme constitutionnelle ne profite qu’à sa personne. Et toutes les institutions qu’il a mises en place pour l’accompagner dans  sa course folle pour s’accrocher à son fauteuil, transpirent cette mauvaise foi. Et elles feront tout pour parachever leur sale besogne en le déclarant vainqueur dès le premier tour avec un score travaillé en laboratoire de sorte à masquer et à atténuer le hold-up électoral.  Et la communauté internationale, toute honte bue, prendra acte, pour ne pas s’attirer les foudres du vieux professeur. L’opposition guinéenne, à un degré moindre, souffre aussi de mauvaise foi par moments si fait que l’on doit s’abstenir de lui donner le bon Dieu sans confession. Mais au moment où nous tracions ces lignes, les choses se passaient plutôt dans le calme.  Et l’on croise les doigts pour que cette dynamique se poursuive jusqu’à la fin du processus. Mais il y a un prérequis à remplir pour aller dans ce sens. Il s’agit justement de la bonne  foi de tous les acteurs. Et l’on ne cessera jamais de dire qu’en Guinée, c’est la vertu la moins partagée.

« Le Pays »