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Sous réserve de confirmation, ils devraient être une vingtaine de candidats à la présidentielle gabonaise du 27 août 2016. Le dépôt des dossiers de candidature a en effet expiré mardi à minuit, et sur la liste encore provisoire, on retrouve des personnalités connues comme le loup blanc, telles Jean Ping, Casimir Oyé Mba, Raymond Ndong Sima, Guy Nzouba Ndama, l’ancien président démissionnaire de l’Assemblée nationale et même Paul Mba Abessole, le Bûcheron qui a perdu sa tronçonneuse à force de liaisons dangereuses avec Omar Bongo Ondimba.

Mais celui dont les prétentions retiennent particulièrement l’attention, c’est bien entendu Ali Bongo Ondimba (ABO) qui a hérité à sa mort du fauteuil présidentiel, pardon dynastique de papa, et contre lequel ses contempteurs instruisent un procès pour nationalité douteuse. Au motif qu’il serait le fils (biafrais à l’origine) adoptif de feu son présumé père alors que l’article 10 de la Constitution veut que tout prétendant à la magistrature suprême soit Gabonais de naissance. L’incriminé a beau répondre que « c’est une injure faite à ses parents » et que « je ne peux pas justifier ce qui est naturel », ses contempteurs le somment de se soumettre à un test ADN pour ôter tous les doutes.

Et voilà la polémique, qui avait déjà fait fureur à l’élection de 2009, refaire surface depuis quelques mois. Tant et si bien que quelques milliers de ses compatriotes ont adressé hier des plaintes à la Commission électorale nationale permanente (CENAP) pour exiger le rejet de cette candidature litigieuse, cela d’autant plus qu’aux imprécations des adversaires du président sortant s’est s’ajoutée la charge de sa demi-sœur Onaida Maisha pour qui l’acte de naissance de son frangin est un faux.

A dire vrai, il y a peu de chance que leur requête, qui avait déjà reçu une fin de non-recevoir il y a sept ans, trouve une issue favorable cette fois-ci ; surtout que, de l’avis même des requérants, « la cour constitutionnelle est une Tour de Pise qui penche toujours d’un côté ». Et on ne voit pas comment elle pourrait incliner de l’autre.

En vérité, on ne peut que se désoler de cette politique de caniveau dont les miasmes fétides viennent invariablement se fracasser contre le Palais du bord de mer. Et le fait que ce soit ceux-là mêmes qui lui ciraient les pompes et lui léchaient la main qui charrient aujourd’hui les éclaboussures depuis qu’ils sont en rupture de ban laisse songeur. Et montre à quel point ils sont si confiants et fourmillent de tant d’idées qu’ils sont obligés de descendre au-dessous de la ceinture, on devrait dire sous le jupon de Patience Dabany, pour voir si l’objet du litige est bien sorti de là. C’est au demeurant pitoyable qu’on en vienne à dénier sa nationalité à une personnalité qui a déjà passé dix ans à la tête de l’Etat après avoir été, entres autres fonctions occupées, ministre de la Défense. Raisonnons un moment par l’absurde et mettons qu’ABO soit effectivement recalé pour la raison sus-invoquée. On fait quoi des actes de gouvernement qu’il a posés depuis tout ce temps, dont des traités et des conventions internationaux qui engagent tous les Gabonais ?

Non, il faut que le… Chinois Ping et toutes ces anciennes gloires de la politique gabonaise « quittent dans ça » comme diraient les Ivoiriens. N’est-ce pas justement ce genre de débat, cette détestable querelle des « ou » et des « et » dont le seul but était d’écarter Alassane Dramane Ouattara qui a plongé la Côte d’Ivoire dans cette crise sans fin qui a débouché sur un conflit ouvert dont elle n’est du reste pas tout à fait sortie ?

Que la dévolution dynastique du pouvoir soit le péché originel d’Ali et que la mainmise des Bongo&Co depuis plus d’un demi-siècle sur la politique et les richesses gabonaises soit un problème, on veut bien, mais ce n’est certainement pas en pataugeant dans la gadoue que ceux qui aspirent à une respiration démocratique y changeront quelque chose. Car pendant qu’ils déposent leurs plaintes à la CENAP, ABO, lui, bat campagne pour cette présidentielle qu’il est presque assuré de remporter avec ce mode de scrutin inique à un tour. Pendant ce temps, n’écoutant que leur ego souvent surdimensionné, ses opposants ne sont même pas capables de taire leurs divergences pour aller en rang serré face à l’ennemi commun.

Ousséni Ilboudo

15 Juillet 2016
Source :lobservateur.bf