Partager

Même si la présidentielle de 2012 n’est pas encore pour demain, les acteurs qui comptent prendre part à la compétition sortent de plus en plus du bois.

Tandis qu’à l’URD, Soumaïla Cissé a usé de tout son stratagème lors du congrès de ce parti pour mettre à son sommet un président qui puisse sécuriser sa candidature de 2012, c’est Zoumana Sacko, l’ex-Premier ministre qui s’illustre à travers la mise en place de mouvements et associations de soutien.

Pendant ce temps, c’est un comité de soutien à l’ancien président de la commission de l’Union Africaine, Alpha Oumar Konaré, qui dévoile son ambition pour 2012, cela au moment où ATT annonce qu’il n’est pas partant pour un troisième mandat. Les dés sont désormais jetés, et bon vent aux manœuvres.

Les choses se précisent de plus en plus quant aux différents acteurs qui vont compétir pour la succession de l’actuel chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré. Le pari est désormais ouvert depuis que le président de la République, lors de sa conférence de presse du 08 juin dernier, a levé tout équivoque par rapport à son ambition de briguer un troisième mandat, constitutionnellement interdit.

« Je ne suis pas concerné par le débat du déverrouillage constitutionnel.

Lors de la conférence nationale, s’il y a quelque chose pour lequel je me suis battu, c’est bien l’alternance démocratique au Mali » avait-il lancé en pleine figure du correspondant de RFI au Mali, Serge Daniel, lequel cherchait à savoir son point de vue sur l’article problématique de Marie Antoinette Sidibé, qui se prévaut être politologue, résidant à Montpellier en France.

Il faut dire que bien avant cette déclaration, c’est le président de l’ADEMA PASJ et non moins président de la plate-forme électorale d’ATT, l’ADP, l’Honorable Dioncounda Traoré, qui, lors de la rentrée politique de ce regroupement, s’empressait de lancer à la figure d’un journaliste que « ATT ne fera pas un troisième mandat ».

Des propos de nature à faire croire que soit ATT lui avait réservé la primeur de l’information, ou c’était une pression exercée afin de parer à toute tentation du locataire de Koulouba.

Le même Dioncounda, dans ses tournées de restitution des travaux de l’Hémicycle aux populations à la base, martelait à tout bout de champ que « le prochain président du Mali sortira des rangs de l’ADEMA PASJ », ou « l’ADEMA remportera la présidentielle de 2012 ».

Mais sur qui Dioncounda misait-il au sein de la ruche ? Qui peut être cet oiseau rare, quand on sait qu’en plus du fait que la constitution le lui interdit, l’ancien président de la République, Alpha Oumar Konaré, avait affirmé sur les antennes d’une radio internationale, que 2012 ne fait pas partie de son agenda ?

Est-ce à dire que l’enfant du Ouagadou, vu la rareté des présidentiables dans la ruche, mise sur sa propre personne ? Mais là où les choses tournent à la confusion, c’est quand un Comité de Soutien à Alpha Oumar Konaré, s’est signalé, et lutte pour le retour du politicien dribbleur aux affaires en 2012.

De ce fait, est-ce à dire que le retour d’Alpha Oumar Konaré aux affaires sera réclamé comme celui d’ATT en 2002 ? Ce qui passe forcement par le déverrouillage de la constitution. Est-ce à dire aussi que les déclarations de Dioncounda contre un troisième mandat d’ATT sont une manœuvre du même Konaré ? Par ce fait, est-ce à dire que Marie Antoinette Sidibé était en mission commandée par Alpha ?

Quand ATT crée une commission de relecture des textes de notre processus démocratique (celle que préside l’expert Daba Diawara), ce qui peut aboutir à la suppression de l’article 30 de la constitution faisant état de la limitation des mandats présidentiels, et se dit déjà non partant pour 2012, est-ce une manière pour lui de baliser le terrain du renvoi de l’ascenseur à Alpha comme ce dernier lui avait fait en 2002 ? Surtout que les Maliens soupçonnent les deux personnes d’avoir scellé un deal en ce qui concerne la présidence du pays.

Est-ce possible que, si le cas se réalisait, ATT et Alpha se livrent à un éternel jeu d’ascenseur pour la location de Koulouba ?

Pendant ce temps, ce sont autres potentiels présidentiables comme Soumaïla Cissé de l’URD, Ibrahim Boubacar Keïta du RPM, Me Tall du CNID FYT, Choguel K Maïga du MPR et surtout Soumana Sacko, cet autre trouble-fête, qui rêvent fortement de leur arrivée à la tête de la magistrature suprême. Un chemin qui s’annonce long et rocailleux pour chacun d’entre eux.

Et puisque l’adage dit que « qui veut aller loin prépare bien sa monture », l’ancien patron de l’ACBF qui ambitionne pour Koulouba depuis longtemps, a fort logiquement commencé à préparer le terrain depuis des lustres. C’est ainsi qu’en 2007, il voulait se présenter contre son mentor de la Transition, avant d’annuler son ambition à la dernière minute, pour remettre ça à 2012.

A l’époque, il comptait se présenter sous la bannière de la Convention Nationale pour l’Union (CNU FASO DJO TO), dont le président est Haguissa A Maïga.

Des entretiens crépusculaires menés tambour battant auprès d’une poignée de partis politiques avaient permis à ce commis de l’Etat de bien jauger sa force de mobilisation en 2007, et de se lancer à l’assaut du pouvoir pour 2012.

Aujourd’hui, c’est ce qui est en route à travers des mouvements, clubs et associations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Nous avons joints hier le coordinateur de ces divers instruments électoraux de l’ancien Premier Ministre en la personne de Haguissa A Maïga, le président de la CNU Faso Djo Ton pour en savoir davantage.

Ses réponses ne souffrent d’aucune ambiguïté : « Il n’y a plus de doute pour sa candidature en 2012, nous sommes en train de créer un peu partout à l’intérieur comme à l’extérieur des mouvements, clubs et associations de soutien, et les choses vont dans le sens souhaité.

Nous avons contacté un certain nombre de partis politiques, notamment lors du récent atelier du Projet de Renforcement des Capacités des Partis Politiques, tenu au Grand Hôtel de Bamako, et nous pouvons vous assurer que l’espoir est bel et bien permis. Nous sommes en train de ratisser large sur le terrain et au moment opportun nous allons faire appel à la presse pour livrer la nouvelle ».

Telle est la situation qui prévaut actuellement au sein de la classe politique, où les acteurs se battent comme de beaux diables pour une participation honorable à la présidentielle de 2012.

Une course de fond qui risque de voir certains comme les IBK et Tiébilé Dramé tirer les langues, eux qui feraient mieux de se refaire une virginité politique, au lieu de tirer à boulets rouges sur une personne : Tiébilé Dramé et Ibrahim Boubacar Keïta ne peuvent plus faire de sortie sans s’attaquer au régime du président ATT, dont ils furent dans un passé encore vivace dans les mémoires les chantres.

Leur course risque fort de se terminer dans des ravins.

Abdoulaye Diakité

08 Juillet 2008