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Dans cette rubrique d’analyse politique, nous parlerons des candidats en vue pour Koulouba, leurs forces et faiblesses ainsi que leurs chances pour la présidentielle de juillet prochain. Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK, le président du Rassemblement pour le Mali (RPM), ouvre le bal.

Il ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat au scrutin présidentiel de 2013. Mais il n’y a pas de doute que le président du RPM n’a pas claqué pour rien la porte de l’Adéma/PASJ dont il était le président et Premier ministre du parti au pouvoir à l’époque. Il démissionne de ses deux postes en 2000 pour créer le 30 juin 2001 le RPM. Il a jeté l’éponge puisqu’il a été contrarié dans ses ambitions d’être le candidat naturel du parti de l’Abeille pour succéder au président de la République Alpha Oumar Konaré en 2002.

L’ancien ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire, l’ancien ministre des Affaires étrangères sous Alpha Oumar Konaré dont il a été le directeur adjoint de campagne en 1992 n’a d’yeux que pour Koulouba, peut être sa raison de créer son propre parti ou d’entrer dans la politique. Son premier test grandeur nature de candidature date de l’élection présidentielle de 2002 à la tête du RPM. Il arrive au 1er tour de cette échéance dans le trio de tête avec 21,15 %, devancé par le candidat indépendant ATT, arrivé en tête avec 28,87 %, et le candidat de l’Adéma/PASJ, Soumaïla Cissé avec 21,44 %.

IBK qui crie à la victimisation et au complot permanant n’a jamais digéré sa défaite de 2002. Sous la poussée de ses militants et fans, il se voyait en 2e tour contre ATT, qu’il voyait comme une proie facile. Le sort en a décidé autrement. L’auteur de la célèbre phrase, « Dieu, le Mali, ma conscience », dit partout avoir accepté sa défaite de 2002 contre son gré pour éviter de mettre le feu à son pays sous le mécontentement de ses inconditionnels.

Le président du RPM, dont un sondage publié hier mardi 21 mai dans la presse nationale attribue des intentions de vote de 38,90 % au scrutin du 28 juillet prochain contre 13,52 % et 9,54 % respectivement pour Soumaïla Cissé de l’URD et Dramane Salif Dembélé (DSD) de l’Adéma/PASJ, a des atouts.

Grosse tache noire

Il est harangueur de foule avec un don inné de la persuasion. IBK sait être humble s’il le veut pour adoucir les passions et conciliant au moment où il le faut. D’où son sobriquet de « Kankélétigi » (homme de parole en bambara). Il aime d’ailleurs se faire appeler ainsi. Mais il a aussi la redoutable mauvaise renommée d’être inaccessible, enfermé dans sa tour d’Ivoire de Sébénikoro.

Cependant, malgré ses qualités, l’histoire retiendra qu’IBK a pactisé avec les forces du mal à un moment difficile de l’histoire récente de notre pays. Sa présence aux côtés des associations comme la Copam, MP-22, Yéréwoloton, etc. qui ont approuvé le coup d’Etat militaire et condamné l’arrivée des forces étrangères pour anéantir la rébellion, est une grosse tache noire indélébile sur son bilan.

Ces associations allaient plonger durablement notre pays dans le chaos, n’eut été l’intervention militaire extérieure qui a fait rabattre le caquet aux apprentis pyromanes. IBK a beau se justifier après dans les médias internationaux, il n’aura convaincu que peu de gens sur ses accointances avec le diable. Il n’aura pas d’excuses non plus à ce niveau pour celui qui a géré au plus haut niveau l’Etat du Mali, qui lui a tout donné.

Avant même de se déclarer officiellement candidat pour juillet 2013, le « Kankélétigi » qui était candidat au scrutin annulé d’avril 2012, a lancé un message précurseur par presse interposée. Depuis quelques semaines, des informations font état de son choix par les militaires de Kati pour occuper le fauteuil de président de la République. Ce choix, selon les mêmes informations, serait approuvé par des associations religieuses.

Comme l’information n’a jamais été démentie par aucune instance du RPM, on est en droit de comprendre qu’elle a été savamment distillée par le parti ou que c’est une intox de bon ton. Mais pour ceux qui ont suivi le déroulement de l’actualité sociopolitique depuis le coup d’Etat militaire de mars 2012, son rapprochement avec les militaires de Kati ne souffre pas de doute. Pis, le militantisme au sein du RPM du leader d’une association musulmane d’obédience nationale n’est plus un secret.

En tout état e cause, le dernier mot revient aux électeurs et chacun sera fixé sur son sort au soir du 28 juillet 2013. A chacun son candidat !

Abdrahamane Dicko

Les Échos du 22 Mai 2013