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Ibrahim Boubacar Keïta, candidat à l’élection présidentielle d’avril prochain : c’est sans surprise que le Rassemblement pour le Mali (RPM) a, lors de son congrès ordinaire, procédé hier à l’investiture de son président. Premier candidat officiellement investi pour la présidentielle, IBK a jeté un regard critique sur la situation actuelle du pays. Il promet bien des changements. Les grandes lignes de son intervention.

IBK ouvre ainsi le bal des candidatures à l’élection présidentielle d’avril 2007 au Mali. « Le RPM sera présent aux élections présidentielles d’avril 2007. Il le sera par mission et par devoir« , selon le candidat du parti.

Par mission parce que selon lui l’objectif premier, fondamental de tout parti politique est la conquête du pouvoir politique pour mettre en œuvre le projet de société qu’il propose à ses concitoyens et appliquer le programme qui doit le traduire en réalités concrètes.

Avant d’indiquer que la décision entérinée par le présent congrès et suivie par la désignation du candidat du RPM aux élections présidentielles respecte la volonté de tout le peuple du RPM d’être acteur de son propre destin.
Au-delà, ajoute-t-il, elle confirme la qualité de parti démocratique et régi comme tel qu’est le RPM.

A propos de son ambition pour le Mali, IBK fera savoir qu’il ne s’agit pas, il ne s’agira pas, pour ce faire, de dresser un catalogue d’infrastructures à construire, d’équipements agricoles à distribuer pour réussir un douteux « remake » du miracle malien ou malaisien. « Non, il s’agira pour nous d’avoir une vision qui tienne compte de l’état réel actuel de notre pays, de notre environnement du monde, bref de l’ensemble de ces relations internationales complexes sans l’intelligence réelle desquelles, l’on ne pourra jamais développer ce pays en termes de croissances durable et soutenable, profitable à l’ensemble national, surtout aux plus faibles« .

IBK a affirmé sa volonté de s’atteler à la construction d’un État non patrimonialiste. Car, selon lui « aujourd’hui un tel Etat n’existe plus au Mali« .

Par ailleurs, il a estimé que le combat des démocrates maliens, des patriotes au long des décennies de luttes acharnées est aujourd’hui galvaudé. Où en est la prétendue démocratie malienne aujourd’hui ? S’interroge t-il.

A son avis, ce qui est sûr et évident pour tout citoyen, c’est la difficulté à comprendre et à admettre que d’être simplement candidat à une élection, fut-elle présidentielle, puisse faire d’un parti et de son candidat des ennemis jurés à combattre et à essayer d’abattre par tous les moyens.

Cela relève plutôt, pour lui, des pratiques chères à des régimes qui se trouvent aux antipodes de la démocratie.

Plébiscité ?

« Pourquoi notre peuple serait-il appelé à plébisciter un système dont il se rend compte avec clarté qu’il a profité de circonstances historiques particulièrement favorables pour lui imposer une imposture démocratique?« . Pour le Président du RPM, la réponse à cette question est la tâche, la mission qui lui incombe. Cette mission, c’est de redresser l’État, lui rendre son crédit, son autorité et fonder un véritable et non factice État de droit.

Selon IBK, respecter son peuple, le considérer, ce n’est pas en cédant de manière volontariste et populiste à toute requête à la faveur de rencontres de fortune et lui donner ainsi le faux sentiment qu’on l’aime et qu’on serait prêt, pour lui complaire, à faire fi de toutes organisation et méthode, de toute programmation exigée par une gestion moderne, démocratique et efficiente de la chose publique.

« Aimer son peuple, le considérer, mieux le respecter, c’est ajouta-t-il, accepter qu’il s’exprime à l’instar des peuples libres du monde, sans contraintes ni pressions, sans intervention d’une quelconque sécurité dite d’État.
Aimer son peuple, le considérer, mieux le respecter, fera savoir IBK, c’est accepter d’organiser dans des conditions de clarté et de transparence absolues toutes consultations devant décider de son destin.

Enfin ajouta IBK, aimer son peuple, le considérer mieux, le respecter, c’est lui dire la vérité en toutes circonstances, c’est reconnaître à leur juste mérite, les résultats des luttes des travailleurs pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Selon lui, c’est refuser tout patrimonialisme qui consiste en l’occurrence à se les approprier
« .


Thèmes de campagne

Le candidat IBK compte aborder certains thèmes lors de la campagne électorale à venir.
Déjà, il en a effleuré certains dans son discours : selon lui, pour qu’un « pays compte aujourd’hui comme hier, il se doit d’avoir des ressources humaines à hauteur de souhait. L’école et la formation de nos cadres font donc partie de ses préoccupations essentielles« .

Parlant de l’état actuel de l’école malienne, IBK dira qu’il ne s’agit pas de rendre l’école muette, de décréter la paix scolaire pour se donner l’illusion d’avoir remis l’école à l’école et d’avoir la garantie désormais d’une formation de qualité … Loin s’en faut !

Pour le Président du RPM, c’est une véritable tragédie que notre pays vivra si de véritables et profonds changements ne s’opéraient pour faire de l’école, un véritable outil de préparation à la vie active et citoyenne, et à la rude et impitoyable compétition internationale.

Le candidat a promis de revenir sur ce thème si angoissant de l’école de la qualité et nos ressources humaines.

Il a en outre évoqué d’autres thèmes qu’il aura à développer plus tard : la santé, l’agriculture, l’élevage et la pêche, entre autres.

Il a aussi promis de parler de préservation de l’environnement, de protection de notre fragile écosystème et de lutte résolue et méthodique contre l’avancée du désert et la raréfaction des ressources hydriques.

Il serait vain de couvrir tout le pays « d’équipement agricoles, d’en doter chaque paysan malien si la terre nourricière n’existait plus« , déclare le candidat du Rassemblement pour le Mali.

Pour lui, il s’agit donc ici aussi non pas de donner dans les actions d’éclat, d’adhésions électorales faciles, mais de dire la vérité au monde rural, de l’organiser et de le former pour sauvegarder son bien le plus précieux : la terre.

Le candidat IBK a enfin affirmé qu’il serait souhaitable que des débats utiles soient instaurés à la télévision pour des échanges sûrement éclairants entre candidats.

Le projet démocratique malien, a-t-il ajouté, devrait pouvoir relever un tel défi qui n’est qu’une pratique réputée normale dans toute démocratie de bon aloi.

Birama Fall

29 janvier 2007.