Partager

A l’Adema, au Pdes, à l’Urd, au Rpm, au Cnid, au Mpr, au Sadi, on aurait pu en citer d’autres, RIEN ne va. A des degrés différents et pour des motifs divers.

A quelques mois de la Présidentielle 2012, chacune de ces grosses cylindrées du paysage politique malien traîne un handicap qui pourrait lui être fatal avant même ce scrutin et à l’heure du bilan.
Si certains partis sont minés par de profondes crises internes, d’autres pourraient faire les frais de circonstances subjectives ou du départ massif de leurs militants. Analyse

En avril prochain, sera donné le coup d’envoi des échéances électorales 2012 avec la Présidentielle. Donc, dix mois nous séparent encore de cette grand-messe politique. Mais, le bouillonnement du paysage politique est tel que 2012, c’est déjà demain. Ce bouillonnement n’est pas seulement le fait de la tenue des instances statutaires ordinaires ou de l’organisation des activités de dynamisation des structures de base ou d’adhésion de nouveaux membres ; mais aussi et surtout tous ces remue-ménages et crises qui couvent au sein de plusieurs partis notamment les plus en vue, toutes ces interrogations sur la santé de ces partis ou celle de leur leader ou encore tous ces départs massifs de cadres et militants pour d’autres cieux. Une sérieuse menace pour ces gros calibres dont l’un devrait, en toute logique, fournir le futur président du Mali.

Adema et Pdes : Querelles d’intérêt, querelles d’homme

Le Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema Pasj) et le Parti pour le développement économique et la solidarité (Pdes) sont englués dans des querelles de leadership qui, si elles ne sont pas vite aplanies, pourraient les glisser dans le précipice.
Le Pasj est sans conteste le plus grand parti de l’histoire politique du Mali. Comme tel, et à l’instar de ce qui se passe ailleurs en Afrique (pas dans les grandes démocraties occidentales), il devrait avoir un leader charismatique et incontesté. Donc, un présidentiable qui fait l’unanimité, afin d’éviter la donne (pourtant règlementaire) de la primaire.

Mais, Dioncounda Traoré a du mal a émergé du peloton d’une formation dont il est membre fondateur et qu’il dirige depuis plus d’une dizaine d’années. Une frange de la population Adema lui dénient le droit d’être le candidat naturel du parti à la prochaine Présidentielle et le contraignent, pour accéder à ce ticket, à passer par la primaire.
Déjà, en 2002, l’actuel président de l’Assemblée nationale, avait échoué à réunir le consensus autour d’une candidature unique.

La primaire qui en avait découlé avait scellé la scission du parti et l’échec de son candidat, Soumaïla Cissé, face à un Indépendant, Amadou Toumani Touré. Pire, au fil des Présidentielles, la situation s’aggrave dans le parti de l’Abeille. Si en 2002, la primaire a concerné seulement deux prétendants, ils sont sept en lice cette année. Toutes les tentatives de rapprochement des points de vue ont échoué. Même si les portes du consensus ne sont pas définitivement closes, le simple fait d’avoir déposé les candidatures pour la primaire dénote d’un profond malaise dans la ruche. Une tension qui pourrait donner au parti « Rouge et blanc » le coup de grâce. Comme en 2002 ?

Au Pdes, c’est une querelle d’homme qui couve, entre les deux premiers responsables du parti, àj savoir le président Hamed Diané Séméga et le 1er vice président Jeamille Bittar. Est-ce un problème de leadership ou une rivalité personnelle transposée au parti. L’Aube s’en est largement expliqué dans sa parution du lundi 11 juillet 2011. Toujours est-il qu’aujourd’hui, Séméga et Bittar s’observent avec une telle hostilité que les observateurs en déduisent que le parti, qui se réclame du président Amadou Toumani Touré, est une formation mort-née. Car, l’être vivant ne tient que par sa tête.

Pourtant, une certitude : le président du Pdes ne sera pas le candidat du parti en 2012 pour avoir accepté de rester dans le gouvernement. Là-dessus, le président de la République a été explicite lors de sa traditionnelle conférence de presse annuelle : « Je n’ai pris que des gens qui n’ont pas d’ambition politique personnelle en 2012 ». Une deuxième certitude : Jeamille Bittar a toujours été un homme ambitieux, au quadruple plan social, économique, professionnel et politique. Donc, sa vocation à défendre les couleurs du Pdes en 2012 est un secret de polichinelle. Séméga s’y opposerait-il ? Si oui, au profit de qui ?

C’est là qu’apparaît la troisième certitude : la candidature de Ahmed Sow. Celle-ci se profile à l’horizon. Alors, Bittar combattrait-il son président qu’il soupçonnerait de susciter et défendre la candidature de l’ancien ministre des mines, de l’énergie et de l’eau et non moins conseiller spécial du président ATT ?
Dans tous les cas de figure, cette guerre larvée entre le président du Pdes et son vice président direct ne laissera aucune chance de victoire au parti présidentiel.

Urd, Rpm, Sadi : Que d’interrogations !

Ces trois partis ont quelque chose en commun : beaucoup d’interrogations subsistent sur leur sort suivant des considérations, plutôt subjectives.

L’Union pour la république et la démocratie pourrait être le grand bénéficiaire de ces crises évoquées plus haut au sein de l’Adema et du Pdes, ses plus grands rivaux de 2012. Si ces handicaps ne sont pas résorbés, alors le parti de la poignée de mains, irait en cavalier seul pour s’installer aux commandes du pays. Mais, à condition que deux équations majeures soient résolues : la reprise en main du parti par son fondateur, Soumaïla Cissé et le pardon général au 2è vice président, Oumar Ibrahim Touré.

