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Jamais président malien n’a eu autant d’état de grâce qu’Amadou Toumani Touré. Un boulevard s’ouvrait devant lui. Mais, à l’arrivée, les résultats sont loin des attentes.

Depuis l’avènement de la démocratie au Mali, jamais le pays n’a été aussi calme que sous le mandat du président sortant, Amadou Toumani Touré. Au point que certaines mauvaises langues avaient fini par dire qu’il a tout mis en coupe réglée.

Le fait que le pays soit calme après dix ans de troubles et de querelles de clochers politiques, n’était pas en soi une mauvaise chose. C’est plutôt ce que le Mali tout entier avait souhaité en portant son choix sur un homme qui, en plus d’autres promesses, s’était posé en rassembleur.

Sur ce point, son bilan peut-il être jugé positif ?

Visiblement non, au vu de ceux qui se présentent contre lui et qui lui avaient accordé leur suffrage en 2002. L’exemple le plus patent est celui d’Ibrahim Boubacar Kéita (IBK). L’homme a été à la base d’abord de l’élection d’ATT. Contre toute attente, il a appelé à voter pour lui, au grand dam de certains, comme les Choguel Kokalla Maïga, habitués à battre le pavé et toujours prêts à crier au voleur.

Depuis 2002, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Choguel K. Maïga ne battra plus le pavé de sitôt, mais, en son temps, c’est IBK qui avait calmé les ardeurs belliqueuses de tous ceux qui, aujourd’hui, voient au général toutes les vertus de la terre, repus qu’ils sont d’être au nirvana qu’un opposant ne saurait soupçonner.

Des échecs patents

Ensuite, ATT doit à IBK tout le calme qui a prévalu lors de son mandat. C’est lui qui a refusé de lâcher la meute, d’appeler les militants à descendre dans la rue. ATT qui a oublié cet épisode ne rate aucune tribune pour dire qu’IBK lui doit son perchoir à l’Assemblée nationale, oubliant certainement le premier versant du deal.

Si ATT avait été bien, s’il avait respecté ses engagements politiques, ni Tiébilé Dramé, ni Soumeylou Boubèye Maïga, encore moins IBK n’auraient été candidats contre lui. Car, il faut le rappeler, beaucoup de candidatures actuelles sont contre le président sortant qui a tenté d’infantiliser la classe politique.

Les « infrastructures », qui sont citées tous les jours comme « acquis » des cinq ans, ne suffisent pas pour dédouaner le président et son équipe. Il a échoué à mettre en place une administration neutre, capable d’évoluer par elle-même et d’offrir à tous les fils du pays la même chance. Il n’a pas su consolider les bases de l’union à laquelle les Maliens aspiraient et qui les a fait choisir un homme qu’ils pensaient affranchi des clans.

Pis, le président ATT a introduit des comportements négatifs et dangereux (trafic d’influence, gabegie, impunité) qui vont malheureusement lui subsister. Des années ont été mises pour avoir des acquis qu’il a dilapidés en cinq ans.

Ainsi va le Mali.

Alexis Kalambry

28 avril 2007.