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C’est officiel depuis le vendredi 27 janvier 2012 : le PDES a décidé de n’aligner aucun candidat pour l’élection présidentielle de cette année. C’était lors d’une réunion extraordinaire tenue au siège du Parti sis à l’ACI 2000, sous la direction du Président Hamed Diané SEMEGA et en présence des plus hauts responsables du seul parti politique malien qui se réclame ouvertement de l’actuel Président de la République.

Cet épilogue, qui survient après une longue attente, met fin au suspense entretenu sur l’entrée en lice d’une formation qui, il y a peu, apparaissait à la plupart des observateurs, comme étant l’un des prétendants les plus sérieux au fauteuil présidentiel. Comment est – on arrivé au PDES à cette position et pourquoi, quels en sont les avantages et les inconvénients, et quelles perspectives se dessinent – elles pour le parti ?

Telles sont les questions que suscite au sein de l’opinion l’annonce faite le samedi 28 janvier sur les antennes de l’ORTM de la délibération du parti des amis d’ATT.

Décryptage d’une décision

Officiellement, le communiqué précité fait état des recommandations d’une commission de réflexion mise en place par le Comité Directeur National pour plancher sur la question de la participation du PDES à la prochaine élection présidentielle, commission qui s’est prononcée par la négative sur le sujet.

De fait, depuis plusieurs semaines, et malgré les résolutions prises par la Convention Nationale du 18 décembre 2012, l’analyse de la situation politique nationale et des intérêts particuliers du parti avaient conduit bon nombre de responsables du PDES à s’interroger ouvertement sur la pertinence d’une entrée dans la compétition présidentielle.

Ces ténors, dont le Président Séméga lui – même, estiment qu’il est plus urgent pour le parti de consolider son implantation d’abord et de concentrer les efforts à fournir sur les législatives.

Faire un tel choix aurait, à leurs yeux, un double avantage : faire l’économie des querelles autour de la candidature à la présidentielle et pour le leadership au sein du parti d’une part, et d’autre part conforter le Président de la République dans le rôle de stricte neutralité auquel il aspire à l’égard des élections prévues en 2012.

Pour les tenants de cette ligne, le PDES, qui s’est engagé à faire la politique autrement, ne devraient faire aucune fixation sur la présidentielle d’autant que pour eux un échec éventuel à ce scrutin pourrait durablement compromettre l’avenir du parti et la dynamique d’adhésion qu’il a suscitée dans le pays. Il faut croire que les arguments des défenseurs de cette ligne ont su convaincre les membres de la Commission de réflexion puisque c’est à une majorité écrasante de voix que cette ligne a triomphé.

Selon nos sources, seule une voix discordance se serait exprimée à l’issue de la rencontre.

Quels avantages, quels inconvénients ?

La décision prise par le PDES de faire l’impasse sur l’élection présidentielle n’est pas sans risques pour le Parti. En effet, elle pourrait provoquer le départ de ses rangs des responsables et militants persuadés que c’est la conquête de la Présidence de la République qui est la seule voie de salut pour un parti, mais aussi celui des partisans de Jeanmile Bitar.

Ce dernier est, on le sait, décidé à entrer en lice pour le scrutin, contre vents et marées ; il s’est d’ailleurs officiellement déclaré candidat lors d’une cérémonie tenue hier, dimanche, à l’Hôtel de l’Amitié. A ce risque non négligeable, il convient d’ajouter celui de la démobilisation des militants à la base, à moins que le PDES ne lance à leur intention une véritable campagne d’explication.

S’ils affichent une nette conscience de ces inconvénients potentiels, les responsables du PDES mettent volontiers en avant les avantages que présente pour le parti l’option prise. Il évoquent en premier lieu le fait que la décision prise permettra de conforter davantage la confiance de la classe politique dans le pilotage de l’élection présidentielle. A cela, ils ajoutent l’atout que sera pour le parti la consolidation de sa cohésion interne et enfin ils soulignent les perspectives inhérentes au choix opéré.

Quelles perspectives ?

En analysant de près la nouvelle donne que représente la décision du PDES de ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle d’avril 2012, on peut se rendre compte qu’en définitive le parti a fait preuve d’une grande maturité. La position atypique qu’il a adoptée face à cette importante échéance électorale peut paraître étonnante pour un parti qui compte en son sein des milliers de cadres, et pas des moindre, des leaders d’opinion et des opérateurs économiques importants. Elle dénote indiscutable d’un grand courage politique et d’un sens élevé des responsabilités, chose peu courante sur l’échiquier politique. Reste à savoir si cette décision ouvre des perspectives intéressantes pour le parti à court et moyen terme.

On peut, à court terme, tabler sur la possibilité pour le parti de nouer d’autant plus facilement des alliances politiques et électorales avec les autres grands partis de l’échiquier politique national. Rassurés par la décision souveraine d’un concurrent potentiel de ne pas entrer dans la course pour Koulouba, ils auront certainement à cœur d’avoir son soutien lors de la compétition et pourquoi pas, pour les législatives.

A moyen et long terme, on peut considérer que le PDES, en privilégiant le travail sur lui – même, c’est-à-dire sa cohésion et son implantation plûtot que de céder à la tentation du pouvoirisme, fait un pari intelligent et, en définitive, audacieux sur l’avenir.

