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Le vendredi dernier, onze fonctionnaires (conseillers techniques, chargés de mission) travaillant à la Présidence de la République ont été remerciés. C’est la deuxième vague de fonctionnaires à être renvoyée par les nouveaux maîtres des lieux. Au-delà de la Présidence de la République, c’est une véritable chasse aux cadres (aux sorcières) qui est ouverte au sein de l’Administration depuis l’arrivée au pouvoir de Ibrahim Boubacar Keïta. L’éviction du directeur de cabinet de la Primature et du secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale, sont deux cas qui restent dans la mémoire collective pour attester de la volonté manifeste des nouvelles autorités à mettre sous l’éteignoir les vraies compétences du pays. Pour quel résultat?

Le fondement d’un pouvoir politique, c’est d’assurer le bien être du peuple par le développement socioéconomique du pays. Et, cela passe-t-il par une bonne gouvernance, avec des cadres réellement compétents. Or, de nos jours, de tels cadres ne sont pas légion sous nos cieux. D’où l’impérieuse nécessité de mettre en valeur ceux qui sont là et de d’optimiser leurs compétences. Telle ne semble pas être la vision des nouvelles autorités, notamment la première institution de la République, qui a opté résolument d’effacer de sa carte administrative les noms et les traces de tous les vaillants travailleurs. Sans raison valable.

En effet, à Koulouba, c’est désormais une certitude : tous les fonctionnaires qui ne rentrent pas dans le schéma du nouveau pouvoir sont appelés à quitter leur fonction. Déjà, une vingtaine de cadres viennent de se voir notifiés leur relève. Parmi eux, il y a des cadres qui étaient en poste bien avant ATT.
Généralement, ce ne sont les compétences de ces fonctionnaires qui sont mises en cause. Alors, qu’est-ce qui peut justifier cette chasse aux sorcières ? C’est la volonté des nouvelles autorités d’instaurer un certain clientélisme au sommet de l’Etat. Pour preuve, certains cadres relevés sont déjà remplacés par des hommes du système. Qui appartiennent soit au Rpm ou à des partis alliés.
Autre critère de promotion actuellement : il faut appartenir à la FAMILLE. C’est la seule garantie pour un cadre de se maintenir. La preuve vient de la Présidence de la République où certains ont été maintenus ou confirmés à leurs postes. La raison ? Ils sont proches du président. Donc, ils deviennent des intouchables.
Au même moment, toutes les cellules thématiques de la Présidence, entre autres la communication, la cellule du développement rural et celle des affaires sociales, ont été dissoutes sans autre forme de procès.

La présidence bloquée

Le renvoi des cadres, la dissolution des cellules, la nomination de militants aux compétences douteuses…, telle est la situation qui prévaut à Koulouba depuis l’arrivée d’IBK. Conséquence : la Présidence de la République tourne aujourd’hui au ralenti, pour ne pas dire qu’elle est bloquée. Des dossiers sensibles s’entassent et mettent plusieurs jours sans être traités. Au même moment, la République tourne au ralenti, pour ne pas dire qu’elle a cessé de tourner. Seules quelques actions-spectacles (les états généraux sur la décentralisation, les assises nationales sur le nord…) sont menées pompeusement pour détourner l’attention des Maliens de ce pilotage à vue instauré de l’Etat. Une présidence trompe l’œil qui commence à révéler aux Maliens ce qui les attend au cours des cinq prochaines années.
Aussi, l’amateurisme et le tâtonnement semblent être les seules règles au sein de la première institution. L’exemple le plus édifiant a été donné aux Maliens, quand le directeur de cabinet de la Présidence de la République s’est cru obligé de donner des explications (et avec quelle méconnaissance des textes !) sur les avantages d’ancien chef d’Etat accordés au général Sanogo.

Les départements ministériels aussi

Aujourd’hui, l’Administration malienne, surtout au niveau des départements ministériels, est à l’image de la Présidence de la République. Partout, le constat est presque le même : la chasse aux cadres et autres agents de l’Etat. Selon un haut cadre, l’on assiste depuis quelque temps à un accaparement de l’appareil administratif par les nouveaux maîtres du pays et les responsables du Rpm.
Ainsi, les nouveaux ministres, pressés de nommer « leurs hommes », n’attendent plus que les dossiers passent en Conseil des ministres. Ceux qui sont appelés à être nommés viennent occuper les postes avant même que les anciens titulaires ne fassent leurs bagages.
Ne soyez pas alors étonnés de voir un département avec le double de conseillers techniques et chargés de mission requis. Et généralement, le seul critère de nomination qui prévaut ici et là, c’est le degré de militantisme et/ou d’opportunisme.
Deux exemples frappent encore les esprits des Maliens. Il s’agit de l’éjection, comme un malpropre, de l’ancien directeur de cabinet de la Primature, Boubacar Sow, considéré comme l’un des plus grands commis de l’Etat en activité. Pire, il est jeté dans la nature, au grand dam des intérêts de l’Etat.
Il y a aussi le cas retentissant de l’ancien secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale, Dr Brahima Fomba, dont la relève a même créé un incident entre le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de tutelle.
Pourquoi un tel acharnement à jeter dehors des cadres compétents ?
Voici le changement promis aux Maliens. Qui ont naïvement cru aux discours pompeux et autres promesses politiciennes de Ibrahim Boubacar Keïta. Le résultat est là, en deux petits mois de gestion.

CH Sylla

L’Aube du 21 Novembre 2013