Soumaïla Cissé, le leader et candidat naturel de l’Urd, a été pendant longtemps absent du pays. Son retour est annoncé pour septembre prochain. Mais, sous la houlette de son président Younoussi Touré, le parti a suffisamment grandi et grossi après lui, avec une implantation à travers tout le pays et surtout des adhésions enregistrées de toutes parts.

Aujourd’hui, on peut affirmer que l’Urd est la deuxième force politique du Mali. Après huit ans passés au Burkina Faso, Soumaïla s’apprête à rentrer au bercail pour une reprise en main des destinées du parti. Mais, à son retour, l’ancien président de la commission de l’Uemoa, qui n’a en réalité jamais été loin des activités du parti (on le taxe d’être plus présent à Bamako qu’à Ouagadougou) aura besoin de temps pour retrouver ses repères, intégrer les rouages du parti, prendre langue avec les cadres, militants et sympathisants Urd, et s’imposer. Aura-t-il le temps nécessaire pour franchir toutes ces étapes avant le jour J ?

Première inconnue.

L’autre inconnue à l’Urd, c’est de savoir si Soumaïla Cissé a réellement pardonné à Oumar Ibrahim Touré pour son ambition de prendre les rênes du parti lors du congrès de 2009. La question mérite d’autant plus d’être posée que Soumaïla serait un homme extrêmement rancunier, « qui ne pardonne jamais ». Or, le 2è vice président du parti est un gros morceau, qui a derrière lui des militants, et des moyens ; tous acquis qu’il faut préserver. Tout dépendra du bon vouloir du candidat Soumaïla Cissé.

Le Rassemblement pour le Mali n’a visiblement aucun problème qui s’étale sur la place publique. Tout est calme et les activités politiques se déroulent normalement. Alors, où se situerait un éventuel handicap des tisserands en 2012 ? Certains évoquent la perte de vitesse du parti par rapport à un passé récent. L’engouement suscité à sa création en 2001 et lors de la Présidentielle 2002 s’est émoussé au fil du temps, des épreuves et du volume de la bourse de son président Ibrahim Boubacar Kéïta, principal bailleur du parti.

Autre réserve, autre motif : certes, IBK garde toujours une forte personnalité auprès des Maliens en général, mais l’âge de l’homme est de plus en plus avancé comme un handicap à l’émergence du parti à la prochaine Présidentielle.

Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’intégration est dans la même situation de stabilité interne. Mais, le principal problème, c’est le radicalisme intégral de son patron incontesté, Oumar Mariko. L’ancien leader estudiantin a définitivement maintenu le parti dans l’opposition radicale lors des dernières consultations présidentielles pour la formation du dernier gouvernement. L’acte est franc et conforme à l’idéal du parti, mais malheureusement les Maliens le comprennent autrement, comme un défi lancé aux pouvoirs et même au peuple.

Autre restriction : la population Sadi à une catégorie spécifique, notamment les compressés, certains producteurs de l’Office du Niger, les altermondialistes et quelques militants convaincus. Jusqu’où le radicalisme de Mariko mènera le Sadi. Réponse, en avril 2011.

Cnid, Mpr : Où en sont-ils ?

Le parti du soleil levant (Congrès national d’initiative démocratique, Cnid-Fyt) et le parti du tigre (Mouvement patriotique pour le renouveau, Mpr) ont la particularité commune d’avoir perdu, à l’approche de 2012, soit des cadres et militants ou des soutiens de taille.
Le coup est plus dur pour le Cnid, qui a connu une très grosse saignée il y a un an, quand plusieurs de ses cadres dont de nombreux membres influents du comité exécutif ainsi que des militants, ont rejoint avec armes et bagages le Pdes. D’ailleurs, ils étaient en première loge lors du lancement de ce parti et beaucoup d’entre eux sont membres du bureau provisoire du parti « présidentiel ».

En outre, au Cnid, les Maliens se posent aussi la question sur l’état de santé du président Mountaga Tall. Celui-ci était certes malade un moment (comme tout être humain), mais ce sujet ne devrait normalement plus être à l’ordre du jour, car depuis des mois, Me Tall semble se porter à merveille. Mais, même au sein de son propre parti (qui accueille de nouveaux adhérents de temps à autre), les gens sont sceptiques quant aux capacités du candidat naturel du Cnid à gérer le pays. « A cause de sa maladie ».

Pour le Mpr, le handicap est simple, mais peut s’avérer lourd de conséquences : le parti a perdu le soutien (très précieux) de son mentor le général Moussa Traoré. En effet, pour la prochaine Présidentielle, l’ancien président a décidé d’accompagner (dans tous les sens du terme) son gendre, Cheick Modibo Diarra, qui a créé le Rpdm.
La création de ce parti en elle-même, constitue une grosse perte pour le parti de Choguel Kokalla Maïga, qui perd ainsi tout un pan de son capital humain.

Si l’ancien expert de la NASA s’est démarqué du Mpr, c’est pour éviter une éventuelle cassure au sein du parti qu’engendrerait le choix du candidat Mpr à la Présidentielle 2012 dont Cheick Modibo ne pouvait en aucun cas se passer.
Bref, le Cnid et le Mpr sont cassés, en morceaux. Qu’ils auront du mal à recoller en avril ?

Sékou Tamboura

19 Juillet 2011.