Birama FALL

Le Prétoire du 30 Janvier 2012


La décision est tombée tel un couperet le samedi dernier : Le PDES ne sera pas de la course à la présidentielle du 29 avril 2012

C’est à travers un communiqué laconique lu à la télévision nationale, le samedi 28 janvier 2012, tard dans la soirée, que les militants et sympathisants du Parti pour le Développement Economique et la Solidarité (PDES) ont été informés que leur formation n’alignera pas de candidat à la présidentielle du 29 avril 2012. Quelles peuvent être les conséquences d’une telle décision pour un parti qui n’a, jusqu’ici, pris part à aucune compétition électorale? Étant né le 17 juillet 2010, c’est-à-dire après les communales de 2009.

jpg_semega-7.jpgL’information qui circulait en ville depuis plus d’une semaine vient d’être confirmée le plus officiellement du monde. En effet, dans un communiqué qui a été lu à la télévision nationale, le samedi dernier et dont une copie a été déposée à notre rédaction, le Parti pour le Développement Economique et la Solidarité n’alignera pas de poulain à la présidentielle du 29 avril 2012. Mais il sera, toujours d’après ce communiqué, bien présent lors des élections législatives qui suivront. En alignant des candidats sur sa propre liste.

C’est dire que le PDES ne donnera également aucune consigne de vote en faveur de tel ou tel candidat à la présidence de la République. Cette nouvelle est tombée au moment où le premier vice-président de cette formation politique, Jeamille Bittar annonçait sa candidature à la présidentielle du 29 avril prochain.

Ces deux actes sont posés au moment où l’opinion s’attendait à un pugilat entre le président du PDES, Hamed Diané Séméga, et son premier vice-président, Jeamille Bittar, autour d’une candidature dite interne au parti. L’opposition entre les deux premiers responsables du PDES autour de cette question avait, en effet, longtemps servi de choux gras à la presse écrite et de petit lait aux radios privées.

Voilà maintenant que les deux responsables politiques viennent de se séparer. Presque dans la paix. Chacun prenant, naturellement, une direction opposée à celle de l’autre. Pour éviter tout risque de collision.

En déclarant sa candidature à l’élection présidentielle du 29 avril 2012, Jeamille Bittar sera maintenant obligé de dire au revoir à ses (anciens) camarades, sauf ceux qui décideront de cheminer avec lui dans cette « magnifique aventure », selon l’expression qu’il a, lui-même, utilisée.

Quant au président Hamed Diané Séméga, il lui faudra, avec cette nouvelle donne, avoir des éléments de réponse assez convaincants afin de pouvoir maintenir la base de son parti, étant, lui-même désormais le seul maître à bord. Il ne pourra non plus pas penser au fait que la politique, sous nos cieux, est purement un jeu d’intérêt. A défaut de comprendre cela et d’œuvrer dans le sens des intérêts de ceux qui voudront le suivre désormais, le parti ira irrémédiablement a vau-l’eau. La nature ayant peur du vide, des responsables, y compris des élus, pourraient être tentés d’aller vers des formations politiques ayant décidé de mouiller le maillot lors de la présidentielle d’avril prochain.

D’autre part, il est aléatoire de compter faire un bon score lors des législatives si le parti ne prend pas part, d’abord, à la présidentielle. De ce constat, le PDES se met, délibérément ou non, dans une position délicate avec comme risque potentiel de voir ses militants à la base migrer vers d’autres cieux. Si cela advenait, il serait impossible pour Hamed Diané Séméga et les membres du Comité Directeur National qui lui resteraient fidèles de pouvoir remonter la pente.

A moins qu’il ne fasse liste commune avec le parti dont le candidat sera élu président de la République lors de la prochaine élection présidentielle. Dans ce cas, c’est ce dernier qui dictera sa loi. Personne ne sachant le poids réel du PDES qui n’a, jusque-là, pris part à aucune consultation électorale.

Cette situation de « non partant » pour le PDES devrait pousser certains responsables et militants du parti vers le candidat Jeamille Bittar. Quand on sait que ce dernier est actuellement entouré par plusieurs hauts responsables du Mouvement Citoyen, dont on dit qu’il est, d’ailleurs, toujours actif. Ceux-ci pourront allégrement évoluer sur les plates bandes du PDES…au profit de Jeamille Bittar. En toute liberté de manœuvre.

D’autre part, c’est une erreur tactique d’avoir diffusé, à la veille de l’annonce de la candidature de Jeamille Bittar, un communiqué du genre. Cette décision n’a pas non plus été assez bien étudiée. En la matière, le silence était le meilleur messager. Surtout que Jeamille Bittar a commencé sa démarche de rupture bien avant. Sachant que le PDES n’allait pas aligner un candidat. C’est dire que le parti se devait de savoir que Jeamille Bittar et ses camardes de l’UMAM n’avaient pas besoin des militants du PDES pour remplir la salle dans le cadre de l’annonce de sa candidature. L’UMAM qui soutient Jeamille Bittar étant assez rodée pour cela.

Il s’agira de savoir maintenant que va entreprendre Hamed Diané Séméga ? Dans le sens du maintien de la cohésion de son parti d’abord, désormais fragilisé par cette décision de non partance. Pour le moment, beaucoup d’interrogations pour très peu de réponse. Encore une fois, tout dépendra des stratégies qui seront mises en œuvre afin que le PDES ne périsse pas. De sitôt. C’est dire que la balle est désormais dans le camp de son président, Hamed Diané Séméga.

Mamadou FOFANA

L’Indépendant du 30 Janvier 2012