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Comme à l’accoutumée, les rues de la capitale grouillent de monde à l’approche des fêtes. Le Grand marché et les points de vente de moutons sont les endroits les plus fréquentés par les Bamakois.

Des articles divers «moins chers » sont exposés à même le sol pour attirer la clientèle. On y trouve des habits, chaussures, produits cosmétiques, bijoux et autres accessoires (lunettes et montres pour enfants). Ces produits de parure inondent depuis plus d’une semaine les coins et recoins du Grand marché de Bamako. Les voies de dégagement, les trottoirs, les ruelles, tout est occupé par les commerçants.

Et pour attirer la clientèle, chacun a ses astuces. Certains utilisent des instruments traditionnels de musique (Tamani, tambours et tam-tam). D’autres esquissent des pas de danses. Et d’autres encore installent des haut-parleurs qui crachent la musique à longueur de journée. Les vendeurs à la sauvette, eux, arpentent les allées du marché et les rues adjacentes. Difficile de se frayer un chemin. Dans ce brouhaha, hommes, femmes, jeunes et enfants, chacun cherche à s’offrir un ou des articles afin de passer une bonne fête.

MARCHÉ BIEN APPROVISIONNÉ- À quelques jours de la fête de Tabaski, le Grand marché respire l’ambiance festive qui caractérise les veilles des fêtes religieuses au Mali. Le marché semble bien approvisionné, contrairement aux deux dernières années. La fermeture des frontières, imposée par la crise sanitaire, empêchait les commerçants import-export d’aller s’approvisionner à l’extérieur. 

Si les boutiques sont achalandées, certains commerçants trouvent que les ventes ne sont pas à hauteur de souhait. Mamourou Coulibaly tient une boutique de prêt-à-porter pour enfants. « à cause de la cherté de la vie, les affaires ne marchent plus. Tout tourne au ralenti », constate ce commerçant. Avouant avoir du mal à s’en sortir, il espère que la grande affluence lui profitera avant le jour de la fête. Sa collègue abonde dans le même sens. « Je vends des chaussures et accessoires pour petites filles. Il est très difficile d’écouler plus de dix paires par jour, car il y a trop de vendeurs de chaussures », estime Mme Koné Alima.
Il est pratiquement difficile de se frayer un passage au marché
D’autres vendeurs disent tirer leur épingle du jeu, malgré la situation économique et financière difficile. Vendeur ambulant de basin riche, Mamari Diallo confie qu’il réalise un bénéfice net journalier évalué à 30.000 Fcfa. L’année dernière, au même moment, il peinait à écouler ses articles. également vendeuse de ce tissu prisé des Maliens, surtout pendant la fête du sacrifice, Fatoumata Diallo se dit satisfaite jusque-là. « J’ai presque tout vendu. Je m’en réjouis vraiment», s’exclame-t-elle.

DES BÉNÉFICES- Comme elle, beaucoup d’autres marchandes ambulantes font de bonnes affaires. Rose Traoré, une vendeuse à la sauvette, propose plusieurs articles. Venue au marché très tôt le matin, elle dit avoir déjà réalisé un bénéfice supérieur à 20.000 Fcfa. La fête s’annonce belle pour la vendeuse. Plus loin opère Mariam Sidibé. Cette vendeuse de tissus «brodés» prisés par les femmes, juge le marché plus intéressant par rapport à l’année dernière. 

Installé dans les parages, le gérant d’une grande boutique de vente de Basin prêt-à-porter se frotte les mains. Il accumule une recette journalière de plusieurs milliers de Fcfa. à ce magasin est contiguë une boutique de vente de bijoux. Là, la majorité de la clientèle est constituée de femmes. Son gérant fait de bonnes affaires, grâce à ses articles visiblement à la mode comme les bijoux, les boucles d’oreilles, les bagues et autres accessoires. Leurs prix varient de 2.000 à 50.000 Fcfa, détaille-t-il.

Cette ambiance festive et profitable aux commerçants semble se faire à la douleur des chefs de familles, confrontés à des problèmes financiers. Ces difficultés financières sont essentiellement dues, selon Mamadou Diabaté, à la crise sanitaire qui est à l’origine de la hausse des prix de certaines denrées alimentaires de première nécessité notamment la viande, l’huile et autres. Comme conséquence, «pour pouvoir satisfaire les dépenses familiales liées à la fête (prix de condiment, vêtement pour les enfants), je fais chaque année un prêt à la banque car mon revenu ne me permet pas de satisfaire les besoins de ma famille », explique-t-il. 

D’autres, par contre, considèrent la fête comme un moment privilégié pour faire des provisions. «La fête est le moment propice pour faire beaucoup d’achats à bas prix. C’est une période de soldes chez nous», pense Mme Diarra Fatoumata Maïga. à l’en croire, ily a une baisse sur les prix des articles tels que les habits, les chaussures et les accessoires. Dans l’après-midi, à la place «Dabanani», la fièvre s’intensifie. Sotrama, taxis, motos-taxis, kata-katani (tricycles) et pousse-pousse, transportant les marchandises, obstruent les passages. Difficile de se frayer un chemin. Des passagers de Sotrama, visiblement pressés, préfèrent faire le reste du trajet à pied.

Dans cette ambiance festive, le respect des gestes barrières en cette période de Covid-19 est négligé. La fièvre de la fête semble avoir chassé, pour un temps, les précautions.

Anne-Marie KEÏTA

Source: L’Essor