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La présidentielle sénégalaise se tiendra le 25 février. Avec la réconciliation de dernière minute entre le président Abdoulaye Wade et Idrissa Seck, son ancien premier ministre, le microcosme politique sénégalais n’a pas encore fini de nous réserver des surprises. Fort de cet acquis, et face à une opposition en rangs dispersés, Me Wade, candidat à sa propre succession, affronte cette échéance avec une certaine sérénité.

A quelques encablures de la présidentielle sénégalaise prévue pour le 25 février 2007, la fièvre électorale monte au pays de la Téranga. Tous les ingrédients sont réunis pour faire monter le mercure politique.

Pour le mois de janvier seulement, il y a eu deux événements majeurs. Le premier est l’annulation le 12 janvier dernier par le Conseil d’Etat du décret N° 2006-1350 du 14 décembre 2006, portant répartition des sièges de députés à élire au scrutin majoritaire départemental.

A titre de rappel, le 8 décembre 2006, contre toute attente, le président Abdoulaye Wade a pris ce décret qui ramène le nombre des députés à 150 contre 120 actuellement.
Et du coup, comme on l’imagine, il y a eu une levée de boucliers au niveau de l’opposition. Les socialistes ont introduit une requête portant annulation du décret au Conseil d’Etat, au motif que le nouveau découpage favoriserait le parti au pouvoir.

Cette juridiction a donné raison aux auteurs de la requête. Conséquence : un report des législatives qui étaient initialement couplées par le premier tour de la présidentielle, toujours prévu le 25 février 2007.

Le second événement concerne la réconciliation entre le président Wade et son ancien premier ministre, Idrissa Seck le 21 janvier dernier. Si les clauses de cette rencontre sont obscures, il n’en demeure pas moins qu’elles ont des répercussions sur la campagne électorale, voire même la présidentielle.

Ces deux événements renforcent la mouvance présidentielle. Aujourd’hui, Maître Abdoulaye Wade, 80 ans et candidat à sa propre succession, part favori face à une opposition qui n’arrive pas à accorder ses violons pour faire une candidature unique à la présidentielle et d’une liste commune aux législatives.

Défait par les ambitions personnelles, la Coalition populaire pour l’alternative (CPA) s’est effritée. Ses animateurs, Moustapha Niasse de l’Alliance des Forces du Progrès (AFP), le socialiste Ousmane Tanor Dieng (PS) et le leader de la Ligue démocratique/Mouvement pour le Travail (LD/MPT), Abdoulaye Bathily, iront chacun en ordre dispersé.

En dépit de la supplique pathétique des femmes, les responsables de la coalition n’ont pas infléchi leurs ambitions présidentielles. Et presque instantanément, deux coalitions naîtront des flancs de ce regroupement : la Coalition Alternative 2007, autour de Moustapha Niasse, Amath Dansokho et Madior Diouf ; la Coalition Jamm-Ji autour d’Ousmane Tanor Dieng, Idrissa Seck et Abdoulaye Bathily.
Le maire de Zinguinchor, Robert Sagna, un autre baron du PS, serait également pour cette présidentielle.

Au moment où la mouvance présidentielle élargit ses bases et noue des alliances, le président Abdoulaye Wade a été officiellement investi le 16 décembre 2006, par son parti le Parti démocratique sénégalais (PDS). Et du coup, il a ouvert la voie à tous ses alliés de l’investir à leur tour.

Le Front populaire (FP) du ministre de l’Information, Bacar Dia, a investi Abdoulaye Wade pour l’élection présidentielle du 25 février 2007.
« Notre parti, qui incarne la gauche audacieuse et debout, investit Me Abdoulaye Wade comme son candidat à l’élection présidentielle de février 2007« , a déclaré le secrétaire général du Front populaire (Fp), le Dr Bacar Dia, lors d’un congrès extraordinaire. Lors de cette investiture, il a par ailleurs souligné qu’Abdoulaye Wade n’est ni de la gauche, ni de la droite. « C’est un homme de l’avant, le candidat des générations futures« .

Avant de poursuivre, le slogan « Sopi » (changement en langue Wolof) n’appartient plus, d’ailleurs, au Pds. « Le Sopi dépasse le cadre d’un slogan de parti. Il est devenu un phénomène national qui appartient désormais à tous les Sénégalais qui ne cessent d’apprécier les réalisations, les ambitions, la vision politique de Me Abdoulaye Wade », indique le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement. Selon lui, « le Sopi est l’instrument par lequel le Sénégal économique et social de demain est en train de se construire« .

Le Parti pour la vérité et le développement (PVD) soutient également la candidature du secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (Pds), Me Abdoulaye Wade. Les deux formations politiques ont scellé en décembre 2006 un pacte d’alliance pour les élections présidentielle et législatives. Macky Sall, le directeur de campagne de Me Wade, qui avait à ses côtés le ministre Thierno Lô juge déterminant ce soutien pour la victoire du Pds aux prochaines joutes électorales.

« Après la rencontre entre les deux leaders, Modou Kara a décidé de soutenir sans condition le président de la République. Nous sommes venus pour établir les termes, les bases de cette alliance. Nous avons discuté avec le Premier ministre et les autres responsables dans une atmosphère très détendue« , a souligné l’ancien ministre et actuel directeur politique du PVD, Abass Bâ.

« C’est un acte fort que les deux leaders viennent de poser. C’est un acte qui consacre la reconnaissance du leadership de Wade par un autre leader, Modou Kara Mbacké Noreyni. Cela montre que le repère dans la gestion du Sénégal, c’est Wade. Wade, c’est la sécurité, pas en termes militaires, mais la sécurité routière, alimentaire, la sécurité des femmes« , dit l’administrateur général du Pds, Abdoulaye Faye.

Et déjà entre pro et adversaires de Wade, tout tourne autour du bilan. Pour ses alliées et inconditionnels du Sopi, le « pays bouge » au rythme des grands chantiers d’infrastructures et d’une bonne croissance économique…

Ces adversaires, vont plutôt mettre l’accent sur les failles de son mandat.

Au lendemain de cette présidentielle, les jeux sont plus que jamais ouverts. Comme à l’image de la réconciliation Wade/Idy, tout peut arriver…et se nouer.

Cette élection est également considérée par beaucoup d’observateurs comme celle de tous les dangers. Le meeting de l’opposition du week-end en est une parfaite illustration. Les six ténors de l’opposition sénégalaise ont été arrêtés puis libérés…quelques heures après, au motif que leur rassemblement n’était pas autorisé. Est-ce déjà le réveil des démons ?

Almahady Cissé

29 janvier 2007.