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Pour lui éviter la prison
Sans conteste, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest est devenue une arme d’intimidation et de guerre, depuis l’arrivée aux commandes de nos pays de «Chefs d’Etat mal élus», au point qu’elle passe pour être aujourd’hui un danger et non une solution au problème malien.

Jusque là, les membres du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat ont fait montre de dignité, d’honnêteté et de bonne foi, toutes les qualités et vertus qui ont, depuis la nuit des temps, caractérisé les Maliens.
Pourquoi cette mauvaise foi manifeste, à l’allure d’un complot suscité par les Chefs d’Etat, à l’endroit de ces «jeunes» militaires ? Certes «jeunes», ils se doivent de comprendre que les membres du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) ne sont pas non plus des «enfants».

Comment des Chefs d’Etat arrivent à se dédire par rapport à un Accord-cadre qu’ils ont eux-mêmes imposé à la junte ? Comment peuvent-ils vouloir mépriser les dispositions de notre Constitution et les arrêts de nos Institutions, Cour constitutionnelle et Cour suprême ? Pourquoi la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) veut passer de l’illogique «normalité constitutionnelle» qu’elle a honteusement initiée, à un retour à une «vie constitutionnelle normale» ; en clair passer de «l’intérim» qui est constitutionnel, à la «transition» qui est politique et sur lequel aspect le même Dioncounda Traoré s’était prononcé un mois avant la chute du président ATT.

«Une transition n’est pas mon affaire, un intérim, oui», s’était exprimé le président de la République par intérim.
C’était lors de la conférence de presse que Dioncounda Traoré, alors président de l’Assemblée nationale, a animée le jeudi 16 février 2012, après la rencontre des partis politiques représentés au Parlement avec l’ancien président de la République.

Dans notre parution du 20 février 2012, nous écrivions que nul doute une transition, qui n’est d’ailleurs pas souhaitable, est à repousser dans la mesure où elle n’est qu’une mise à l’écart brutal de toutes les Institutions de la République, y compris l’Assemblée nationale.

Cependant, l’intérim, qui est ressorti dans les propos du président de l’Assemblée nationale, en clair, est bien la «vacance de la Présidence», qui est en fait une obligation constitutionnelle, qu’il est tenu d’assumer.
Déjà à l’époque, nous avions attiré l’attention de nos lecteurs sur cette hypothèse, que nous vivons aujourd’hui et sur laquelle notre Constitution est restée muette ; c’est le cas de figure où le président de la République par intérim également, pour quelque cause que ce soit, n’arrive pas à tenir les élections dans les nouveaux délais constitutionnels.

D’où toute la crainte du président de l’Assemblée nationale ressortie dans ses propos, ce 12 février 2012 : «… S’il n’y a pas d’élections, tout peut arriver. Ce sera un recul pour notre démocratie pour laquelle nous avons consenti beaucoup de sacrifice. S’il n’y a pas d’élections, notre démocratie serait en péril. La République même serait en péril. S’il n’y a pas d’élections, même un coup d’Etat peut arriver et cela nous ne le souhaitons pas pour notre pays. C’est pourquoi, nous faisons tout pour que ces élections puissent se tenir à dates échues».

Dès lors, il est incompréhensible sinon inacceptable que le professeur Dioncounda Traoré entretienne une confusion.
Nous avons toujours soutenu que la mauvaise gestion des affaires publiques que notre pays vit aujourd’hui est une responsabilité partagée, que doivent assumer les deux législatures 2002 et 2007, ses gouvernements successifs et son président de la République.

Safounè KOUMBA

L’Inter de Bamako du 21 Mai 2012