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A moins d’une semaine de l’élection présidentielle, Afribone continue de donner la parole aux candidats. Moussa Mara, expert-comptable DGA du cabinet d’expertise comptable Diarra et maire de la commune IV du district de Bamako, est le porte-étendard du parti Yèlèma. Il se confie à notre reporter maison.

jpg_une-1940.jpgAfribone : À quelques jours de l’élection présidentielle du 28 juillet, quel sentiment vous anime concernant les conditions d’organisation du scrutin ?

Moussa Mara :
Il y a des difficultés évidentes dont la moindre n’est pas la question du vote à Kidal mais il y a également des avancées significatives comme le niveau de retrait des cartes d’électeurs. Après deux semaines de distribution nous constatons 70% de retrait à Bamako, un chiffre qui n’a jamais été approché au Mali.

Mon opinion est que nous devons avoir un regard positif sur l’organisation, identifier les difficultés et les régler. Il faut que nous soyons ensemble pour que les prochaines élections soient une fête de la démocratie.

Pourquoi faut-il aller à cette élection ?

Il faut aller aux élections le plus rapidement possible pour sortir de la période d’incertitude actuelle, donner une vraie légitimité au pouvoir et engager rapidement les reformes de fond qui garantiront au Mali une sortie durable de crise.

Le président de la République estime que les candidats doivent s’attendre à une élection imparfaite. Quelle est la marge d’irrégularités que vous êtes prêts à accepter ?

J’ai dit depuis le mois de février que nous nous engageons à YELEMA à ne pas contester les résultats des élections quels qu’ils soient. Nous invitons tous les candidats à s’inscrire dans une démarche similaire car le Mali est plus important que chacun d’entre nous. Faisons confiance aux autorités, seules organisatrices des élections, et suivons-les. Si elles estiment que ces élections peuvent se tenir, allons-y et quel que soit le vainqueur, félicitons le et prions pour qu’il puisse sortir le pays de l’ornière.

Les acteurs politiques maliens ont-ils encore la solution aux graves problèmes qui se posent aujourd’hui au pays ?

A entendre les discours ici ou là, on ne peut que regretter la qualité générale du débat public dans notre pays et la qualité générale du leadership. Cela étant dit, certains acteurs ont des positions et des idées intéressantes, d’autres ont une crédibilité à porter le changement dont nous avons besoin. Il faut donc être optimiste et parier sur la saine et positive progression de la démocratie, de la qualité des projets dans un contexte où la société civile devrait jouer un rôle de plus en plus important.

Quelles sont vos chances face à vos adversaires ?

Une élection de sortie de crise est généralement une élection ouverte ; les citoyens ayant une grande envie de changement et donc des perspectives intéressantes pour ceux qui personnifient ce changement comme moi. Ensuite la forte mobilisation des citoyens, notamment à Bamako où traditionnellement la participation est faible, est de nature à ajouter une dose d’incertitude aux résultats. Les jeux sont ouverts, tout est envisageable. Nous nous organisons en conséquence. Nous adaptons nos stratégies au contexte. Nous privilégions le rapport direct, franc et honnête avec les citoyens pour accroitre nos chances qui sont bien réelles aujourd’hui.

Etait- il nécessaire que toutes les solutions de sorties de crise nous soient dictées de l’extérieur pendant cette transition ?

La qualité du leadership mais aussi et surtout notre incapacité à nous entendre ont ouvert la voie à une implication de plus en plus importante de l’extérieur dans la résolution de nos problèmes. Nous devons en tirer les conséquences utiles pour l’avenir.

Pour remettre le pays sur les rails, il faut une thérapie de choc. Quelle est la recette du candidat que vous êtes ?

Plusieurs thérapies de choc sont utiles : la thérapie de la reforme des forces armées et de sécurité, la thérapie de la réconciliation nationale, la thérapie de la relance socio-économique, celle des reformes de fond sur les plans institutionnels, de la lutte contre la corruption et de la gouvernance. Nous aurons également à nous atteler à la question majeure de l’école. Il faut la refonder sur une génération avec une amélioration progressive du dispositif.

Est-ce que les français laisseront le nouveau président travailler exclusivement pour les intérêts du Mali ?

Laissons les français tranquilles ! Au contraire remercions-les pour nous avoir aidés à nous remettre debout.

Travaillons sérieusement sur nos faiblesses. Faisons les efforts appropriés pour redresser notre Etat et notre démocratie et vous verrez qu’à l’avenir nous n’aurons besoin de personne pour tracer notre voie.

Quelle seront vos premières mesures, si vous êtes élu président ?

Ce sera de monter une équipe constituée essentiellement d’hommes neufs, compétents, intègres et patriotes, dont une partie de la diaspora. Nous nous attaquerons ensuite aux chantiers de la reforme des forces de défense, de la réconciliation nationale et de la relance socio-économique.
Dans les deux premiers mois du mandat, nous ferons en sorte que tous ces dispositifs soient sur les rails avec des objectifs clairs à atteindre et un chronogramme précis et partagé avec les maliens. A la suite de ceci, nous jetterons les bases de la restructuration de l’Etat, de la guerre contre la corruption pour que nous disposions des outils de base et de la feuille de route nécessaire pour le mandat, cela dès le premier trimestre de ma prise de fonction.

Vous président, pouvez-vous garantir que non seulement le Mali ne sera pas coupé en deux mais également qu’on ne parlera plus d’Azawad ?

Aujourd’hui tous les maliens, y compris ceux qui ont porté les armes contre le pays ainsi que toute la planète convient que l’intégrité du territoire et la souveraineté du Mali ne sont pas négociables. Cela est garanti. En revanche nous devons travailler à renforcer nos propres moyens de défense et de sécurité pour que nous puissions assurer nous-mêmes ces fonctions substantielles d’un Etat digne de ce nom et jouer notre partition dans la sécurisation de l’espace sahélien.

Je m’inscris dans cette direction et ferai en sorte que plus jamais le Mali ne soit dépendant de qui que ce soit pour assurer sa sécurité. Pour ce qui concerne l’administration du territoire, je vais initier des reformes d’approfondissement de la décentralisation avec une force supplémentaire donnée aux régions et un changement de leur dénomination pour que les noms soient familiers aux populations (mandé, kaarta, Wassoulou, Macina…). Ces dénominations seront fixées par les communautés de façon consensuelle et l’Etat les entérinera.

Un mot de la fin pour les internautes

Mes remerciements à Afribone qui me donne l’occasion de présenter quelques aspects de notre projet de société. Je vous encourage donc à poursuivre dans cette direction.

Mes prières pour des élections apaisées et saluées par tous mais aussi pour un hivernage productif et satisfaisant et pour un mois de ramadan de paix et de dévotions agréées par le seigneur.

Entretien réalisé par Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 22 Juillet 2013