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Chacun des protagonistes, en défendant son programme, tentera de prouver aux millions de téléspectateurs qu’il sera le meilleur maçon pour la nation. Ces moments de confrontation d’idées sont nécessaires du fait que peu d’électeurs, partout au monde, prennent le temps de lire entièrement le projet de société que défend un candidat.

La bonne règle démocratique exige l’organisation de ces débats d’idées entre tous les candidats en lice, sans exception, avant le premier tour des présidentielles.
Il est déplorable de constater que notre grand Mali, se réclamant d’une démocratie exemplaire en Afrique, n’ait pu organiser aucun autre débat depuis 1992.

Pourtant ce genre de débat contradictoire s’est avéré efficace. Car, celui de 1992 a bien éclairé et influencé le choix des électeurs entre les candidats Alpha Oumar Konaré et Tiéoulé Mamadou Konaté (paix à son âme).

En 1997, prétextant officieusement que l’unique adversaire d’A. O. Konaré, nommé Maribatrou Diaby (paix à son âme) n’était pas à l’aise dans la langue de Molière, les structures étatiques impliquées dans la préparation du face à face ont fui leur responsabilité. Sinon, les deux candidats pouvaient s’exprimer facilement en bambara qui est une langue nationale mieux comprise que le français par la plupart des électeurs maliens. Ne serait-il pas conséquent que les débats se fassent aussi en bambara.

En 2002, pour empêcher le débat, un candidat aurait évoqué le manque de temps. Décidément, au Mali, la tenue du débat dépend de l’humeur du plus influent. A mon avis, ces débats d’idées représentent dans l’expression démocratique ce que vaut la colonne vertébrale dans le corps humain.

Nous n’avons qu’à contempler, à côté de nous, la République du Bénin qui, en exerçant avec sincère transparence ses consultations populaires depuis 1991, consolide les vertèbres de sa démocratie. Ce Bénin, seul pays qui organise régulièrement des face à face, est le meilleur exemple démocratique en Afrique.

Tout dirigeant ou toute institution qui continuera à obstruer ce canal de confrontation équitable des visions, contribuera à mettre notre démocratie malienne, actuellement trébuchante, dans une posture rampante et agonisante.

Ne devons-nous pas, sans orgueil, imiter le Canada qui pratique le meilleur système de libre expression démocratique en donnant aux représentants du pouvoir et de l’opposition un égal accès aux médias d’Etat ? En période électorale, il est inimaginable ici au Canada qu’un candidat à la haute direction du pays, d’une province et d’une ville tente d’empêcher la tenue d’un débat ou refuse d’y participer. Ce candidat aura lui-même, par ce comportement, retiré son nom de la mémoire collective des électeurs.

Ainsi, j’invite le ministère de la Communication, les médias privés, bref, tous les militants et militantes de la démocratie, selon leurs moyens d’expression, à revendiquer, avec insistance auprès des autorités maliennes, la restauration des débats d’idées avant le premier et le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2007.

C’est normal, il faut le dire. Même si on risque d’être qualifié d’ennemi du ou des candidats qui occultent ce genre de débat pour, enfin, bâillonner la démocratie.


Lancine Diawara
(écrivain à Montréal, Québec, Canada)

23 janv 07.