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Lequel des 27 postulants au fauteuil présidentiel serait le plus à même de gérer la situation critique du pays ? La question est au centre de toutes les discussions alors que les électeurs qui hésitent encore n’ont plus que cinq petits jours pour arrêter leur choix. 6.829.696 millions de maliens sont appelés à se prononcer dans les urnes dimanche prochain.

En principe, les candidats sont jugés sur la base de l’ambition qu’ils ont pour leur pays, et cela à travers leurs programmes largement exposés lors de la campagne. Cependant, pour ce scrutin particulier que le Mali s’apprête à vivre, tous les prétendants au fauteuil semblent avoir le même plan. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas 36 remèdes pour sortir le pays du marasme actuel : la corruption doit être combattue, la solution pour sécuriser le Mali passe nécessairement par le renfort en nombre et en qualité des hommes en tenues, idem pour leur équipement et matériels, etc.

«Ils parlent tous de l’unité du pays, du développement économique et social. Ils ont les mêmes projets de société», analyse un ouvrier rencontré à Baco Djicoroni et favorable à Dramane Dembélé, candidat de l’Adéma.

Des projets similaires mais à une différence près. Le candidat du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi) prônerait une «politique économique plus sociale», selon l’un de ses lieutenants.

Pour un journaliste, favorable, lui, à Ibrahim Boubacar Keïta, «Oumar Mariko est bon mais il mène une opposition sauvage».

Autre lieu, autre ton. Après une fine pluie qui a fort heureusement rafraichie l’atmosphère aux abords du grand marché, en plein cœur de Bamako, ce 16 juillet, une discussion animée au sein d’un groupe de dix personnes réunies devant un kiosque de journaux, attira mon attention.
Le sujet de la conversation ? La perspective de la présidentielle du 28 juillet. Il faut dire que le débat s’est brusquement corsé lorsqu’un homme a lâché : «C’est Soumaïla Cissé qu’il nous faut en 2013».

La réaction du reste du groupe de «titrologues», peu ou pas du tout alphabétisés, ne s’est pas fait attendre. «Donnez-nous un exemple de ce qu’il a fait de bon jusqu’ici !», rétorquent deux hommes dans l’assistance. Un autre orateur, essayant d’exposer la carte IBK, se voit répliquer : « C’est sous le gouvernement IBK qu’on a vu des fonctionnaires milliardaires». Loin de se décourager, le pro-IBK répond que son mentor a tout de même «sauvé le pouvoir d’une crise sociale et politique très profonde entre 1994 et 2000». Rappelons qu’IBK fut premier ministre pendant cette période après la démission prématurée et successive de deux de ses prédécesseurs.

«Tous ceux-ci sont des Adémistes [Ndlr : référence au parti Adéma-PASJ qui a dirigé le pays de 1992 à 2002] et ne pourront rien changer dans le pays» conclut un autre participant.

La discussion qui devenait de plus en plus houleuse avait besoin d’être quelque peu apaisée et c’est un sexagénaire qui s’est prêté à cette œuvre charitable. Selon ce dernier, « IBK est capable de restaurer l’autorité de l’Etat mais pour une gestion saine des ressources financières, Soumana Sako est l’homme de la situation. Il nous faut ce duo à la tête du pays», a-t-il proclamé sans aucune précision d’ordre protocolaire. Après cette sortie du septuagénaire, chacun retourna à ses taches sans autre forme de commentaire.

A Bamako, nombre d’électeurs réclamant un changement radical du système politique malien ne serait pas contre cette carte IBK-Sako.

Un boutiquier à Lafiabougou, qui ne se soucie guère du tempérament et des ambitions des uns et des autres, compose même le gouvernement idéal à son idée: «Moi, je veux IBK comme président, Soumana Sako, comme premier ministre, Oumar Mariko, en tant que président de l’Assemblée nationale et Cheick Modibo Diarra, comme ministre du commerce ou de la justice».

Pour le moment, les uns et les autres spéculent, espèrent, militent.
Bientôt le 28, le suspens sera levé !

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 23 Juillet 2013