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D’un calme olympien et d’une sérénité sans égale, alors qu’il se trouve au cœur même d’un tourbillon, qui veut coûte que coûte l’emporter dans les eaux troubles de la trahison. Dioncounda Traoré, président de l’Adema-PASJ, natif de Nara et, par ailleurs, président de l’Assemblée Nationale, est devenu la bête noire de certains caciques et barons de la ruche, qui ne souhaitent point être du côté des perdants en 2012. Son crime : avoir proclamé, urbi et orbi, que le PASJ présentera son  » propre candidat » à la présidentielle de 2012. Crime de lèse-majesté ou crime tout court ? Pourront-ils l’abattre ? Ou bien va-t-il, de lui-même, lâcher du lest avant l’assaut de ses adversaires, plus que jamais déterminés à lui faire payer cher son obstination?

Encore beaucoup de questions, pour encore peu de réponses. En tout cas, pour l’instant. Toutefois une certitude : à l’Adema-PASJ, il ne faut jamais badiner avec les histoires de congrès extraordinaire. L’ancien Premier ministre et ancien président du parti de la ruche, Ibrahim Boubacar Kéïta, actuel président du Rpm, ne dira pas le contraire.

Lui qui, après avoir été contraint de remettre sa démission du poste de Premier ministre, le 14 février 2000, s’est vu obligé d’aller à la confrontation avec les « Rénovateurs », dotés de puissants moyens financiers, avec pour unique mission , mais combien difficile à l’époque, de le faire descendre de son piédestal de président de l’Adema-PASJ. Ils y réussirent, alors qu’au début, l’opinion les prenait pour de simples plaisantins, des assoiffés de pouvoir qui allaient lamentablement échouer. On connaît la suite. La victoire fut de leur côté.

Aujourd’hui, certains pourront se consoler, en disant : « autre temps, autres mœurs ». Mais : « chat échaudé craint l’eau froide » pourront rétorquer d’autres qui ont été les témoins oculaires de cette chute, sans parachute, d’IBK. Alors qu’il était au faîte même de son pouvoir, assis paisiblement au cœur de la ruche.

En nourrissant l’ambition de succéder, en 2002, au président Alpha Oumar Konaré. Dioncounda Traoré était là, quand son « frère et ami IBK «  essuyait, sans pouvoir réellement se défendre, les foudres de ses adversaires, les coups fourrés de ses camarades du parti, dont beaucoup se nourrissaient de sa générosité. En sa qualité de premier vice-président de la ruche, Dioncounda Traoré a été le témoin privilégié des manœuvres déstabilisatrices qui ont, in fine, eu raison de la résistance et de la force de frappe du châtelain de Sébénicoro.

Face aux tirs croisés de ses adversaires, dont les plus fourbes étaient tapis dans l’ombre, IBK fut contraint de jeter l’éponge, lors du congrès extraordinaire de novembre 2000. En tournant le dos au PASJ, l’ancien Premier ministre a, tout juste eu le temps de lancer, à la face de ses adversaires, la célèbre phrase : « Quel parti désormais ! ». Une page venait d’être tournée dans l’histoire de l’Adema-PASJ.

C’est en ce moment que le premier vice -.président, Dioncounda Traoré, dans un énorme sursaut d’orgueil mais surtout de responsabilité, a saisi le gouvernail de la ruche et a réussi, contre toute attente, à faire atterrir, sans anicroche, le mastodonte sur un terrain, pourtant non balisé. Quelle prouesse et quelle détermination ! Après avoir repris ses idées, il rassura les délégués à ce premier congrès extraordinaire, en lançant la célèbre formule  » IBK est parti, l’Adema continue ! « .

Et la salle d’exploser, sans vraiment y croire. A l’issue de ce congrès extraordinaire, il est élu président de l’Adema. Voilà que l’enfant de Nara venait de réussir son baptême du feu. Alors qu’ils étaient nombreux, ce-jour-là, ceux qui doutaient sérieusement de son talent de leader et de meneur d’hommes. Le problème des militants lambda étant que ce professeur de mathématiques, formé en ex-URSS, est loin d’être aussi généreux que son prédécesseur, IBK. Pire, on le dit pingre, ni bon ni méchant. Ce qui, dans un milieu militant, ne fait pas du tout recette.

Pourra-t-il arrêter la vague ?

Cela fait maintenant dix ans que le capitaine Dioncounda Traoré tient les rênes du PASJ à la grande satisfaction d’un nombre important de militants et de sympathisants. Alors qu’il était inattendu, il a pu s’imposer, contre vents et marées, à la tête de ce grand parti, toujours en proie à des tensions internes, déchiré en clans, dont les principaux leaders se regardent en chiens de faïence.

Lui, le président Diouncounda, l’indétrônable capitaine, du haut de son bureau, situé au premier étage de la Maison de l’Adema à Bamako-coura, regarde, impassible mais souriant, tous ces fins manœuvriers, censés mouiller le maillot à ses côtés, œuvrer, au contraire, à créer volontairement des occasions de penalties pour l’adversaire. C’est ça l’Adema. Un camarade du parti peut porter le même maillot que toi, mais ne pas hésiter à tirer dans les propres buts de son équipe. Dans une crise de folie ? Que nenni !

