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ATT ne briguera pas un troisième mandat. « Lors de la conférence nationale que j’ai présidée, je me suis battu pour l’alternance et je n’ai pas changé d’avis », a déclaré le président lors de la conférence de presse le 8 juin date anniversaire de son investiture pour un second mandat. La Constitution qui limite le mandat présidentiel à deux est le produit de cette conférence à laquelle ATT entend tant rester fidèle.

Mais, le président du CTSP, en 1992, n’avait-il pas déclaré que seul un fou accepterait de diriger le Mali, pour ensuite participer à la course pour le pouvoir ? Faut il le croire aujourd’hui ?

Comme s’il voulait rabattre le caquet à ceux qui le soupçonnent de vouloir briguer un troisième mandat, ATT vient de trancher dans le vif du sujet, le 8 juin dernier à Koulouba.

Question du journaliste : après ATT II, y aura-t-il ATT III ? La réponse ne s’est pas fait attendre : «je ne participe pas à ce débat, je ne suis pas concerné. A la conférence nationale, je me suis battu pour l’alternance et je n’ai pas changé d’avis. Après ces épreuves, j’aimerai avoir une autre vie».

Lisez entre ces lignes. Mises bout à bout, elles signifient ni plus, ni moins que le président ne se représentera pas devant les électeurs en 2012.

Mais, pourquoi, diantre, va-t-il si vite en besogne car un autre à sa place aurait maintenu le suspense jusqu’au bout ? Est-il si sûr de son fait pour ne pas regretter un jour d’avoir jeté sa langue au chat ? Ou encore est-il excédé par ceux qui le poussent dans le dos, à savoir certains hommes politiques pressés d’arriver au pouvoir ?

Tout se passe comme si ATT voulait se débarrasser à la hâte d’un problème qui le gêne aux entournures et qui jette le discrédit sur sa foi de démocrate sincère et convaincu qui a passé la main en 1992, à l’issue d’une transition bien réussie, alors qu’on le priait de garder ce cadeau empoisonné.

Même là encore, nombreux sont les Maliens qui ne croient pas en la profession de foi présidentielle. Ils auraient préféré, malgré la dignité de sa charge, qu’ATT chante sur tous les toits qu’il ne sera pas le prochain président du Mali.
Les Bamanans disent cependant que même si le lièvre est ton ennemi, il faut reconnaître qu’il a les oreilles longues.

Pour une fois, il faut prendre l’homme aux mots et considérer qu’il ne va pas jouer au charmeur de serpent qui se fait mordre par sa propre trouvaille. Son intervention a le mérite de calmer le jeu, de ramener la sérénité dans les esprits, de faire s’estomper les passions. Et cela, au moment même où les problèmes surgissent de toutes parts qui ont pour nom gangstérisme au nord, école, vie chère.

Qui peut d’ailleurs parier qu’avec tous ces casse-tête, ATT n’en a pas marre du pouvoir ? Il n’a certainement pas oublié qu’en 1992 il avait déclaré que seul un fou accepterait de diriger le Mali, pour revenir de plus belle en 2002. Alors, pour paraphraser César, on peut dire qu’il est venu, qu’il a vu mais a-t-il vaincu ? Ce qui est sûr par contre, c’est qu’à l’annonce de la bonne nouvelle Dioncounda Traoré, le patron de l’Adéma, va jubiler, lui qui déclarait récemment qu’ATT ne fera pas un troisième mandat.

Délit d’initié ou est-ce parce que l’Adéma a hâte de revenir aux affaires, consciente d’avoir repris toutes ses forces pour donner l’assaut final ? Il y a comme un avertissement dans la voix de Dioncounda Traoré : «c’est nous qui t’avons fait roi, à présent c’est notre tour». Fini le temps des complicités, place donc à l’alternance. Aussi, aux côtés des abeilles, toute la classe politique veille au grain.

Toutes les sentinelles sont fidèles au poste pour mettre en garde la Commission Daba Diawara contre tout tripatouillage des textes fondamentaux. De ce qui en sortira, on sera définitivement fixé sur le sort du président de la République. Mais d’ores et déjà, il semble que sa retraite soit coupée et tous ses chemins pris.

Choisira-t-il alors de sortir par la grande porte de l’histoire en épargnant au Mali les affres de la présidence à vie ? Dans ce cas, il doit rester fidèle à l’image du héros de la révolution qui s’est battu pour que le mot «alternance» soit inscrit en lettres d’or dans les annales de la vie politique au Mali ? C’est le plus sûr chemin pour lui de «mener une autre vie» en prenant une retraite dorée.

Mamadou Lamine Doumbia

11 Juin 2008