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L’ADEMA et l’URD viennent de se retrouver autour d’une plate-forme dénommée l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès ( l’ADP ). Celle- ci vise à rassembler le maximum des partis politiques en vue de soutenir la candidature du président ATT à la présidentielle de 2007. Les deux partis en seront les premiers signataires. Ensuite le document sera ouvert aux autres formations politiques qui souhaitent y adhérer. Cette nouvelle donne met en relief le caractère imprévisible de la pratique politique au Mali et le dédain manifeste que le président ATT affiche désormais vis- à-vis des partis membres de l’ACC, le regroupement électoral qui l’a soutenu en 2002 contre l’ADEMA.

L’idée de cette plate forme, dit – on, dans certains milieux autorisés de l’URD, serait partie du président lui – même, soucieux de se doter d’une majorité qui l’aiderait à renouveler son bail à Koulouba.

A cette fin, il aurait reçu successivement les présidents de l’ADEMA et de l’URD, Dioncounda Traoré et Younoussi Touré, pour leur faire partager son projet. Il n’a eu aucune difficulté à convaincre ces deux personnalités étant donné que l’ADEMA avait déjà décidé, à l’issue de sa conférence nationale de novembre 2005 de « transformer son soutien politique à ATT en soutien électoral » dans l’hypothèse où celui – ci serait candidat à sa propre succession.

Quant à l’URD, en dehors du fait que son soutien à l’action du président ATT a été une constante, elle a, au cours d’une réunion spéciale de sa direction politique, tenue en mai dernier, clairement pris position pour un soutien franc et sans équivoque à une éventuelle candidature du Général – président. Cette option sera entérinée par sa prochaine conférence nationale dont la date n’est toujours pas fixée.

Selon nos informations, ce document encore tenu au secret, a été rédigé directement ou sous la supervision des présidents Dioncounda Traoré et Younoussi Touré. Puis, il a été discrètement remis à ATT pour examen et amendement éventuel. Celui – ci l’a retourné à ses deux co – rédacteurs pour la mouture finale. Il fera l’objet d’une signature officielle des deux partis – l’ADEMA et l’URD – d’ici au 15 novembre prochain. Avant d’être proposé pour adhésion à d’autres formations politiques, notamment le CNID de Me Mountaga Tall, le MPR de Choguel Maiga, l’UDD de Me Hassane Barry, le FAMA de Amadou Soulalé.

Cette plate – forme appelle plusieurs observations. La première que l’on peut faire, c’est que, comme dirait l’autre, la politique est le domaine de l’imprévisible. Surtout au Mali.

En effet, pour assurer sa victoire face au candidat officiel de l’ADEMA, Soumaila Cissé, lors de la présidentielle de 2002, ATT s’était vu obligé de nouer une alliance avec Espoir 2002, qui avait le vent en poupe et était piloté par IBK, sorti au premier tour dans des conditions très discutables. Quatre ans après, devant l’inéluctabilité de la candidature du même IBK à la présidentielle de 2007, ATT est contraint de changer d’alliance et de repartir, cette fois – ci, avec son adversaire d’hier.

Il est vrai que entre temps, Soumaila Cissé a obtenu un poste très envié à la présidence de l’UEMOA à Ouagadougou. L’ADEMA, pour sa part, s’est vu attribuer deux portefeuilles ministériels et plusieurs postes de direction dans l’administration d’Etat. Idem pour l’URD, sortie de ses flancs, le 1er juin 2003, précisément pour protester contre le soutien apporté par des hauts dirigeants de l’ADEMA à l’adversaire du candidat officiel du parti qui était Soumaila Cissé.

Un dédain pour les partis de l’ACC

Deuxième observation, la création de la nouvelle alliance électorale pourrait se faire au détriment de la plupart des petits partis qui s’étaient ligués en 2002 derrière le candidat ATT sous l’appellation de l’Alliance pour la Convergence et le Changement ( ACC ) si l’on en croit certaines indiscrétions. En effet, les concepteurs de la plate-forme pro ATT projettent, semble t-il, d’écarter de celle – ci un grand nombre de formations sans envergure, qui encombrent plus qu’elles ne peuvent apporter quelque chose.


Eviter la reproduction de l’unanimisme politique

En somme, l’idée est de faire gagner ATT avec seulement les partis dits significatifs qui partageront le pouvoir avec lui, une fois la victoire acquise. Il s’agit d’éviter la reproduction de la situation politique actuelle où des « partis qui ne représentent qu’eux mêmes » détiennent des portefeuilles ministériels qui devraient logiquement revenir à des partis ayant prouvé leur implantation au sein des populations. Sont ainsi visés des partis comme l’US-RDA, le PSP, le MIRIA, le BDIA, le PDP etc. Si ce schéma se matérialisait, beaucoup de formations lilliputiennes pourraient, par dépit ou par vengeance, tenter de rallier le bloc électoral qui se met en place autour du RPM.

Dans le but de renforcer celui-ci et faire mordre la poussière à ATT. Déjà, on observe une distanciation du PARENA par rapport au locataire de Koulouba dont il a été un fervent supporter. Laquelle distanciation semble s’opérer au profit d’IBK, le rival probable de ATT. L’attitude du PARENA pourrait faire des émules.

En tout état de cause, une alliance dont le couple ADEMA-URD constituerait l’épine dorsale n’est pas un gage de succès électoral pour ATT. D’abord, parce que ces deux partis sont traversés par des courants divergents : L’ADEMA est déchirée entre ceux qui sont acquis à un soutien à ATT et ceux qui veulent la promotion d’une candidature interne, en l’occurrence celle de son premier vice-président Soumeylou Boubèye Maïga, dont une grande déclaration est attendue le 25 de ce mois.

Côté URD, ceux qui n’ont pas pu obtenir une candidature interne, celle de Soumaïla Cissé autour de qui et pour les intérêts de qui le parti s’est crée, pourraient choisir de voter pour IBK ou de s’abstenir. Ce sont donc deux partis fragilisés qui se sont mis ensemble pour tenter de faire réélire ATT.

Le danger qui guette l’ADP

L’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) devra compter aussi avec les auteurs du Manifeste pour la Démocratie. Avec déjà 4000 signataires en un trimestre, ceux – ci ont montré qu’ils ne sont pas des plaisantins. Leur force de mobilisation est appréciable. Le plus grave danger qu’ils recèlent, c’est que leurs sympathisants se recrutent à l’intérieur de toutes les formations du pays, y compris l’ADEMA et l’URD. Ils feront campagne, non pour le maintien de ATT au pouvoir, mais pour le retour de l’orthodoxie républicaine, c’est à dire la gestion du pouvoir politique par les seuls partis politiques, acteurs constitutionnels de l’activité politique.

L’ADP devra surtout compter avec un Espoir 2002, débarrassé des pro ATT qui alourdissent sa marche (CNID, MPR) et déterminé à réaliser l’alternance au Mali.

Chahana TAKIOU

09 février 2007.