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Contrairement à 2002, les candidats à l’élection présidentielle de cette année doivent batailler ferme pour faire valider leurs candidatures par la Cour Constitutionnelle.

En effet, selon les dispositions de la nouvelle loi électorale « chaque déclaration de candidature doit recueillir la signature légalisée d’au moins dix députés ou cinq élus communaux dans chacune des régions et du District de Bamako« . Tout en précisant qu’un « élu ne peut soutenir plus d’un candidat« , la même loi électorale ajoute en outre que « dans les deux jours qui suivent la déclaration de candidature, le candidat devra payer auprès du trésorier – payeur une caution de dix millions de F Cfa remboursables à 50 % pour les candidats ayant obtenu 5 % au moins des suffrages exprimés lors du 1er tour de l’élection présidentielle« .

Ces deux conditionnalités posées par la loi électorale pour la validation de toute déclaration de candidature ont eu le mérite pour le moment de freiner les candidatures fantaisistes. Contrairement à 2002, où vingt trois candidatures ont été validées, la Cour Constitutionnelle du Mali risque cette année de ne recevoir que peu de déclarations de candidatures.

D’ailleurs à la date d’aujourd’hui, quatre leaders politiques seulement ont été officiellement investis par leurs partis politiques et trois autres sont attendus dans les jours à venir pour matérialiser leur intention. Qui sont-ils et quelle couleur vont-ils porter ? La question qui brûle les lèvres est de savoir si tous ces huit prétendants parviendront à obtenir les précieuses signatures légalisées et les dix millions de F Cfa exigés.

Ibrahim Boubacar Kéïta

Premier leader politique officiellement investi comme candidat à l’élection présidentielle, Ibrahim Boubacar Keïta, IBK comme l’appellent affectueusement ses fans, n’a aucun souci à se faire par rapport à la signature légalisée d’au moins dix députés ou cinq élus communaux dans chacune des régions et du District de Bamako.

IBK préside en effet un parti politique, le Rassemblement pour le Mali, qui est très représenté à l’Assemblée nationale du Mali (plus d’une quarantaine de députés) et qui a plus d’un millier d’élus communaux à travers le pays. Arrivé troisième à la présidentielle de 2002, IBK entend battre cette année le président sortant. Considéré comme le principal challenger du Président ATT, IBK compte avant tout sur sa puissante machine électorale à savoir son propre parti, le RPM et surtout la nouvelle alliance politique, le FDR qui se propose de réaliser l’alternance cette année. Dans l’entendement de beaucoup de Maliens, IBK est l’un des hommes politiques qui incarnent les valeurs réelles de changement au Mali.

Tiébilé Dramé

Président du Parti pour la Renaissance Nationale (Parena), Tiébilé Dramé briguera pour la deuxième fois la magistrature suprême avec comme ambition affichée de « construire un état républicain moderne, capable d’assurer la pérennité de notre nation…« . Les deux conditionnalités posées par la nouvelle loi électorale ne constituent pas non plus pour lui un souci majeur. En effet, à défaut de recueillir la signature légalisée d’au moins dix députés, le Parena a largement les moyens de lui assurer la signature de cinq élus communaux dans chacune des régions et du District de Bamako.

Tiébilé Dramé dispose cette année de deux atouts majeurs qui pourraient lui permettre de faire un très bon score lors de la présidentielle de cette année.

Son passé de militantisme pour l’avènement de la démocratie au Mali plaide largement en sa faveur. Après Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré, il apparaît aux yeux de beaucoup d’observateurs maliens comme celui qui doit logiquement continuer la tâche de démocratisation de notre pays. Parmi les leaders historiques du mouvement démocratique, il est, en effet, considéré comme l’héritier naturel. N’est-ce pas d’ailleurs pour cette raison que certaines personnes, aujourd’hui dans l’entourage du Président ATT, tentent de le salir pour l’écarter de la course pour la succession qui est déjà ouverte.
Par la faute de ces personnes et du Président ATT, Tiébilé a fini par devenir de son vivant un martyr politique. Il est l’illustration parfaite d’une victime des pratiques qui ont cours au sein du cabinet présidentiel.

Oumar Mariko

Ancien leader du mouvement estudiantin (AEEM) et principal tombeur du régime dictatorial de Moussa Traoré, Oumar Mariko est resté le même plus d’une décennie après la révolution du 26 mars 1991. La compromission, Oumar Mariko ne la connaît pas. La défense des masses laborieuses, c’est son combat de tous les jours. Selon lui « notre pays manque cruellement de dirigeants, hommes et femmes d’Etat, qui ont l’ambition de sa grandeur…« . Dans sa profession de foi, Oumar Mariko fera savoir : « ce pays, le Mali, a besoin de dirigeants humbles, honnêtes, clairvoyants, attentifs, qui doivent travailler dans le sens de la vérité, du respect, du travail et avec le souci de la population« . Des valeurs qui ont tendance à disparaître aujourd’hui chez nous.
A travers son investiture par le parti Sadi, Oumar Mariko compte prendre ces valeurs à son compte. En a-t-il les moyens pour autant ?

