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Comme la Constitution malienne le lui permet, l’actuel chef de l’Etat Amadou Toumani Touré peut briguer un second mandat.

Quant au président du RPM (Rassemblement Pour le Mali) Ibrahim Boubacar Kéïta sa candidature se dessine au fil de ses déclarations.

Le consensus politique – inédit en Afrique et à travers le monde – que connaît le Mali a failli connaître un coup de frein avec l’intention non matérialisée du RPM d’aller dans l’opposition, suite au renouvellement du bureau de l’assemblée nationale en Octobre 2005.

Le RPM qui était représenté par cinq députés dans le bureau sortant s’est retrouvé seulement avec deux postes de second degré (6e vice-présidence et 7e secrétaire parlementaire) en plus du perchoir occupé par son président Ibrahim Boubacar Kéïta, installé pour la durée de la législature.

Le parti du tisserand a naturellement et logiquement refusé d’occuper ces postes et la liste bloquée proposée par la conférence des présidents de l’Assemblée nationale a été adoptée par 97 votants pour, 1 voix contre et 3 abstentions.

Les fortes turbulences constatées à l’hémicycle lors de chaque rentrée parlementaire avaient fini par avoir raison du consensus, un consensus dont le Président ATT lui-même n’a jamais réclamé la paternité, ou du moins, dit ne l’avoir pas imposé.

Selon le chef de l’Etat, c’est le peuple malien qui a envoyé le message du consensus lors des élections législatives en ne dégageant aucune majorité. Et dès lors, le président a décidé d’en faire un instrument de gouvernance en impliquant l’ensemble des composantes du pays : partis politiques, associations politiques, société civile, militaires etc.

ATT versus IBK en 2007, Ibrahim Boubacar pourrait créer la surprise grâce à certains paramètres favorables. Son plus grand atout serait l’aboutissement, un jour, du rapprochement entre le RPM et l’URD. A ce propos, l’URD est divisé.

En effet, d’un côté, le « père fondateur » du parti Soumaïla Cissé, président de la Commission de l’UEMOA et le président du parti Younoussi Touré sont favorables au rapprochement et même à une éventuelle fusion avec le RPM; et de l’autre, une tendance amenée par le secrétaire politique et Ministre de l’élevage et de la pêche Oumar Ibrahim Touré ne voit pas d’un bon oeil une relation poussée avec le parti du Tisserand.

Cependant, force devrait rester à la position de Soumaïla Cissé qui aurait rencontré, en marge du sommet Afrique-France tenu à Bamako le secrétariat exécutif de son parti pour lui intimer d’oeuvrer dans le sens de la cohésion au sein du parti et du rapprochement avec le RPM.

Si ce rapprochement (fusion ?) voyait le jour, IBK aurait une chance prépondérante en 2007. Il faut cependant rappeler que l’URD demeure toujours dans la majorité présidentielle à l’Assemblée.

Le président de l’Assemblée nationale pourrait également compter sur le RDT de Amadou Ali Niangado, l’autre constituante de son groupe parlementaire ; mais aussi sur les religieux musulmans qui avaient appelé à voter pour lui en 2002.

D’autres composantes de la société pour des raisons qui leur sont propres peuvent lui apporter leur soutien en reconnaissance de certains de ses actes du temps primatorial.

Passer au premier tour ? Mais ces quelques soutiens pourront-ils barrer la route de Koulouba à ATT en 2007 ? Surtout que beaucoup de partis ont décidé d’accompagner ATT en le soutenant pour les échéances à venir.

La question mérite d’autant plus d’être posée que la quasi totalité des partis politiques maliens ont tout simplement décidé d’accompagner ATT jusqu’en 2012. Tout est parti de l’Adema où le président Dioncounda Traoré a mis sur le tapis le débat sur le soutien à ATT en 2007.

Aujourd’hui le principe est presque acquis car plusieurs sections Adema de l’intérieur se sont déjà prononcées favorablement. Le virus a atteint les autres partis tels que ceux de l’Espoir 2002 (le CNID, le MPR etc., hier alliés d’IBK), de l’ACC, de l’ARD et du CODI.

Même si les responsables de ces regroupements ou partis ne se sont pas encore formellement prononcés sur la question, ils en ont suffisamment cultivé l’éventualité dans l’esprit de leurs militants.

Aujourd’hui au CNID, le débat sur le soutien à ATT en 2007 n’est pas formellement posé, mais le parti du Soleil levant serait au bord de l’implosion, à cause d’une guerre froide (qui ne dit pas son nom) entre le président Me Mountaga Tall et le secrétaire général N’Diaye Bah, ministre de l’artisanat et du tourisme.

Celui-ci serait entièrement acquis à la cause du Général à la retraite dont le soutien en 2007 ne devrait souffrir d’aucun doute à tel point que le seul acte qui vaille, c’est la déclaration de soutien et non un débat de fond.

Tout prouve, à travers les actes qui sont posés dans ce parti depuis un certain temps, que si Tall montre des velléités présidentielles, il serait combattu jusqu’au bout par les pro ATT. Au sein du MPR, la question aurait été discutée, avec trois hypothèses dégagées : le soutien à IBK, le soutien à ATT et la présentation d’une candidature interne.

Le soutien au président de Espoir 2002 aurait été balayé d’un revers de la main. Entre les deux dernières hypothèses, le président du parti du Tigre, Dr Choguel Kokalla Maïga, pencherait pour le soutien à ATT, pour la simple raison qu’il ne serait pas le candidat pressenti en cas de candidature interne.

Pour le moment, le « digne héritier » de Moussa Traoré ne parvient pas à rallier beaucoup de monde de son côté ; mais le débat reste ouvert. Ce qui pourrait constituer une erreur fatale pour les partisans du Général, c’est de vouloir passer dès le premier tour de l’élection présidentielle.

Sékou Tamboura

09 mai 2006.