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Au Mali, c’est le 29 avril que près de 7 millions de Maliens seront appelés à élire le président de la République. Huit candidats sont en lice pour séduire les Maliens et avoir leur confiance. La campagne bat son plein, mais le débat politique est loin d’être réaliste et constructif.

Ça chauffe dans l’arène politique depuis le 8 avril 2007, date officielle du début de la campagne pour la présidentielle du 29 avril 2007. Chacun, avec son style essaye de déstabiliser l’autre. A ce jeu, le président Amadou Toumani Touré est moins nanti puisqu’il doit faire face à au moins quatre candidats qui ont officiellement pris parti contre lui. Ils ont pour noms Ibrahim Boubacar Kéita, Soumeylou Boubèye Maïga, Tiébilé Dramé et Mamadou Blaise Sangaré.

Et du coup, les déclarations assassines pleuvent. « ATT n’est pas un démocrate » , a dénoncé, hier matin sur les ondes de RFI, Ibrahim Boubacar Kéita , ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale et du Rassemblement pour le Mali (RPM). Un sérieux coup de poignard dans le dos de l’homme de la Transition démocratique du 26 mars 1991 au 8 juin 1992.

Et pour le mettre dehors, IBK et ses alliés se battent « pour gagner face à un Etat entièrement mobilisé. Mais nous ferons en sorte que la vérité sorte des urnes » . Pour mieux appâter les électeurs qui, manifestement, n’ont aucune envie de se rendre aux urnes le 29 avril prochain, chacun y va de sa vision de l’Etat.

Ainsi, pour Oumar Mariko , secrétaire général du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’intégration (Sadi), « nous avons besoin d’un Etat qui, sur le plan international, affirme notre souveraineté non seulement dans le domaine de la coopération, mais aussi dans celui de la protection des citoyens maliens ».

Quant à Tiébilé Dramé, président du Parti pour la renaissance nationale (Parena), il « propose une grande politique d’unité, de cohésion et d’intégration nationale par la création d’un grand ministère chargé du Développement des régions sahéliennes et sahariennes » . Décidément, l’homme tient beaucoup au développement des zones arides. Ce qui n’est pas surprenant de la part du Niorois qu’il est.

Mais, parmi les huit candidats, celui qui a du mal à trouver sa voix et sa voie, c’est certainement Mme Sidibé Aminata Diallo qui brille beaucoup plus par sa naïveté politique que par la pertinence de son projet de société. Elle a du mal à communiquer alors qu’il est utopique de convaincre si on ne parvient pas à faire partager son projet avec les électeurs.

Elle doit souvent se demander comment elle s’est retrouvée dans cette arène. « Depuis 1958, les femmes votent au Mali. Je me sens très honorée d’être parmi les hommes pour ces enjeux électoraux » , se satisfait-elle. Heureusement que pour le moment, elle est tolérée par ses adversaires qui, par galanterie, ne semblent pas se préoccuper de ses maladresses. Et cela peut durer, à condition que la candidate respecte les règles du jeu.

Où sont nos préoccupations quotidiennes ?

Mais, aujourd’hui, force est de reconnaître que les discours de campagne sont pour l’heure stériles. De façon générale, les candidats se contentent de dénoncer et de se perdre dans des déclarations emphatiques. Les vrais problèmes sont souvent effleurés comme lorsque Soumeylou Boubèye Maïga dit que « le minimum social, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau manquent à la majorité des Maliens aujourd’hui » .

En la matière IBK n’est pas tendre avec les plaies des Maliens. « Les Maliens continuent de mourir de faim » , rappelle-t-il. Ce qui peut ressembler à une lapalissade dans un pays récemment classé par le Pnud 175e sur 117 sur l’indice de développement humain durable (IDH).

Pour le moment, ni du côté du Front pour la démocratie et la République (FDR) ni du côté de la mouvance présidentielle, on ne semble être réellement armé pour s’attaquer aux vrais problèmes des Maliens. IBK ambitionne de ramener le Mali dans le bateau de la croissance économique profitable à tous. Mais comment ? Nous ne le savons pas ! Le président ATT promet presque la même chose sauf qu’il n’en dit pas plus qu’IBK sur sa stratégie pour y parvenir.

Quelles sont les solutions réelles préconisées pour sortir l’école malienne de sa crise ? Comment combattre définitivement la pauvreté et le chômage des jeunes ? Qu’est-ce qui est envisagé pour que l’eau potable ne soit plus un luxe pour la grande majorité des Maliens ? Voilà les grands sujets sur lesquels on attend les candidats. Surtout ceux du FDR puisque, de leur point de vue, les stratégies jusque-là adoptées n’ont pas comblé les attentes.

Le peuple connaît mieux ses propres difficultés pour croire aux seules déclarations d’intention. Ce dont les Maliens ont le plus envie d’entendre aujourd’hui, ce sont des solutions concrètes et réalistes à leurs préoccupations. De nos jours, personnes n’est dupe pour croire qu’il y a des solutions miracles à la pauvreté, au chômage, à la corruption, à la crise scolaire… Et si les belles paroles et les promesses démagogiques pouvaient réellement développer une nation, le Mali figurerait aujourd’hui dans le G8 ! Sans blague !

Moussa Bolly

12 avril 2007.