Le candidat Oumar Mariko risque d’abord d’être handicapé par la taille de son parti, la Sadi. Le coup électoral qu’il a réalisé en 2002, lors des législatives, risque fort de ne pas se reproduire. Ensuite, le fait de ne pas sceller d’alliance sacrée ni avec l’ADP, ni avec le FDR amenuise fortement ses chances de réussite en 2007. Son principal problème réside cependant dans la validation de sa candidature. Lâché par ses six députés lors des législatives dernières et ne disposant pas du nombre exigé d’élus communaux dans chacune des régions et du District de Bamako, la Sadi aura du mal à faire valider la candidature de son poulain par la Cour Constitutionnelle.

Dr Madiassa Maguiraga

Investi par le Parti Populaire pour le Progrès (PPP) dont il est le président, Dr Maguiraga est le quatrième candidat déclaré pour la présidentielle du 29 avril prochain. Cette candidature a surpris plus d’un au Mali si on sait que le PPP et son président ne sont nullement représentatifs au Mali. De 2002 à nos jours, ce parti n’a enregistré aucune victoire quelconque tant aux législatives qu’aux élections communales.
On se demande alors ce que ferait le Dr Maguiraga pour valider sa candidature. Son parti, le PPP, n’a en effet ni les moyens humains, ni les moyens financiers de faire face aux nouvelles exigences de la loi électorale. Sa candidature apparaît aux yeux de beaucoup d’observateurs comme une candidature fantaisiste.

Mme Sidibé Aminata Diallo

En rendant publique sa candidature, Mme Sidibé Aminata Diallo, professeur d’université, a frappé un grand coup médiatique en cette période électorale. C’est plus sa candidature féminine que sa volonté de porter le débat environnemental à un haut niveau afin d’alerter les politiques en cette veille de campagne qui a fait mouche.
Les Maliens ne s’attendaient pas en effet de sitôt à une candidature féminine après le faux bond de Mme Sanogo Awa Sidibé dont la candidature à l’élection présidentielle de 2002 a été invalidée par la Cour Constitutionnelle pour défaut de versement de la caution de 5 millions F Cfa exigée par la loi électorale.

Mme Sidibé Aminata Diallo pourrait-elle recueillir la signature légalisée d’au moins dix députés ou cinq élus communaux dans chacune des régions et du District de Bamako et payer en même temps le cautionnement de 10 millions pour faire valider sa candidature ? C’est sur ce terrain là que beaucoup de Maliens l’attendent en effet. Si elle parvient à faire valider sa candidature, elle entrera dans les annales politiques du Mali.

D’autres leaders politiques même s’ils ne sont pas encore officiellement déclarés seront sans nul doute parmi les partants.

Amadou Toumani Touré

Actuel Président de la République, la candidature de ATT pour sa propre succession ne fait plus l’objet d’aucun doute. Ses nombreux voyages à l’intérieur du Mali profond avec à la clé des inaugurations en cascade donnent déjà le coup d’envoi d’une campagne électorale déguisée. Le fait aussi que plus d’une trentaine de partis politiques de la place se soient retrouvés pour mettre en place une alliance politique dénommée Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) sur sa propre initiative est un autre signe qui ne trompe pas. L’autre indice qui prouve qu’il sera candidat à sa propre succession est l’émergence du slogan « Takokelen » en cette période électorale au Mali. Un slogan qui a d’ailleurs été pris comme thème de campagne et dont les supports ont déjà été confectionnés et distribués aujourd’hui sur le terrain.

Le Président ATT part donc grand favori au rythme où on va. Tous les moyens de l’Etat et les différents services de l’administration centrale sont mis à contribution pour les besoins de la cause. Son bilan qui est largement commenté par ses laudateurs et les médias d’Etat constitue un autre atout majeur pour lui.

Soumeylou Boubèye Maïga

L’enfant de Gao et non moins ancien 1er vice-président de l’Adéma sera dans la course pour l’élection du Président de la République de 2007. Pour réaliser son ambition pour le Mali, Soumeylou Boubèye s’est doté en un laps de temps d’une puissante machine électorale, Convergence 2007 que tout candidat aimerait avoir entre ses mains. Sa force, ce sont les élus de son ancien parti. Soumeylou Boubèye Maïga se présente, à son avis, par devoir à cette présidentielle. Il estime en effet que son parti, l’Adéma-Pasj, qui est le plus grand parti au Mali et qui a dirigé le pays pendant 10 ans, avec le succès que l’on sait, ne pouvait ou ne devait se dérober de sa mission politique de conquête du pouvoir, pour reprendre en mains et consolider la démocratie. Soumeylou Boubèye Maïga a des idées, des stratégies qui lui paraissent à même d’inverser la tendance actuelle de pauvreté et de décrépitude politique et économique.

Il compte surtout s’appuyer sur le Front pour la Démocratie et la République (FDR) pour réaliser l’alternance.

Mamadou Blaise Sangaré

Président de la Convention Social Démocrate et (CDS-Mogotiguiya) , il sera aussi dans la course. Son ambition c’est de pouvoir réaliser l’alternance cette année avec le soutien du FDR.

Très puissant au Banimonitié, Blaise compte barrer la route au Président ATT dans ces localités c’est-à-dire le triangle Bougouni – Yanfolila – Kolondiéba. Avec ses propres élus communaux, ses députés et l’appui de ses amis du FDR, Blaise n’aura aucun mal à faire valider sa candidature par la Cour Constitutionnelle.
Ce sont ces huit gladiateurs qui vont solliciter le suffrage des Maliens le 29 avril prochain.


Birama Fall

15 mars 07