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La présidentielle du 28 juillet s’annonce à haut risque pour le Mali. Déjà, de hauts responsables sécuritaires du pays tirent la sonnette d’alarme. Ils sont loin d’être rassurés quant à la sécurisation des opérations de vote et surtout l’après scrutin à Bamako, où les unités des forces de sécurité (police, gendarmerie et garde) ont été dégarnies au profit des localités du nord.

«Nous avons de sérieux problèmes d’effectifs pour faire face à nos missions ordinaires. Qu’est ce qui va se passer lors de l’élection présidentielle ? ». Ce sont là les propos d’un officier de la police malienne, responsable d’une unité de la capitale.

A l’image de cet officier, nombreux sont les responsables sécuritaires du pays à exprimer en privé leurs craintes à l’approche de l’élection présidentielle. Ils ont surtout des inquiétudes par rapport à la sécurisation de Bamako au moment où toutes les attentions et autres moyens sont orientés vers les localités du nord. Or dans la capitale et certaines grandes villes du Sud, il existe des risques de troubles liés à cette élection. Et nul ne peut prévoir le climat qui va régner dans la capitale à la proclamation des résultats…

En temps normal, les missions de maintien d’ordre à Bamako, sont confiées au groupement mobile de sécurité (Gms) de la police nationale qui reçoit souvent des renforts de la gendarmerie et de la garde. Ce groupement est, entre autres, constitué par quatre compagnies (spécialisées) de maintien d’ordre (Mo). Et chaque compagnie a un effectif d’environ 500 policiers. Mais le groupement mobile de sécurité a connu une profonde crise interne née du conflit en son sein entre deux tendances syndicales.

Cette crise avait même provoqué des affrontements entre policiers. Conséquence : le GMS connaît de grosses difficultés de fonctionnement. Et des doutes existent sur sa capacité à assurer correctement le maintien d’ordre, lors des opérations de vote, au-delà la sécurisation de la capitale à la proclamation des résultats. Pour preuve, lors d’une récente marche (celle des vendeurs de cartes d’Orange Mali, la semaine dernière), les éléments du maintien d’ordre ont vite été débordés. Et les autorités policières ont été obligées de solliciter des renforts au niveau des commissariats de Bamako, afin de canaliser cette manif, indique une source policière.

Bamako dégarnie au profit du nord…

A coté du Gms, la gendarmerie et la garde nationale ont également leurs compagnies de maintien d’ordre. Mais les effectifs au niveau de ces deux corps sont inférieurs à ceux de la police.

En outre, les mêmes unités (gendarmerie, garde et police) à Bamako ont été sérieusement dégarnies au profit toujours des localités du nord. Conséquence ? «Nous avons des difficultés pour accomplir de simples missions de servitude. Voyez-vous, lors de la distribution des cartes, on nous a envoyé 3 à 4 (gardes ou gendarmes) pour assurer la sécurité des équipes chargées de la distribution», affirme le responsable sécuritaire. Celui-ci s’interroge : «Comment nous allons faire pour sécuriser le vote ? ».

Au-delà, l’officier estime qu’il est impérieux de renforcer le dispositif sécuritaire à Bamako afin de prévenir tout risque de débordement.

C’est une évidence : tous les efforts sécuritaires sont actuellement orientés vers les villes du nord. A ce sujet, les autorités maliennes et la Minusma mettent les bouchées doubles pour y assurer la sécurité. Là également, le risque demeure dans certaines localités de la région de Kidal.

Il est prévu le déploiement de 750 policiers étrangers dans le cadre de la Minusma. Et le gros de ce contingent sera déployé au nord.

C.H. Sylla.

L’Aube du 22 Juillet 2013.