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La 5ème conférence ordinaire du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur débutée le 13 février a enfin pris fin le lundi 16 février 2009 aux environs de 6 heures du matin. L’enjeu majeur de cette rencontre était l’élection d’un nouveau président à la tête du bureau.

Le président sortant, Abdrahamane Chérif Haïdara, ayant déclaré au départ qu’il ne briguerait pas un autre mandat. Au terme des travaux qui ont duré quatre jours et trois nuits sans relâche, le bureau a accouché dans la douleur et dans la division. Le tout nouveau président du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur (HCME) s’appelle Habib Sylla, un richissime malien installé au Gabon et qui est également président du Mouvement Citoyen de Libreville.

Il a comme 1er vice-président Youssouf Hassan Diallo et l’Arabie Saoudite, celui-là même qui fut l’un des candidats malheureux à l’élection présidentielle de 2002 au Mali. Comment Habib Sylla a-il été imposé à la tête du nouveau bureau ?


Habib Sylla ou rien

Tout a été fait par Amadou Soulalé, Conseiller Technique au ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine et le secrétaire général dudit département, Mamadi Traoré, sous les ordres du ministre Badra Alou Macalou pour que Habib Sylla soit élu président. La position du département de tutelle en faveur de Habib Sylla, président du conseil de base des Maliens du Gabon ne souffrait d’aucune ambiguïté.

Amadou Soulalé qui a piloté toutes les opérations d’une main de fer a plusieurs fois accompagné M. Sylla au bord de sa voiture luxueuse de marque “Hammer” à chaque occasion qu’il y a suspension des travaux. Dans les halls du Centre Culturel Islamique de Hamdallaye où ont eu lieu les travaux, il était toujours en entretien avec son candidat Habib.

Cette prise de position affichée de l’organisateur principal de cette 5ème conférence, M. Amadou Soulalé en faveur d’un candidat sur six viole les textes qui régissent le Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur. Son comportement a été dénoncé à maintes reprises par les délégués de la France mais en vain. Le seul objectif de Soulalé était d’aboutir à l’élection de Habib Sylla. Ce qui fut d’ailleurs.

Des manœuvres et des coups bas de l’organisation

Pour arriver à leur fin, les organisateurs de la 5ème conférence ordinaire du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur, dont Amadou Soulalé et Mamadi Traoré, ont utilisé tous les manoeuvres et coups bas. Pour la participation aux travaux, il a été demandé à chaque pays d’envoyer 5 délégués.

A travers tous les continents, M. Soulalé lui-même nous a déclaré que le Haut Conseil existe dans 66 pays sur lesquels une cinquantaine de bureaux ont été renouvelés. Mais seulement, une quarantaine de pays étaient présents à Bamako.

Au lieu de cinq délégués par pays, certaines délégations sont arrivées au Mali avec deux ou trois délégués. Les organisateurs ont complété ces listes de deux ou trois délégués à cinq en inscrivant des Maliens de Bamako comme étant des Maliens de l’extérieur. Certains membres des délégations de plus de cinq ont été également inscrits sur la listes des pays qui se sont présentés comme ayant moins de cinq délégués.

C’est ainsi qu’un Guinéen de Bissau s’est retrouvé parmi les délégués du Sénégal. Un délégué du Kenya qui avait pris du retard par rapport au démarrage des travaux a été remplacé par un Malien de Bamako. Quand il est arrivé à Bamako au deuxième jour des travaux, on lui notifia qu’il a été remplacé.


Une déléguée de la cote d’ivoire crache ses vérités

Très révoltée contre les manœuvres et les tripatouillages de la commission d’organisation, une malienne de la Côte d’Ivoire a craché ses vérités dans la salle entre 2 heures et 3 heures du matin le lundi 16 février 2009 en ces termes : “Vous êtes tous des voleurs, des brigands qui ne font que rançonner les Maliens de l’Extérieur de leur argent qu’ils ont chèrement gagné au risque de leur vie”.

Pour avoir dénoncé les pratiques qui violent toute orthodoxie, elle fut renvoyée de la salle manu militari alors qu’elle est l’une des délégués dûment mandatés. Comme notre déléguée de la Côte d’Ivoire, le président de conseil de base des Maliens de Bissau n’a pas non plus pris part au vote.

Soulalé et les consignes du ministre

A zéro heure 20 minutes le 16 février 2009, le ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine, Badra Alou Macalou fit son entrée dans la cour du Centre Islamique au bord de sa Renault Safrane G28. Il fut accueilli par Amadou Soulalé. Les deux hommes se sont introduits dans le hall. Nous étions à peine à 20 mètres à côté d’eux.

Débout, ils se sont entretenus pendant 10 minutes, à 00 heure 30 mn, le bureau sortant présidé par El Hadj Tanapo n’ayant pu être renouvelé aurait été accepté au détriment des autres camps.

Il faut souligner que l’intrusion du ministre Badra Alou Macalou dans les débats a été dénoncée par certains délégués qui pensent qu’il veut tout simplement leur imposer son candidat en la personne de Habib Sylla, président du conseil de base des Maliens du Gabon.


Les candidats probables

Pour le contrôle du nouveau bureau, plusieurs camps se sont affrontés. Le jeu était largement ouvert dans la mesure où le président sortant, Abdrahamane Chérif Haïdara, fatigué sous le poids de l’âge, a déclaré dans son discours d’ouverture qu’il n’est pas candidat à la succession.

Les candidatures annoncées sont : Gaharo Doucouré de la France, Habib Sylla du Gabon, Diadié Doucouré de la France, délégué en tant que président d’honneur du bureau sortant, Dioncounda Diawara retourna dans sa voiture, et Soulalé dans la salle de réunion.

Quatre candidats sur 6 élimines avant le vote

Pour la présidence du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur, 6 candidats se sont déclarés : Habib Sylla du Gabon, Dioncounda Diawara de la Chine, Gaharo Doucouré et Diadié Soumaré de la France, El Hadj Tanapo de la Côte d’Ivoire et Alou Traoré de la Guinée Conakry.

Bien avant le vote, les quatre derniers cités ont été soit éliminés, ou ont été contraints à retirer leur candidature. Tanapo et Soumaré ont été éliminés, tandis que Gaharo et Traoré ont été contraints de retirer leurs candidatures. Finalement, le vote a eu lieu entre Habib Sylla et Dioncounda Diawara.

Un pays, une voix

Contrairement aux textes qui prévoient cinq délégués par pays, au moment du vote pour départager les deux candidats restant en lice, les organisateurs ont fait le choix d’un délégué par pays pour le vote. Seuls les présidents des conseils de base ont donc voté. Le collège électoral était donc composé de 46 membres tous présidents de leur conseil de base.

Ainsi, le résultat de vote a donné le candidat du Gabon M. Habib Sylla gagnant avec 31 voix contre 15 pour son challenger Dioncounda Diawara de la Chine. De ce fait, Habib Sylla fut élu président du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur. Au moment où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas la taille du nouveau bureau. Joint par nos services, le perdant, M. Diawara a reconnu sa défaite en bon joueur et a même félicité son concurrent pour sa victoire.

Le 1er vcie-président du nouveau bureau est El Hadj Youssouf Hassane Diallo de l’Arabie Saoudite. Il faut rappeler que M. Diallo a été l’un des 24 candidats à l’élection présidentielle de 2002 au Mali. Il a mérité sa place au terme d’une lutte serrée qui a pris fin à 6 heures du matin le 16 février 2009 et qui l’a mis en confrontation avec quatre autres candidats.


Daba Balla KEITA

17 février 2009