Partager

Mais qui est cet Américain dont le style, l’éloquence et le parcours ressemblent à John Fitzgerald Kennedy ? « Barack Obama est-il l’American Dream ? »

Un sénateur noir de 46 ans, né à Hawaii d’un père africain du Kenya et d’une mère blanche descendante de Jefferson Davis, le président confédéré d’Amérique. Elle est également d’ascendance Cherokee. Ses parents ayant divorcé quand il avait 2 ans, il vit pour la dernière fois à l’âge de 10 ans ce père économiste et musulman.

Alors qu’il avait 20 ans en 1982, son père meurt d’un accident de voiture. Obama eut un parcours de vie très atypique. Il vécut 4 ans de 1967 à 1971 à Djakarta, puisque sa mère s’était remariée à un étudiant indonésien. A l’âge de 10 ans, il retourna vivre à Hawaii chez ses grands parents. Sa mère le rejoindra plus tard.

Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, animateur social dans les quartiers noirs pauvres, premier éditeur en chef noir de la prestigieuse Award Law Review, conférencier en droit constitutionnel à l’Université de Chicago, marié à Michelle, deux filles (Malia 9 ans et Sasha 6 ans), seul élu noir du Sénat (troisième de l’histoire). Voici en quelque sorte ce qui pourrait être le simple CV de Barack Hussein Obama.

Premier Noir à briguer l’investiture au poste suprême des Etats-Unis avec une réelle chance de gagner. Dans les années 1980, Jessy Jackson s’était présenté à l’investiture démocrate mais pour faire passer un message, pas pour gagner.

Obama est considéré comme un excellent orateur qui cherche davantage à communiquer des valeurs et de l’espoir qu’à faire de bons mots faciles. Pour ce sénateur démocrate, la majorité des électeurs blancs comme noirs sont préoccupés d’abord « de trouver un emploi, de pouvoir faire le plein d’essence et payer des études à leurs enfants. Lorsque je parle de ces sujets, je sens que je touche aussi bien les Noirs que les Blancs« .

Contrairement aux autres candidats, Obama n’a pas peur de prendre des risques et d’improviser. Lors d’un meeting, il tend son micro à l’assistance pour une multitude de questions qui lui seront posées. C’est le genre d’exercice que tout directeur de campagne craint comme la peste. Un numéro sans filets ou une hésitation, une gaffe une mauvaise réponse peuvent ruiner une candidature à la présidentielle.

Le premier Noir Américain capable d’être élu président des Etats-Unis a pris dès le départ position contre la guerre en Irak, contrairement à Hillary Clinton qui, par la suite, s’est rétractée. Pour certains, il est le modèle de « l’American Dream » vu ses origines et son parcours. Barack Obama est disposé à rencontrer sans conditions, s’il est élu, les dirigeants de certains Etats comme l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord, le Venezuela et Cuba.

Pour lui, « notre persistance à mettre des conditions à des discussions avec des interlocuteurs qui nous sont hostiles est précisément ce qui nous fait perdre la bataille de l’image dans le monde : cela donne à penser que les Etats-Unis sont une puissance supérieure et les autres Etats doivent accéder à nos demandes pour que nous daignions les rencontrer. Cela renforce l’image d’arrogance des Etats-Unis dans le monde, ce qui est très néfaste et porte atteinte à notre sécurité« .

« L’Amérique est de retour ! »

« Quand je serai président, je veux me rendre à l’ONU et annoncer que l’Amérique est de retour ! Je crois en la diplomatie et dans la négociation avec nos alliés, mais aussi avec nos adversaires » . Il est convaincu qu’il n’y a pas de solution militaire en Irak et qu’il faut retirer les troupes de combat au plus vite, en laissant juste des soldats pour protéger les civils américains et mener des actions commando contre les soutiens à Al-Qaïda.

Barack Obama est pour la fermeture définitive du camp Guantanamo. Ce qui pourrait être ses handicaps : il est Noir d’origine musulmane, même s’il s’est reconverti au christianisme. Il est pour le mariage homosexuel, ce qui pourrait être inscrit dans la législation des Etats et il est pro-avortement. Ce qui est très difficile à faire passer auprès des puritains. Ces adversaires démocrates sont déterminés à le faire passer pour un homme trop inexpérimenté pour être président et commandant en chef des armées.

Il répond « préférez-vous un président qui a de l’expérience ou du jugement ? Je suis le seul candidat qui a eu raison sur la question politique la plus importante de ces dix dernières années. On disait aussi de John Kennedy qu’il n’avait pas assez d’expérience« .

Le 1er août dernier, Barack Obama s’est dit prêt, s’il est élu, à utiliser la force militaire contre des cellules d’Al-Qaïda au Pakistan et de suspendre l’aide financière américaine, s’il avait le sentiment que le président Pervez Musharraf n’en faisait pas assez pour lutter contre les terroristes. Obama affirme avoir la capacité, qu’Hillary Clinton n’a sans doute pas, d’unir le pays et le sortir de ce qu’il appelle une « impasse idéologique« .

Il recrute des supporters même dans le camp républicain, regroupé sous la bannière Republicans for Obama. Même la fille (Caroline, 17 ans) de Rudolph Giuliani (ancien maire de New York), candidat à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle américaine, le soutient. Aux Etats-Unis, nul n’est star avant d’avoir amassé un gros paquet de dollars. Le jeune sénateur, candidat à la présidentielle devance tous ses adversaires dans « la primaire de l’argent« .

Il avait récolté 31 millions de dollars entre avril et juin, soit 10 de plus que sa grande rivale Hillary Clinton. Le maximum autorisé par la loi est 2300 dollars par personne (Halle Berry lui a remis 1500 dollars). Aujourd’hui, il a réussi l’exploit de récolter des dons auprès de plus de 350 000 américains et à amasser 58 millions de dollars pour financer sa campagne. Un record.

Avec sa fraîcheur et son charisme, il suscite un enthousiasme rarement vu depuis John Fitzgerald Kennedy. Ses meetings sont pleins à craquer, on s’arrache ses autographes et ils veulent tous être pris en photo à ses côtés. Cet homme incarne la politique de l’espoir contre celle de la peur. Beaucoup sont également enthousiasmés par le fait qu’il a la peau noire et par la possibilité qu’il offre de mettre un terme à plusieurs siècles de douloureux rapports Noir/Blanc.

Son héros à lui dont il a accroché le portrait dans son bureau au Sénat n’est autre qu’Abraham Lincoln. Tiens tiens… Pour nombre d’Américains, le vainqueur des primaires des démocrates gagnera la présidentielle. Alors une femme présidente ou un Noir président ? Une dynastie Bush/Clinton au pouvoir ou un vrai changement ? What’s the answer ?

(correspondance particulière)

01 septembre 2008