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Après avoir remporté les primaires américaines sur l’ex-première dame Hillary Clinton, le candidat démocrate à la Maison-Blanche, Barack Obama, vient d’effectuer une tournée au Moyen-Orient et dans certains pays européens.

L’objectif non avoué de ce périple était de peaufiner sa stature d’homme d’Etat en prévision des joutes de novembre qui l’opposeront au républicain McCain. Si sur le plan diplomatique, la tournée d’Obama fut incontestablement un succès, il n’en demeure pas moins qu’elle laissera un arrière-goût amer pour ces «damnés de la terre» que sont les Africains et surtout les Palestiniens.

D’origine africaine (Kenya), en effet, le candidat démocrate n’a pas eu un traître mot pour l’Afrique. Il a survolé ce continent comme au-dessus d’un nid de coucou pour atterrir à l’autre bout de la planète.

Il est fidèle en cela à la politique de la plupart des dirigeants américains qui ont toujours considéré le continent africain comme quantité négligeable. Aussi les Africains ne doivent pas se faire trop d’illusions en estimant qu’une fois dans le bureau ovale, Barack Obama tissera avec eux des relations encore plus privilégiées. A condition, bien sûr, qu’il s’en sorte face à un faucon comme McCain, vétéran de la guerre du Viêtnam et considéré à ce titre comme un héros.

Qu’il vienne d’Italie, de l’Irlande ou même du Kenya, un Américain est un Américain, c’est-à-dire un Yankee sans cesse obsédé par le rôle de gendarme que doivent jouer les Etats-Unis dans le monde.

Du bandit Richard Nixon au cow-boy Ronald Reagan, de tout temps c’est la politique de la canonnière pour assurer la domination de l’impérialisme dont Lénine disait que c’est le stade suprême du capitalisme. Sur ce plan, en tout cas, entre démocrates et républicains, il n’y a aucune différence : c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Les Palestiniens en particulier garderont un triste souvenir de ce passage éclair de Barack Obama en territoires occupés et en Israël. On se rend compte finalement que c’est une tournée destinée à séduire l’électorat juif des Etats-Unis.

Aussi, a-t-il fait le plein de zèle pour flatter l’orgueil des juifs, allant jusqu’à affirmer que Jérusalem sera la capitale de l’entité sioniste, visitant tour à tour les hauts lieux du Judaïsme comme le mur des Lamentations et le monument de la shoah à Yad Vashen. Pas un mot, en revanche, sur la création d’un Etat palestinien. Pire, aucune déclaration en Cisjordanie où il n’a passé que quelques heures en compagnie du dirigeant palestinien Mahmoud Abbas.

De quoi nous faire regretter le récent passage de Nicolas Sarkozy à Tel-Aviv. Au moins le dirigeant français a dit aux juifs ses quatre vérités : sécurité d’Israël mais aussi création d’un Etat palestinien et un statut négocié pour Jérusalem.

Ce discours ferme mais courtois, le candidat démocrate ne pouvait le tenir face à l’allié stratégique des Etats-Unis. De quoi encourager la politique expansionniste des dirigeants israéliens qui rêvent toujours de la construction du «Grand Israël» (Eretz/Israël), une doctrine raciste fondée sur l’occupation de la Terre Promise par le peuple élu de Dieu telle qu’annoncée par la Bible.

Ce qui fait qu’aujourd’hui on assiste dans les territoires palestiniens à des pratiques déshumanisantes pires que sous le règne de l’apartheid en Afrique du Sud avec la présence de l’armée partout, des routes séparées pour les colons et pour les Palestiniens, les «barrières de sécurité», les files d’attente aux check points, l’obtention par les Palestiniens de permis de l’administration israélienne pour se déplacer (le système des «pass» en Afrique du Sud).

Alors que le terme «apartheid» est considéré comme un outrage en Israël. Malgré tout, les Palestiniens veulent encore croire à une solution. Une fois élu, Barack Obama va-t-il leur apporter la paix tant espérée depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël, c’est-à-dire là où tous ses prédécesseurs ont échoué ? Il est sûr que face à un McCain imbu d’une bonne dose de chauvinisme, le sénateur de l’Illinois constitue la solution du moindre mal pour l’Afrique, le monde et le Moyen-Orient.

A condition de se donner de meilleures chances en choisissant Hillary Clinton comme colistière afin que les Blancs ne trouvent pas qu’il n’est pas suffisamment blanc et les Noirs qu’il n’est pas suffisamment noir.


Mamadou Lamine Doumbia

28 Juillet 2008