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Depuis huit mois qu’il est le président de la République du Mali, Dioncounda Traoré n’a pas d’état-major particulier. Or le rôle de cette structure est indispensable pour un chef de l’Etat surtout dans un pays en situation de guerre.

Habitués aux aides de camp du président de la République sous les première et IIe République, les Maliens ont commencé à se familiariser avec le poste de chef d’état-major particulier du président de la République sous la IIIe République, à l’ère de la démocratie et du multipartisme. Cet état-major particulier (EMP) est la copie conforme de celui créé en France par la Constitution de la Ve République. D’Alpha Oumar Konaré à Amadou Toumani Touré, le poste a été créé et pourvu au Mali et confié à un officier supérieur ou généraux de l’armée.

Mais depuis la chute suivie de l’exil forcé d’ATT à Dakar en avril 2012, le cabinet du président de la République est amputé de son état-major particulier. Le dernier en poste, le général de gendarmerie Hamidou Sissoko dit Man, est aux arrêts pour tentative de contre coup d’Etat le 30 avril 2012 perpétré par des bérets rouges. Son adjoint, le colonel-major El hadj Gamou, parti au front, a été contraint à un repli stratégique au Niger avec un détachement de l’armée suite à la déroute de l’armée nationale face à des forces extérieures.

Le président de la République, Dioncounda Traoré, nommé par la Constitution pour combler le vide juridique à la tête de l’Etat et dont le mandat a été prorogé par l’accord-cadre, n’a pas encore eu les coudées franches pour procéder à une nouvelle nomination. Même en temps de paix, l’EMP est indispensable a fortiori que le pays est en guerre.

Si cet expert en matière de défense et de sécurité qu’est l’EMP était là, Dioncounda Traoré n’allait pas commettre l’erreur de procéder à des nominations controversées de policiers à des grades supérieurs sous le couvert de « nominations exceptionnelles » dont les décrets ont été plus tard abrogés à la suite de contestations du Syndicat national des commissaires de police (Synacompol).

L’état-major particulier du président de la République appelé cabinet militaire du chef de l’Etat est le tamis entre lui et les forces armées. Il s’inspire de la Constitution française de la Ve République, qui faisait du général De Gaulle le président de la République le plus puissant eu égard au rôle qu’il a joué dans la libération de la France.

Comme institué par l’article 15 de la Constitution de la Ve République française l’état-major particulier assiste et conseille le président de la République dans son rôle de chef suprême des armées. Il est membre à part entière du cabinet du président de la République et est à cet égard son principal collaborateur militaire.

En France, le chef d’état-major particulier est le numéro trois dans l’organigramme de l’Elysée après le secrétaire général et se trouve sous l’autorité exclusive du chef de l’Etat.

Qu’est-ce qui bloque Dioncounda Traoré pour reconstituer son état-major particulier ? Nous sommes loin d’avoir la réponse.

Abdrahamane Dicko

Les Echos, le 30 Décembre 2012