Pour préserver ses intérêts personnels auprès de l’équipe adverse. Quitte à être exclu pour cause d’indiscipline et de manquement grave aux statuts et règlement intérieur du parti. Le non respect des règles du jeu étant la chose la mieux partagée au sein de la ruche. A preuve, la trahison d’une frange importante des barons de l’Adema qui ont œuvré à l’échec du candidat de leur propre parti à la présidentielle de 2002, en l’occurrence Soumaïla Cissé. En soutenant, parfois, ouvertement son challenger, le candidat indépendant, Amadou Toumani Touré. Cette suite, également, est connue.

C’est certainement la même situation qui est en train de se dessiner. Quand beaucoup de joueurs vont faire le malade imaginaire pour ne pas être appelés à jouer franc jeu avec le parti. Plusieurs cadres, parmi lesquels des ministres siégeant au compte du PASJ dans le gouvernement Modibo Sidibé, auront le regard ailleurs, quand le président Dioncounda va demander de cantonner les joueurs à l’internat en vue du choix du candidat du parti à la présidentielle de 2012.

Il y aura beaucoup d’absents et de nombreux recours à des faux fuyants pour ne pas être mêlés au choix d’un candidat « propre au parti ». D’autres, pour ne même pas être obligés de s’expliquer, après avoir raté un match, auront déjà pris les devants. Avec l’élection présidentielle de 2012 qui s’approche à grandes enjambées, les caciques et barons de la ruche, opposés à une candidature à l’interne, vont, très certainement, sortir la grosse artillerie pour tenter d’abattre le président de l’Adema-PASJ ; et cela à cause de son obstination à vouloir coûte que coûte que le PASJ ait « son propre candidat «  à la présidentielle de 2012.

Est-ce un crime que d’avoir eu à chanter urbi et orbi cette chanson ? Qui précisément cela peut-il déranger dans une ruche, presque en déconfiture, suite à la perte du pouvoir en 2002 ? Mystère. Car, un tel projet se prépare et s’exécute dans l’ombre. En tout cas, l’entreprise est déclenchée. Tout dépendant du degré d’obstination du président du parti à défendre sa thèse.

Crime de lèse-majesté ou crime tout court ? Si ce n’est au Mali, on ne demande pas à la première force politique du pays, si son parti va aligner ou pas un candidat à la présidentielle. Cela devrait être une évidence.

Sauf qu’ils sont aussi nombreux, au sein de la ruche, les cadres qui ne croient point en la victoire du candidat du PASJ, lors de la présidentielle de 2012. Pourquoi ? Alors que l’Adema est, quand même, le parti le mieux implanté à travers le pays. N’est-ce pas, d’ailleurs, à cause de cela, qu’on l’a surnommé une « véritable machine électorale », avec dix-neuf ans d’expérience des élections et du terrain politique et dix ans de gestion du pouvoir d’État.

L’Adema devrait, normalement, faire peur à n’importe quel candidat, du camp adverse, voulant se frotter à elle dans les urnes, lors de la présidentielle de 2012. Comment ce destroyer, qu’est l’Adema, qui devrait pouvoir semer la panique partout où il passe et exiger respect et considération sur l’échiquier politique national, se fait, aujourd’hui, peur à elle-même.

A tel point que certains parmi ses militants et, surtout, ses cadres devenus puissants et riches veulent, aujourd’hui, se réfugier sous d’autres cieux, supposés être beaucoup plus cléments, beaucoup plus rassurants et surtout beaucoup plus sécurisants. Il y a aussi, pour ces cols blancs, adossés aux deniers publics, ce réflexe consistant à ne pas se retrouver, après 2012, sevrés de petit lait et de petit four : carburants, villas, châteaux, voitures, écoles étrangères pour les rejetons, etc.

Y a-t-il un lien entre tout cela et les rumeurs de congrès extraordinaire qui se font de plus en plus pressantes pour éjecter Dioncounda Traoré de la présidence de l’Adema-PASJ ? L’objectif étant, si la manœuvre réussissait, à porter un homme lige à la tête du PASJ afin que la ruche ne présente pas « son propre candidat «  à la présidentielle de 2012. Laissant, ainsi, la voie grande à un autre candidat, peut-être indépendant, dans la course à Koulouba, en 2012. Ou qui viendrait s’inscrire, à la veille de l’élection présidentielle, au PASJ. Ainsi, il bénéficierait du soutien de ce parti. Soutien sans lequel, il est difficile de remporter une élection présidentielle dans le Mali d’aujourd’hui.

Peut-être que le président Dioncounda Traoré souscrira, lui-même, à ce schéma si, toutefois, son souci est également que le PASJ revienne au pouvoir en 2012.

De ce fait, il pourrait tendre la main à tous ces apparatchiks qui le fuient, maintenant, du regard afin d’aboutir au gentleman’s agreement dans le sens du retour de l’Adema, avec ou sans son propre candidat, à Koulouba, en 2012.

Mamadou FOFANA

Chroniqueur politique

L’Indépendant du 07 Juillet 2010.