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Dans la saga des présidentiables du parti Adema, Soumeylou B. Maiga et Oumarou Ag Ibrahim sont en cette veille des vacances gouvernementales le couplé du mois sacré de ramadan, les deux personnalités du premier carré des Abeilles suscitent l’intérêt de l’opinion publique en raison de leur supposé ou avéré volume individuel. Ils sont ce qu’ils sont. Mais sont-ils aptes à conduire ?

A la fin du régime Alpha, pendant que les Maliens n’avaient les yeux rivés que sur les préparatifs de la CAN dans sa phase décisive, le microcosme politique proche du président sortant, bruissait sur le profil de l’homme qui pouvait venir après lui. Sur la question, le président Alpha O Konaré, soucieux du lendemain politique du Mali démocratique dont il avait conduit les premiers pas, pour avoir été le premier président élu dans les règles de l’art, ne se prononçait qu’en parabole en ces termes : mon candidat porte le même maillot que moi, le mettre à nu le fragiliserait…

A qui le président Konaré pensait – il ? ATT ou Soumeylou ? A croire certaines confidences, le président Konaré aurait toléré jusqu’au bout les primaires et la convention, espérant sur une éventuelle victoire de Soumeylou. Il ne voyait nullement Soumaila et il semblerait qu’il ne l’a pris au sérieux que lorsqu’il a commencé à sentir les performances de celui qui était seulement qualifié de technocrate du parti, donc politiquement limité. Le reste est connu. Soumeylou pouvait – il avoir l’assentiment de Konaré contre ATT s’il était arrivé en tête à la convention ?

Personne ne vous donnera une réponse crédible dans la mesure où, Amadou Toumani a fini par bénéficier des gros dignitaires du toboggan, lesquels étant considérés en son temps comme très proches du président. Marimantia, Soumeylou lui-même si, le jour il était avec Soumaila et ailleurs le soir, Seydou Traoré, Iba, bref tous ceux-ci n’étaient pas actifs dans la direction de campagne de Soumi champion.

Koulouba, le fruit défendu ?

Adulé et respecté dans la Ruche et environnant, mais aussi suffisamment dans la classe politique nationale pour avoir occupé 8 ans durant le fauteuil du tout puissant et très efficace patron de la sécurité d’Etat, Soumeylou gardait intactes, toutes ses chances jusqu’en 2005 – 2006 quand, sentant son heure arrivée, ses partisans commençaient à battre le pavé.

Avaient – ils raison en agissant de la sorte ? Comment Soumeylou qui garde encore l’oreille du président Alpha- nous le supposons, pouvait – il lui-même escalader les marches de la potence dressée là contre tous ceux qui avaient la prétention de détrôner le président ATT ? Cherchait – il réellement le fauteuil ou créait – il de l’espace afin de pouvoir forcément compter sur l’échiquier ?

La réponse, personne ne l’avait, d’autant plus que Soumeylou B. Maïga, excellente bête politique, intelligent et pratique, maîtrisant à la perfection tous ses sens, ne pouvait flirter avec l’aventure parce que l’homme n’est pas un aventurier, il sait ce qu’il dit, où il va et où mettre ses pieds.

Homme de réseaux, il avait ses entrées dans les cercles politiques mondiaux les plus prisés pour avoir encore une fois de plus à jouer un rôle déterminant dans les évènements qui ont précédé la chute de Moussa mais aussi pour le poste de premier espion du pays, un poste qu’il a maîtrisé et dompté comme personne au Mali. D’ailleurs, son ombre continue toujours de planer sur la Base A, et jusqu’ici personne n’a réussi à impressionner personne comme lui.

De Paris à Syrte, Soumeylou connaît des bonnes gens qui pourraient lui venir en aide au cas où… Mais personne, pas même son mentor (Konaré) pour lui dire de ne pas sortir le bout de son nez maintenant. Son score, quoiqu’on dise, n’est pas humiliant parce qu’il reste encore l’un des rares parmi les Abeilles prétendants à savoir ce que ses compatriotes pensent de lui.

Si sa prétention lui a servi de baromètre personnel, son image de cadre politique discipliné et responsable a pris un très sacré coup. Candidat, défiant ses camarades parce que les textes restant toujours sujets à interprétation, on ne saura jamais si Soumeylou avait tort ou raison de naviguer à contre- courant dans le marigot politique Adema. Son tort pourrait venir du fait qu’il chercha et négocia son retour dans le toboggan.

Et dans la foulée, tous ceux qui le craignaient sérieusement et même les parvenus grâce à Dieu, grâce à la toute puissance des temps du doux miel, se mettront sur son dos. De 1er vice président, il dégringolera, laissant les premiers rôles à des hommes qui, il n’y avait pas longtemps lui faisait proprement allégeance.

On ne lui pardonnera pas, et la sanction selon ses adversaires au nombre desquels Iba N’Diaye était à la mesure de la faute. Soumeylou en faute dans un champ politique ? C’est possible. Mais sachant faire profil bas lorsque le ciel ne lui est pas clément, Soumeylou reviendra en surface et jouera un rôle prépondérant dans l’affaire Bill – Kader.

Son retour en surface après la parenthèse présidentielle de 2007 et la haine politique viscérale que certains barons éprouvent en son endroit depuis toujours font qu’il est impossible de voir Soumeylou candidat consensuel des Abeilles, à moins qu’il ne récidive. Or, il n y a jamais un sans deux.

A moins d’une extraordinaire remise en cause, on pourrait revoir le président Soumeylou dans le starking block en 2012, en candidat indépendant soutenu par des proches, associations et autres clubs de soutien. Aucune surprise si cela était le cas, parce que, à l’Adema on n’en serait pas au premier coup.

Si Soumeylou, grand baron devant l’Éternel contrairement à ses propres visions, n’a aucune chance de convaincre ses camarades, Oumarou Ag Ibrahim Haîdara, le tranquille gagnerait à conforter sa position dans la perspective de la création d’un Sénat. Nous ne sommes experts en rien, mais rien ne nous dit que ce n’est pas son HCCT qui deviendrait le Sénat.

Superbe inconnu de la quasi-totalité du monde abeille et presque absent des grandes joutes politiques, Oumarou Ag Ibrahim Haîdara s’est fait connaître dans l’opinion par ses sèches vérités chaque fois qu’il était question du transfert des compétences entre le département ministériel en charge des collectivités et les collectivités elles mêmes. Tout son combat politique s’est focalisé sur son institution et les injustices auxquelles celle là était confrontée.

D’inimitié politique, il n’en connaît presque pas, pas dans la capitale ou Bko- Coura en tout cas. Alors qui va vouloir croire que le peuple Adema voudra de lui comme son porte –étendard ? Mais les conférences des présidents qui ont démarré mercredi dernier, permettront aux uns et aux autres de se fixer une fois pour toute sur leur sort, notamment celle de conduire la troupe à la présidentielle.

Après donc Sékou Diakité, Tiémoko Sangaré, Soumeylou et Oumarou Ag Ibrahim, place encore une fois à Dioncounda et Iba. Ces deux barons inquiètent et l’opinion a vraiment besoin de savoir qui ils sont, au propre comme au figuré ; ce dont ils sont capables, en bien ou en mal. A suivre !

Sory de Moti

La Nouvelle Patrie du 10 Août