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L’organisation du scrutin présidentiel à la date du 28 juillet prochain est une condition sine qua non du succès de la transition en cours. D’ici là, les électeurs devront être plus attentifs sur les messages des candidats.

Le 1er tour de l’élection présidentielle est maintenu au 28 juillet. Le président de la République par intérim l’a réitéré lors de sa rencontre mardi dernier avec les candidats à cette joute électorale. Dioncounda Traoré, sans doute, voulait dire aux Maliens, particulièrement aux acteurs politiques, qu’un report du scrutin présidentiel ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau.

Le chef de l’Etat souhaite arriver à destination à la date échue et n’entend pas rebrousser chemin. Une invite sans détour à chaque Malien afin que de ces consultations naissent les jalons d’un Mali résolument engagé à faire face aux immenses défis du présent. Le 1er responsable de la nation rejoint donc son ministre de l’Administration territoriale dont les assurances sur le maintien de la date de l’élection présidentielle n’avaient pas convaincu grand monde.

Maintenant, tout le monde doit se ranger derrière le boss de la République, même au détriment des intérêts sordides. La nation a plus que jamais besoin de la fibre patriotique de ses fils à ce moment critique de son existence.

Il est quasi certain que la solution aux maux du Mali viendra de légitimes dirigeants issus des urnes. Malgré le scepticisme de personnalités comme l’émissaire de l’ONU pour le Sahel, Romano Prodi, ou les recommandations alarmantes d’International Crisis Group (ICG), les Maliens doivent glisser leurs bulletins dans l’isoloir le plus vite possible. Ce qui est d’autant plus vrai que la situation du pays est très fragile et beaucoup de donateurs étrangers, qui ont plié bagage depuis les premières heures du coup de force du 22 mars 2012, ont conditionné leur retour à la normalisation politique du pays.

De l’élection de nouvelles autorités dépend la régularisation. Et cette dernière mettrait fin à plusieurs mois de disette pour un bon nombre de Maliens inconsolables face à leur chute libre depuis plus d’un an. Si proche qu’elle est, la lueur d’espoir que représente le 28 juillet prochain doit être une source de motivation pour nos compatriotes.

Décoder les messages

Surtout que personne n’a intérêt à maintenir, pendant des mois supplémentaires, le Mali au bord de son précipice actuel. Si des pays au passé récent et plus sombre que le nôtre ont réussi à surmonter leurs difficultés en allant aux urnes, nous pouvons les imiter. La clé reste l’abnégation et le don de soi.

Quoi que l’on dise, même dans les grandes démocraties, les conditions d’organisation des scrutins comportent le plus souvent des couacs. La traçabilité des actes et l’impartialité des organisateurs du vote comblent, toutefois, ces imperfections. Comme c’est le cas actuellement au Mali avec la promesse présidentielle qu’« il n’y aurait pas de 3e tour » au vote.

Kidal reste l’un des arguments forts des partisans du report de la présidentielle. Il faudrait cependant reconnaître que le Mali vient de loin à propos de la reconquête de cette région et que les choses avancent à grande vitesse. Il y a seulement quelques semaines, peu de gens croyaient en l’arrivée de l’armée malienne dans la zone, encore moins en la prise de fonction du colonel d’aviation Adama Kamissoko, le nouveau gouverneur de région bloqué à Bamako depuis sa nomination il y a plusieurs mois.

La détermination du colonel Kamissoko, jointe à l’engagement de ses supérieurs hiérarchiques et l’accompagnement des parties impliquées dans la mise en œuvre du récent accord de Ouagadougou, atteste des chances de l’organisation crédible du scrutin à Kidal comme sur le reste du territoire national.

Les milliers de déplacés de la localité ne voteront pas chez eux, mais ils auront la chance de le faire là où ils se trouvent. Les autorités chargées des élections assurent qu’ils échangent avec leurs partenaires dont le Haut commissariat aux réfugiés en vue de la participation effective des déplacés au choix du prochain président de la République.

Les déplacés ne pourront pas néanmoins profiter de l’ambiance festive de la campagne électorale. Les différents candidats drainent du monde pour leur cause. Et l’on a l’impression que les Maliens ont minoré leurs peines quotidiennes devant les appels à la mobilisation de leurs postulants favoris à Koulouba. Un signe que beaucoup parmi nos concitoyens ont pris conscience de leur rôle dans la désignation des gouvernants.

Il reste maintenant à capitaliser cette prise de conscience en optant pour le « dirigeant salvateur ». Celui-ci ne sera pas forcément le candidat le plus éloquent ou l’artisan de promesses intenables. Il sera plutôt l’incarnation des aspirations profondes du peuple meurtri et dépassé par les souffrances et l’injustice.

Rien que pour la journée inaugurale de la campagne, les prétendants au palais présidentiel ont fait le tour des préoccupations des Maliens : de la réconciliation nationale à la sécurité en passant par le redressement économique, l’éducation, la lutte contre la corruption… Les incohérences dans les messages sont légion et c’est aux électeurs de sanctionner ceux qui montrent dès maintenant qu’ils ne pourront pas faire l’affaire du Mali.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

13 Juillet 2013