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Le 29 avril prochain, le peuple malien se rendra aux urnes pour élire un nouveau président. A quelques semaines de cette date inéluctable, les tractations et conciliabules au sein des états-majors politiques vont bon train. L’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) composée d’une trentaine de partis politiques, qui jure, pour paraphraser le Pr. Dialla Konaté « la main sur le cœur et l’œil sur le portefeuille » que leur seule ambition est la réélection d’ATT. Tout comme le Front pour la démocratie et la République (FDR), qui regroupe le RPM, le Parena, l’ADJ, la CDS et l’Asma de Soumeylou Boubèye Maïga. Il prône l’alternance en 2007.

Au Mali, le président de la République est élu au suffrage universel direct et à la majorité absolue. Ceci suppose qu’il lui faut obtenir 50 % + une voix. Pour passer au 1er tour « le takokelen », il faudrait que l’un ou l’autre des candidats fasse cette prouesse d’être, contre toute attente, dans le cœur de la majorité de nos concitoyens. L’époque des scores nord-coréens étant révolue et le Malien étant contestataire par nature, même seul, aucun candidat, fut-il le rédempteur du peuple, ne passerait haut la main au soir du 29 avril 2007.

En cette veille d’élection présidentielle, le slogan fort connu du grand public est le « takokelen », c’est-à-dire, la victoire dès le 1er tour, clamé haut et fort par les partisans du président sortant. Or, aucune disposition ne précise qu’une élection doit se faire obligatoirement en un seul tour. C’est pourquoi d’ailleurs, la loi électorale a envisagé l’hypothèse d’un 2e tour.

Mieux, au vu des forces politiques en présence, peut-on objectivement parler de « takokelen » ? Difficile de répondre. Car de nombreux observateurs de la scène politique s’accordent à dire aujourd’hui que le FDR renferme en son sein les grosses pointures (partis et associations) de la scène politique de par leur implantation et leur capacité de mobilisation. Il est également fastidieux de rappeler que les responsables qui animent les partis ou associations formant le FDR ont chacun un passé. Ce que le président ATT a lui-même solennellement reconnu le 11 février dernier au CICB lors de l’ouverture du colloque international sur la gestion consensuelle du pouvoir au Mali. « Même si nos chemins ne convergent pas aujourd’hui, je reconnais que Tiébilé, Bakary Koniba Traoré… sont des hommes de conviction », avait-il déclaré.

ATT regrettait ainsi de ne pas avoir à ses côtés ces ténors politiques qui ont marqué d’une manière ou d’une autre le Mouvement démocratique. A n’en pas douter, ils vont donner du fil à retordre au président de la République sortant puisque connaissant bien le pays mais aussi la matière politique. Ce qui va forcément changer les données, rien qu’avec la présence du Parena et du RPM dans la course. Ces deux formations, faut-il le rappeler, avaient obtenu de bons scores lors de la présidentielle de 2002. Pour tout dire, l’appel des 2 candidats à voter ATT au 2e tour a été déterminant à l’élection de celui-ci à la magistrature suprême.

« Alliance de demandeurs de poste » ?

Quant à l’Alliance pour la démocratie et le progrès, affublée d’« Alliance de demandeurs de poste » par des Maliens réputés pour leur sens de la répartie, elle semble être une coquille vide d’autant plus qu’elle ne regorge pas de militants convaincus. Aussi, il nous est revenu qu’à la différence du FDR, elle n’a pas de capacité de mobilisation. Ce qui fait dire à certains que l’Alliance n’est qu’un épouvantail se résumant à la personnalité de ses chefs. Elle relève simplement de l’affairisme et de l’opportunisme. Ces deux éléments mis bout à bout laissent croire que le « takokelen » n’est pas d’avance acquis.
Ce qu’il faut également savoir, c’est que l’histoire des élections révèle que les citadins votent rarement en faveur du pouvoir en place. Cela s’explique par le fait qu’ils sont mieux informés des réalités du pays contrairement aux habitants des zones rurales. Les capitales régionales regorgent les 50 % de l’électorat. Bamako seule a 2 millions d’électeurs sur près de 6 millions pour l’ensemble du pays. Dans une telle perspective, penser que l’élection présidentielle pourra être remportée dès le 1er tour doit être écartée sinon relativisée.

De plus, le vote protestataire sera accentué cette année. Les militants de plusieurs partis politiques qui parlent de « takokelen » voteront contre les instructions qui seront données par leur organe dirigeant pour punir certains comportements.

Ceux qui crient au « takokelen » doivent savoir raison garder car, une élection n’est jamais gagnée d’avance et l’opinion est très versatiles. L’échec cuisant du Parti socialiste en France en 2002 devra leur servir de leçon. Les sondages présageaient une victoire de Lionel Jospin mais à la surprise générale, il a été éliminé dès le 1er tour.

Il appartient aux défenseurs de « takokelen » de mettre leur confiance au peuple qui choisira celui qui présidera à ses destinées.
Mohamed Daou

21 fev 07