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La prochaine élection présidentielle n’aura lieu qu’en 2012, mais déjà plusieurs états-majors s’activent, n’ayant que ce seul objectif en vue.

Pendant qu’Amadou Toumani Touré entame juste l’An II de son second mandat, qu’opérateurs économiques, simples citoyens et autorités se préoccupent des conséquences éventuelles de la crise financière internationale, les partis politiques, du moins certains, ne sont obnubilés que par la prochaine élection présidentielle. Laquelle n’interviendra pourtant que dans plus de trois ans et demi.

Tout d’abord à la Ruche, où l’élection de 2012 était à l’honneur, tout au long de son quatrième congrès ordinaire, notamment en ce qui concerne la stratégie électorale de prise du pouvoir. Normal, diront les observateurs, vu que lors des scrutins précédents, la stratégie a consisté à diviser le parti. En 2002, une importante frange de la direction et des autres structures du parti s’était dégagée officieusement (contre la ligne officielle tracée par une convention qui avait consacré un candidat à l’interne) en faveur d’un soutien électoral à un candidat indépendant et non partisan.

En 2007, scénario presque identique si on l’inverse : une importante majorité s’était officiellement dégagée pour le même candidat indépendant pendant qu’un groupe voulait que le parti présente son propre candidat. Dans les deux cas, le parti en a fait les frais, car profondément divisé sur la question. D’où l’insistance, cette année, sur la nécessité de l’unité et de la cohésion.

Et sur une redéfinition d’une nouvelle stratégie. Si le congrès a invité le Comité exécutif du Pasj à penser à celle-ci, nulle part dans les résolutions il n’a parlé de la nature de leur prochain candidat en 2012. C’est au cours d’une conférence de presse que le président réélu de l’Adéma apprendra la nouvelle aux Maliens : le prochain candidat sera issu de la Ruche.

Décision unilatérale et individuelle? Possible. En tout cas, ni la huitième conférence nationale (tenue il y a quelques mois) ni le quatrième congrès ordinaire (qui vient de s’achever) ne se sont prononcés explicitement sur la question, laissant ce soin à la prochaine conférence nationale du parti, donc au peuple de la Ruche. Dioncounda Traoré se serait-il substitué à ce peuple ? Il faut le croire.

En effet, le président du Pasj est, semble t-il, en train de tomber dans l’un des travers qui ont fait (et continue de faire) le malheur de la quasi-totalité des formations politiques maliennes : le culte de la personnalité et la dictature exercée par une minorité drainée. Les quelques mois passés au « perchoir » de l’Assemblée nationale auraient-ils déjà suffi à inculquer des ambitions démesurées à l’efficace et engagé, certes, mais effacé et discret baron de la Ruche ? Plus que probable.

Pour preuve, un groupuscule de dirigeants a décidé de supprimer la convention qui laissait latitude aux militants à la base d’investir le candidat de leur choix. Un gage de pratique démocratique au sein du parti qui vient d’être supprimé pour laisser la Ruche entre les mains de l’oligarchie.

Dérision et dénigrement, les nouvelles armes

Ensuite, à d’autres niveaux où le choix du candidat à la prochaine présidentielle semble déjà résolue. Là, les ténors ont décidé de commencer à battre campagne. Avec quelle stratégie ? Surtout pas sur la base d’un projet de société qu’ils n’ont jamais pu élaborer, mais plutôt sur la dérision et le dénigrement, leurs nouvelles armes. Leur cible préférée ? Le premier ministre, maintenant. Mais auparavant, le président de la République avait été victime, lui aussi, d’un procès d’intention.

On lui reprochait, entre autres, d’avoir commis un groupe d’experts en vue de faire réviser la Constitution, lui permettant ainsi de se perpétuer au pouvoir. Les conclusions de « la commission Daba Diawara » ont remis les choses à l’endroit : le président de la République n’est rééligible qu’une seule fois. L’article 30 de la loi fondamentale ne changera donc pas.

Le mérite de la proposition de la commission de ne pas toucher à cet article est d’avoir étouffé dans l’œuf les débats passionnels qui avaient déjà commencé, notamment sous la plumes d’inspirés défenseurs de la démocratie, en réalité manipulés et divertis par des politiques tapis dans l’ombre. Aujourd’hui, c’est Modibo Sidibé qui est en ligne de mire. Et essuie les feux. Qui sont ses agresseurs ?

Il y a bien sûr ce responsable politique, qui, aux abois pour avoir vu décimer sa légion parlementaire et laminer ses troupes d’élus communaux, avait déclamé : « le Mali est bloqué, la patrie est en danger, la démocratie est menacée » Ceux qui le connaissent bien ont vite compris qu’il parlait de son parti en déliquescence, même s’il faisait allusion au pays et, surtout, aux initiatives prises par le gouvernement pour conjurer certaines difficultés conjoncturelles. Notamment, l’Initiative Riz. Ce projet, dans sa mise en œuvre, a connu toutes les suspicions, méfiances et dérisions.

Ses détracteurs ont voulu, dans une atmosphère de crise alimentaire et économique, pousser les Maliens à la révolte. Le résultat, c’est que, à part quelques brailleurs qui ont bien voulu battre le pavé, les populations sont restées sereines et confiantes. Elles ont eu raison car à l’heure actuelle les greniers peuvent être remplis avec des céréales à bon prix.

L’Initiative riz ayant été un succès, les pourfendeurs n’avaient d’autres choix que de changer leur fusil d’épaules. Le projet est perçu comme étant un calcul électoraliste.

L’exceptionnelle campagne agricole est tournée en banale…campagne électorale, et son initiateur en quêteur de Koulouba. Dire que le chef du gouvernement a d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’une lointaine et incertaine échéance électorale est un euphémisme.

En effet, deux importants autres projets sont à l’ordre du jour. Ils intéressent aussi ses pourfendeurs. Il s’agit du retour à une école apaisée et performante, et de la lutte contre la corruption et la délinquance financière. On y reviendra.


Cheick Tandina

13 Novembre 2008