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L’armée sera à Kidal comme partout ailleurs au Mali avant le 1er tour de l’élection du président de la République fixée désormais au dimanche 28 juillet 2013″, disent les autorités de la transition. Ces propos ont été repris en boucle par les ministres des Affaires étrangères, Tiéman H. Coulibaly, son collègue de l’Administration territoriale, le colonel Moussa Sinko Coulibaly. Et le dernier à s’être prononcé solennellement sur le sujet n’est autre que le président de la République par intérim, Pr. Dioncounda Traoré.

Les autorités de la transition, avec à leur tête le président de la République par intérim lui-même, n’avaient de cesse de nous rabâcher les oreilles sur la libération de Kidal par l’armée malienne avant le 15 mai dernier.

A l’approche de cette date butoir, cette « velléité guerrière » reprise à l’époque par des membres, et non des moindres, du gouvernement Diango Cissoko, a été superbement renvoyée aux calendes grecs surtout qu’elle coïncidait avec la conférence des donateurs initiée par la France et l’Union européenne en vue de lever des milliards d’euros destinés à la reconstruction du Mali nouveau.

La conférence de Bruxelles a donné les résultats que l’on sait au-delà de tout ce que pouvait espérer Bamako. En effet, elle a permis de réunir plus de 3,2 milliards de promesses d’aide au renouveau pour le développement durable du Mali. Ce succès diplomatique n’aurait pu s’accommoder d’une quelconque reprise des hostilités avec un mouvement rebelle devenu maître dans la manipulation de l’opinion internationale, le MNLA.

Aujourd’hui encore, sous la pression certainement de l’opinion nationale viscéralement hostile à l’organisation d’élections en l’absence de l’Etat à Kidal, Dioncounda Traoré et son gouvernement se veulent déterminés à libérer Kidal avant le 28 juillet 2013, date confirmée pour la tenue du 1er tour de l’élection présidentielle initialement annoncée pour le 7 juillet.

Vain souhait, profession de foi ou simple moyen d’élever un peu plus le niveau de pression sur les mouvements armés qui contrôlent l’extrême nord du pays ? En tous les cas, le peuple, dubitatif, ne croit pratiquement plus aux propos de ceux qui ont actuellement la charge de la gestion de l’Etat.

En effet, comment pourrait-il en être autrement lorsqu’on a l’impression que leurs discours ne sont en réalité que des mots lancés au gré du vent selon les circonstances ? Tantôt c’est blanc ! Tantôt c’est noir ! Parfois ce sont les mêmes qui font ces déclarations contredites quelques jours seulement après par la réalité du terrain.

Pourquoi alors tenir un discours dont on se sait pertinemment incapable d’honorer ? En l’état actuel des choses, les autorités de la transition ont-elles réellement les moyens d’aller à l’encontre de la volonté clairement affichée par la France pour « une gestion souple » de la question de Kidal ?

Cette volonté vient une fois de plus d’être réaffirmée par François Hollande à la faveur du sommet de l’UA à Addis-Abeba qui suppose le déploiement de l’administration civile suivie de l’organisation des élections sur toute l’étendue du territoire y compris à Kidal, dans un premier temps et le retour de l’armée malienne dans une seconde étape du processus en cours.

Depuis son intervention armée contre les groupes terroristes et jihadistes dans le Nord du pays, la France n’est-elle pas seule maître à bord du bateau Mali ? Jusqu’à preuve du contraire, le peuple ne croit plus aux propos de ses dirigeants qui disent une chose le matin et se dédisent le soir.

Dans un tel contexte il n’y a aucune honte à demander « la compréhension » de la France pour ne serait-ce que contenter l’opinion publique nationale qui admettra difficilement que l’élection présidentielle se tienne sans que la situation de Kidal ne soit davantage clarifiée.

S’il y a une certitude et une constance qui ont demeuré tout au long de cette crise, c’est bien l’attachement du peuple malien à la défense et la préservation de l’intégrité du territoire ainsi qu’à l’unité nationale. Ceci est une réalité de Kidal à Kidira et de Kouremalé à Tinzawaten.

Aussi bien les autorités de la transition au Mali que la France et l’ensemble de la communauté internationale doivent se convaincre que le peuple n’acceptera aucune autre compromission avec les rebelles après tous les précédents accords signés à ce sujet. Alors, à tous de trouver le juste milieu pour que l’élection se déroule sur l’ensemble du territoire en présence de l’Etat malien.

Rien de plus que cela !

Bréhima Sidibé

L’Indicateur du Renouveau du 29 Mai 2013