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Serions-nous devenus un peuple des exceptions ? En tout cas, ils sont nombreux ceux de nos compatriotes et nos observateurs à y croire. Ce, parce qu’au moment où on s’y attendait le moins, le Mali a su le plus souvent se tirer, comme par miracle, des situations les plus difficiles. A preuve, au moment où de nombreuses appréhensions et des inquiétudes réelles enflaient autour de la dernière élection présidentielle, on peut affirmer, sans risque de se faire contredire, que notre pays vient de tenir l’un des scrutins les mieux réussis de son histoire démocratique.

Les Maliens, presqu’à l’unanimité, et même au-delà, poussent en ce moment un ouf de soulagement, pour ainsi exprimer leur satisfaction par rapport à la bonne tenue du scrutin présidentiel de 2013.

Car, sauf à vouloir nier l’évidence, les observateurs conviennent qu’en dépit des difficultés et des faiblesses qui, du reste, ne sont pas à minimiser, l’élection présidentielle de juillet-août aura été un remarquable succès. Le Mali, par cette occasion, vient encore une fois de donner un réel exemple de démocratie à l’Afrique et au reste du monde, au même moment où la crise dont les traces restent toujours vivaces avait mis à nu les tares de notre système démocratique de sorte à lui faire perdre toute l’estime dont elle a bénéficié dans le temps.

Ce qu’il faut en retenir, c’est que si la dernière présidentielle s’est tenue dans un climat à la fois calme et apaisé, ajouté au fort engouement qui s’est fait sentir lors du vote, le Mali le doit non seulement à la ferme volonté du peuple à tourner l’une des pages les plus sombres de son histoire. Mieux, il le doit à l’engagement de la classe politique, qui aura fait preuve de maturité, mais surtout à la détermination des autorités transitoires qui ne se sont jamais détournées des deux missions combien exaltantes qui leur ont été assignées à travers l’Accord-cadre du 06 avril 2012.

Il s’agit notamment de la libération des régions nord de notre pays et l’organisation des élections. Mais, ce serait agir de mauvaise grâce de passer sous silence l’appui combien utile de la communauté internationale qui s’est, jusque là, fortement mobilisée au chevet de notre pays.

Un cadre organisationnel globalement satisfaisant

En dépit de nombreux dysfonctionnements constatés çà et là, il y a lieu de souligner l’importance des efforts déployés par le Gouvernement dès le début du processus électoral pour assurer au scrutin présidentiel la transparence et la crédibilité qui ont forcé le satisfecit des observateurs aussi bien nationaux qu’internationaux. Dysfonctionnements qui s’expliquent dans bien des cas par l’introduction, pour la première fois, de la biométrie dans notre système électoral.

En effet, après un premier tour caractérisé par une organisation matérielle et logistique approximative, le gouvernement de Diango Cissoko a apporté d’importantes améliorations au dispositif d’organisation lors des opérations du second tour. Ainsi, des corrections utiles avaient été apportées avec une meilleure gestion des flux de votants, favorisée par la réduction du nombre des candidats au second tour, et une organisation logistique et matérielle plus adéquate. Mieux des dispositions avaient été prises afin de permettre à des milliers de Maliens vivant dans les camps de réfugiés de participer pleinement au vote.

A cela s’ajoute l’important dispositif de sécurité qui avait été mis en place pour mieux encadrer les opérations. Il faut souligner aussi que la maturité dont à fait preuve les acteurs politiques a beaucoup contribué à la réussite des opérations.

Le sens de la retenue chez les acteurs en compétition

En faisant une analyse rétrospective de la campagne électorale, on se rend compte que les 27 postulants du premier tour ont joué la carte du fair-play, chacun se gardant des invectives et de dénigrements en direction de l’autre. La campagne présidentielle, tant au premier tour qu’au second, a été on ne peut plus civilisée car, on n’a presque pas assisté à des débordements. Ce résultat, qui n’était pas forcément attendu par les observateurs, doit d’abord être mis à l’actif des différents compétiteurs qui, apparemment, ont donné un sens au code de bonne conduite qu’ils ont signé, pour la plupart d’entre eux, la veille du scrutin.

En appelant au calme et au respect des résultats du scrutin, les deux candidats au second tour ont en effet grandement contribué à instaurer dans leurs camps respectifs un climat de sérénité, dissuadant du coup ceux de leurs partisans qui voulaient créer le désordre postélectoral.

Mais le vrai geste républicain et historique est venu du côté du candidat de l’URD, lorsque Soumaïla Cissé, sentant sa défaite, se dépêcha au domicile de son adversaire, dès le lendemain du scrutin du 11 août et avant même la publication des résultats provisoires, pour le féliciter d’une «victoire méritée» et acquise de «belle manière». Le Mali venait encore de prendre à cours le reste du monde à travers ce geste de M. Cissé qui résonnait beaucoup plus comme un appel à l’endroit des Maliens à transcender leurs égos et à ne jouer que sur la fibre patriotique.

Une mobilisation populaire exceptionnelle

Il faut dire que le taux de participation était l’un des grands défis de la présidentielle de 2013 pour un peuple qui traînait l’image d’avoir une allergie avérée pour les urnes. Fort heureusement, le Mali n’a pu faire exception à une règle africaine qui voudrait qu’une élection qui intervient immédiatement après une crise connaisse un score qui atteindrait au moins 67% selon les experts électoraux. De mémoire de Maliens, jamais dans l’histoire démocratique de notre pays, une élection n’aura connu une mobilisation aussi populaire que celle que nous avons vécue en juillet-août dernier.

En effet, en se rendant aux urnes à un peu plus de 47% en moyenne sur les deux tours du scrutin, le peuple souverain du Mali ne pouvait trouver meilleure manière d’exprimer sa volonté de tourner la page de la crise et renouer ainsi avec un ordre constitutionnel normal.

Des observateurs estiment qu’il s’agit là également d’un motif de satisfaction qui autorise à fonder un grand espoir quant au renouveau de la démocratie tant souhaité par nos populations. Cet objectif ne pouvant être atteint sans une participation citoyenne effective à la vie publique, et en particulier au vote. Selon eux, on peut bien penser que les scrutins des 28 juillet et 11 août 2013 traduisent la nouvelle prise de conscience qui semble s’être opérée dans le pays sur cette question cruciale qu’est son avenir démocratique.

Pour finir, il faut dire qu’en conduisant de mains de maître l’élection présidentielle de 2013, le gouvernement de transition, conduit par Diango Cissoko, ouvre ainsi un boulevard à la réconciliation nationale dont la lourde responsabilité revient au président de la République qui prendra fonction dans une semaine. Mieux, notre pays revient par la plus noble des manières sur la scène internationale. Voici des chances que le président Ibrahim Boubacar Keita se devait de saisir et d’exploiter de manière judicieuse.

Bakary SOGODOGO

29 Août 2013