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Au moment où, après le premier tour de la présidentielle, l’ADEMA appelait à voter pour Soumaila Cissé, le candidat du FDR, Dramane Dembélé, le candidat de l’ADEMA, rejoignait, lui, IBK. Ce faisant, il suscitait une violente colère d’Iba Ndiaye, président intérimaire de l’ADEMA, qui, sur un ton martial, déclarait que Dramane Dembélé n’engageait pas le parti, que ce dernier respecterait la plateforme FDR et se tenait prêt à occuper les bancs de l’opposition en cas de défaite de Soumaila Cissé. Qu’est-ce qui a poussé Dramane Dembélé à prendre le contrepied de son parti ? Votre journal a cherché à s’informer…

Boycotté par les anciens

En fait, la désignation de Dramane Dembélé comme candidat de l’ADEMA à la présidentielle est restée en travers de la gorge des vieux du parti qui étaient nombreux à s’aligner aux primaires. Tous se sont laissés piéger par la commission de bons offices qui, avant de dévoiler son choix, leur avait fait signer l’engagement d’honneur de ne pas contester ce qui serait décidé. Munie de ce précieux document, la commission a porté son dévolu sur Dramane Dembélé qui, pourtant, ne paraissait réunir tous les critères édictés.

Les vieux candidats, terriblement sonnés, préfèrent ne pas ruer dans les brancards. Mais ils n’en mijotent pas moins des coups fourrés.
Premier à se manifester, Soumeylou Boubèye Maiga, quitte le parti dans le but de préparer sa propre candidature comme il l’avait fait en 2007 lorsque l’ADEMAavait décidé de soutenir la candidature d’ATT pour un second mandat. Boubèye, en fin analyste politique, se rend vite compte qu’il n’a pas de chances de gagner l’élection présidentielle du 28 juillet face à des compétiteurs autrement puissants et populaires comme IBK et Soumaila Cissé.

Il met donc ses ambitions présidentielles en sourdine et pose ses valises chez IBK, le candidat du RPM. Boubèye n’a pas choisi IBK au hasard.Déjà, il le savait, celui-ci bénéficiait du soutien du président de la Transition, Dioncounda Traoré, et, bien entendu, d’Ousmane Sy, secrétaire général de la présidence de la République. IBK, cérise sur le gâteau, entretenait aussi les meilleurs liens avec les militaires de Kati de même qu’avec les présidents Guinéen Alpha Condé, nigérien Issoufou et français, François Hollande .

Deuxième à quitter l’ADEMA, Sékou Diakité, autre candidat défait par Dramane Dembélé, se rallie à Housseini Guindo, le mentor de la CODEM. C’est bien la première fois que l’ancien ministre de la Solidarité rompt les liens avec son parti mais il n’arrive pas à comprendre pourquoi l’ADEMA ne cesse de lui préférer d’autres candidats : en 2012, il a été battu aux primaires par Dioncounda Traoré; en 2013, il l’est par Dramane Dembélé qu’il considère comme un militant de la vingt-cinquième heure.

Certes, officiellement, le reste du Comité exécutif reste fidèle à Dramane Dembélé mais très peu de responsables du parti s’impliquent réellement dans la campagne du candidat. »Bien que le parti, première force parlementaire du Mali, ait reçu des fonds au titre du financement public, pas un franc n’a été remis à DramaneDembélé pour les besoins de la campagne », se désole un ami du candidat qui reconnaît cependant que Dioncounda Traoré a fait au candidat un don symbolique de 30 millions de FCFA.

Du coup, Dramane Dembélé a battu campagne avec ses propres moyens. Rien que le lancement de sa campagne électorale, à Sikasso, lui a coûté la bagatelle de 125 milmlions de FCFA ! Un autre membre de son entourage souligne que le comité exécutif de l’ADEMA n’a rien fait pour mobiliser le parti: « Je crois fermement que les maires du parti ont reçu consigne de se croiser les bras. Quand notre équipe de campagne se rendait dans une localité, nous étions accueillis au siège local du parti par trois tondus et deux pélés mais jamais par des foules que nul ne s’activait à mobiliser. Il y a eu sabotage de notre campagne. ».

