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Dimanche 28 juillet, le Mali retiendra son souffle. Le 1er tour de l’élection présidentielle se tiendra dans une atmosphère lourde où l’ambiance de fête de la campagne masque mal les appréhensions du lendemain. Beaucoup de questions se font valoir sans toutefois rassurer sur les réponses possibles. Alors et si…

Des 27 candidats qui restent encore en lice, nombreux sont ceux qui feront de la figuration. On peut sans se tromper dire que le retrait de Tiébilé Dramé pourrait s’expliquer par la crainte de ne pas se faire humilier dans les urnes.

Ce fin politique a trouvé des raisons logiques pour ne pas mouiller le maillot quand bien même il s’est donné beaucoup de peine à rapprocher les positions du gouvernement et celles des hommes armés qui sanctuarisent Kidal, préalable à la tenue du scrutin du 28 juillet. L’émissaire Dramé n’était pas le candidat Tiébilé.

Et si le 28 juillet le scrutin se tenait normalement

En dénonçant une entorse à la loi électorale à Kidal, le second dédit le premier et dans un discours alambiqué met à mal les autorités de la transition à commencer par le président intérimaire Dioncounda Traoré qui était favorable à un report du scrutin de trois mois avant qu’il ne se plie aux pressions des partenaires étrangers.

La langue de certaines des personnalités favorables au report s’est déliée. De leur confidence, on apprend en effet que Traoré qui leur avait proposé le report pour le 28 octobre est revenu sur ses convictions deux jours après pour affirmer et laisser dire à d’autres voix autorisées que le 28 juillet est une date non négociable. Son « frère » François Hollande qui l’a aidé à reconquérir le Nord n’avait-il pas dit qu’il était « intraitable » là-dessus ?

Les activistes touaregs n’y pourront rien, eux non plus, même en tuant, en enlevant le personnel électoral ou en saccageant le matériel électoral. Le scrutin se tiendra malgré tout. Et osons, de surcroît, le qualificatif normalement puisqu’au Mali on peut tout se permettre.

Quatre grands favoris

Alors et si le 28 juillet le scrutin se déroulait normalement ? Nul doute que les quatre grands favoris se disputeront l’essentiel des voix sans qu’on ne puisse affirmer aujourd’hui avec certitude combien au total sur le corps électoral estimé à quelque 7 millions auront leur carte d’électeur avec le très précieux Numéro national d’indentification constituant un élément important de la fraude électorale.

Du président de la République par intérim au Délégué général aux élections en passant par le ministre de l’Administration territoriale personne ne s’est cru en devoir d’annoncer au peuple combien de cartes Nina ont été fabriquées en tout et le subliminal décompte du taux d’enlèvement ici ou là semblerait plus à un écran de fumée pour masquer la catastrophe à ce niveau.

La voix discordante du président de la Commission électorale nationale indépendante a elle aussi subtilement évité de dire à l’opinion nationale que beaucoup d’électeurs ne pourront voter cette fois parce qu’ils n’auront pas leur carte Nina. Combien d’électeurs donc au total pourront glisser leur bulletin dans l’urne le 28 juillet ?

Nous le saurons seulement à la proclamation des résultats et c’est à ce moment aussi qu’on pourra relativiser le taux de participation dont nombreux sont ceux qui sont à le penser élevé. Trois ou quatre millions de votants avec un taux-record attendu masquerait mal la catastrophe du fichier électoral d’autant plus que des voix s’élèvent pour s’inquiéter du nombre de cartes qui ne serait pas distribué allant même jusqu’à soupçonner leur détournement au profit d’un candidat dont on n’a pas de mal à deviner qui sachant que les dénonciateurs sont du regroupement FDR-ADR anti-putschiste et que parmi les quatre grands favoris il n’existerait qu’un seul taxé de sentiments favorables aux putschistes.

Suivez mon regard et vous comprendrez pourquoi le ministre de la Défense et des Anciens combattants s’est vu obligé de mettre en garde face à la rumeur d’une partie de l’armée battant campagne pour un candidat.

A chacun sa campagne

Donc si tout se passe normalement le 28 juillet il ne faut pas se leurrer, avec la pléthore de candidats, les uns et les autres seront obligés à son second round pour gagner. Et là les alliances, c’est vrai au Mali on est habitué à en voir très souvent beaucoup qui sont contre nature. C’est pourquoi l’on ne s’étonnera pas non plus que des ténors du FDR-ADR n’aillent pas avec celui des leurs qui sera au second tour. A ce jeu des alliances, seule la réalité du terrain fera la différence, l’électorat surtout rural ne suivant pas toujours les consignes des leaders à Bamako.

Ainsi donc la sagesse recommande de prononcer dans cette hypothèse pour les deux finalistes, les quatre grands favoris battant campagne chacun d’une façon originale : IBK pour la tactique du vieux briscard, Soumaïla Cissé pour l’occupation du terrain tous azimuts, Modibo Sidibé pour la proximité et la discrétion médiatique et Dramane Dembélé préférant s’appuyer sur le socle solide du parti Adéma.

Tous les cas de figure sont possibles pour un second tour très disputé entre un IBK-Soumi, très probable, un IBK-Dramane Dembélé à ne pas exclure et un IBK-Modibo Sidibé surprenant tout comme un Soumaïla Cissé-Dramane Dembélé ou un Soumaïla Cissé-Modibo Sidibé et pourquoi pas un Dramane Dembélé-Modibo Sidibé ? Chacun de ces quatre favoris pouvant dépasser d’une petite tête.

Et si le premier tour était chaotique

C’est là justement que pèse sur le scrutin du 28 les plus grosses inquiétudes. Avec des scores serrés, et comptant sur les couacs inévitables, comment amener les fortes personnalités à accepter leur défaite. Comment négocier ce virage dangereux de la normalisation politique et institutionnelle ? Les contestations seront-elles violentes ou pourra-t-on les contenir ainsi que le laissent deviner les vrais maîtres du Mali, la France et l’ONU fortes des forces de la Minusma ? Rien n’est moins sûr.

Si le 1er tour est chaotique c’est un mouvement de balance qui fera pencher la problématique de la normalisation non plus sur Kidal, mais sur Bamako où la crise a abouti surtout au constat d’une vox populi tenant à affirmer sa détermination à se faire entendre.

Les grondements sourds du ciel hivernal inspireront-ils la rue dans cette atmosphère électorale pesante ou bien dissuaderont-ils les intrépides partisans politiques ?

Et si le premier tour n’aurait pas lieu

Mais après tout si le premier tour n’avait pas lieu le 28 juillet ? Il n’est pas interdit d’envisager cette hypothèse pour cas de force majeure. Le socle fissuré de l’Etat étant des plus instables alors que viennent du Nord et surtout de Kidal des informations pas très rassurantes. Mais alors quelle pourrait-elle donc être cette force majeure qui ferait que le scrutin du 28 juillet n’aurait pas lieu ?

Que Dieu préserve le Mali !

Oussouf Diagola

24 Juillet 2013