Au même moment, de nombreux responsables locaux et nationaux du parti battaient campagne pour des candidats adverses. « A quelques exceptions notables, dont celle d’Ali Nouhoun Diallo, ancien président du parlement, et d’Ag Oumarou, président du Haut Conseil des Collectivités, les vieux du parti ont laissé choir Dramane Dembélé. Même Iba Ndiaye, le président intérimaire du parti, n’a pas mouillé le maillot : il ne s’est déplacé qu’une fois, lors du lancement de la campagne à Sikasso ! », explique-t-on à l’état-major de campagne de Dramane Dembélé.

Cinglante défaite

Au lendemain du 28 juillet 2013, Dramane reçoit une douche froide. Lui qui comptait caracoler en tête du classement se retrouve avec un score de 9% alors qu’il défendait les couleurs du plus grand parti du pays ! Tandis qu’il rumine amèrement sa déception, il apprend que le comité exécutif de l’ADEMA s’est réuni à son insu et a décidé de soutenir Soumaila Cissé, seul candidat du FDR qualifié pour le second tour. Le sang de Dramane ne fait qu’un tour.

Il s’estime méprisé, trahi.Il se rend aussitôt chez IBK auquel il se rallie, au nom des valeurs socialistes qu’ils partagent tous deux. « Dramane a déclaré à IBK qu’il ne venait chercher ni un poste ni argent.Au contraire, il a financé personnellement le travail que ses équipes ont engagé au profit d’IBK en vue du deuxième tour de la présidentielle », affirme une source proche du RPM.

Dramane Dembélé ne s’en va pas tout seul de l’ADEMA.Il emporte avec lui ses clubs de soutien. Mercredi 7 août 2013, le Mouvement de Soutien à la Candidature de Dramane Dembélé a décidé de soutenir IBK. C’était lors d’une conférence de presse tenue au Centre Internationale de Conférences de Bamako.

La conférence était animée par Oumar Doumbia, président du Mouvement, avec, à ses côtés, Issa Mariko, président des anciens de l’AEEM, et Zeïnabou Maïga, représentante d’IBK. Dans une déclaration lue par Oumar Doumbia, le Mouvement a invité ses militants à voter pour IBK au second tour de la présidentielle. Le Mouvement estime que « Dramane a été victime de la trahison, de la duplicité et de l’hypocrisie de certains de ses camarades de parti qui ont la phobie de voir émerger un jeune ».

Pour Oumar Doumbia, il est inadmissible qu’un parti comme l’ADEMA se classe 3ème sur 27 lors du premier tour de la présidentielle. « Ce score résulte plutôt de nos efforts à nous, ses mouvements de soutien, que de son parti, dont les plus hauts cadres l’ont trahi », soutient Doumbia. Le Mouvement dit s’être rendu compte que la vieille garde de l’ADEMA est réfractaire au changement auquel aspire le peuple et a utilisé les jeunes comme simple « chair à canon lors des luttes pour l’avènement de la démocratie au Mali ». Le Mouvement promet de récupérer l’ADEMA et de le mettre au service du peuple.

Au-delà de ce Mouvement, Dramane Dembélé apporte à IBK le soutien officiel de la jeunesse ADEMA, ainsi qu’en fait foi un communiqué publié sur l’ORTM et signé du président de la jeunesse ADEMA. Enfin, il a suscité le ralliement à IBK de la plupart des secrétaires généraux des sections de l’ADEMA.

Le 2ème tour de la présidentielle consacre, en définitive, l’éclatement de cette formation. Dans les prochains jours, il est probable que Dramane et ses proches intègrent le RPM ou fondent un nouveau parti. Comme l’ont fait, avant lui, d’illustres barons de l’ADEMA: IBK et Soumaila Cissé.

Tiékorobani

Procès Verbal du 13 Août 2013.