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C’est aux environs de 15 heures, dans l’après-midi de mardi 8 août qu’une importante délégation de l’AMPT a débarqué à Djenné, première étape de sa mission. La délégation qui se composait de Souleymane Coulibay, président de l’association, Tiemogo Dembélé, secrétaire général, Karen Crabbs de Toguna adventures et de Amadou Damba de Tara Africa Tours, a reçu un accueil très chaleureux de la part des responsables locaux.
Il s’agit, entre autres, du maire de la ville Gouro Duoro Cissé, du préfet adjoint Kantona Diawara, du président des guides, Ali Kouyaté.

Des discussions cordiales mais franches, portant sur le bon déroulement de la prochaine saison touristique, ont eu lieu au bar restaurant du campement. Le ton fut d’ailleurs donné par Tiémogo Dembélé, le directeur de Bambara Tours qui a expliqué aux élus locaux que les professionnels du tourisme se font beaucoup de soucis quant au bon déroulement de la saison touristique en phase de préparation.  » C’est justement à cause des informations et des recommandations de nos clients que nous avons décidé de rencontrer les décideurs de cette ville pour qu’ensemble nous trouvions des solutions pour faire de la saison touristique en vue, un succès« .

10 000
touristes par an à Djenné

Parmi les préoccupations de l’AMPT, le secrétaire a énuméré la propreté de la ville et son circuit touristique qui, d’après lui, est assez limité. « Nous pensons donc, que grâce aux taxes que chaque touriste paye et à nos contributions nous pouvons assainir le circuit touristique de Djenné. Nous voulons donc voir comment travailler avec vous » a-t-il poursuivi.

L’interdiction de visiter la mosquée et l’utilisation de l’argent du bac de Djenné sont deux autres préoccupations importantes soulevées par le directeur de Bambara Tours.
Le maire de Djenné dans sa réponse, s’est dit très honoré par la visite de l’AMPT.

« Notre ville reçoit 10 000 touristes, cet apport nous permet de faire face à beaucoup de choses. La moitié de cet argent va justement à l’assainissement. Ce qui fait qu’aujourd’hui, avec l’appui des partenaires, après l’hivernage, Djenné est propre. Il y a un système d’évacuation d’eau; les GIE quant à eux, s’occupent des déchets solides « .

Par rapport à l’utilisation de l’argent des taxes perçues par la commune, l’adjoint au maire, Alassane Bocoum dira : « les taxes ne peuvent pas assurer l’assainissement de Djenné, d’autant plus que la ville n’a enregistré des progrès que depuis l’arrivée de notre équipe à la mairie« . Il a cité à leur actif, le système d’infiltration, la construction des caniveaux, et le montage d’un schéma directeur d’assainissement de la ville de Djenné évalué à 6 milliards F CFA. Et c’est à cause du coût exorbitant du projet que la mairie procède par étape.

 » De notre côté, nous nous sommes organisés pour assainir notre ville, c’est ainsi que nous avons créé une caisse des guides, et nous sommes les premiers à organiser les journées d’assainissement  » a soutenu le président des guides.

Dans son intervention, l’adjoint au préfet a relevé que «  si nous avions été briefé d’avance sur l’objet de votre mission, nous allions nous préparer et cela aurait facilité les choses. Car, en effet, nous visons le même but. Il y a déjà des recettes prévisionnelles pour l’installation des systèmes d’infiltration d’eau, la ville a aussi bénéficié de plusieurs instruments mais qui servent à d’autres fins. Mais faut-il avouer qu’en deux ou trois ans, il y a eu des changements « .

Après d’amples explications fournies par le président de l’AMPT sur la forme de coopération voire la qualité de l’appui que son association compte apporter à la ville de Djenné, il fut décidé la mise en place d’une commission mixte.

Autres sujets évoqués, la date du crépissage de la mosquée et aussi celle du centenaire de la ville de Djenné. Sur ces deux questions, les élus locaux ont avoué leur incapacité à se prononcer. Seuls les aînés peuvent le faire, cependant ils promirent de diligenter l’information aussitôt qu’une date sera fixée. Avec force et arguments, Souleymane Coulibaly a, une fois de plus, expliqué pourquoi il était important que les dates de ces deux événements soient connues d’avance.

Les touristes seront avertis à temps et les infrastructures adéquates seront mises en place pour les accueillir. A Djenné, il y a beaucoup de manque à gagner. Aussi, a-t-il demandé aux élus locaux de sensibiliser les aînés et de trouver une solution.

Pour boucler sa mission, la délégation a rendu une visite de courtoisie à l’imam de la mosquée de Djenné. Une démarche qui fut appréciée, à juste titre, par le grand serviteur de Dieu.

La deuxième partie de la mission concernait la rencontre avec Daniel Guirou, le maire de Sangha. Elle s’est déroulée à l’hôtel Kanaga de Mopti.

Les discussions ont surtout porté sur le développement durable de la ville de Sangha et aussi sur le comportement peu amical des populations vis-à-vis des touristes.

Sur ce dernier point, il était question des enfants qui viennent chanter et si les touristes ne donnent pas de cadeaux, ils lancent des cailloux sur eux.

Quant aux petits revendeurs voire les femmes, si les touristes n’achètent pas leurs produits ils les pourchassent à coups de cailloux.

Autres pratiques néfastes, c’est le fait de creuser des trous profonds pour piéger les voitures des touristes. Une fois le véhicule embourbé, ils accourent pour offrir leur service moyennant la somme de 50 000 F CFA pour dégager le véhicule.

Les enfants doivent cesser de harceler
les touristes

Souleymane Coulibaly pense qu’il faut conjuguer les efforts pour sensibiliser les populations et pour rendre la ville un peu plus propre. Mais la plus grande tâche, est selon lui, la formation des enfants.  » Il faut que ces derniers cessent de suivre les touristes. Aujourd’hui, les touristes n’ont pas besoin des guides qui connaissent la route mais des gens cultivés « a-t-il soutenu.

Même son de cloche chez Tiémogo Dembélé, pour qui, Sangha vit de l’agriculture alors que c’est le tourisme qui peut le sauver. En 2003, le marathon Desert Cup devait passer par Sangha, les organisateurs ont pris la décision de ne pas passer par là, à cause du comportement de ses populations.

Le Maire de Sangha s’est dit très ravi d’échanger avec les professionnels du tourisme. « J’ai toujours caressé l’idée de rencontrer les acteurs du tourisme dans le souci de mieux organiser ce secteur dans ma commune. J’ai même tenté de réunir les guides mais rien n’a marché. Je suis donc très ravi de votre démarche et surtout du rôle primordial qu’un maire peut jouer » a-t-il déclaré.

L’AMPT, par la voix de son président, a donc préconisé pour le développement durable de Djenné, la conservation des sites touristiques et surtout d’aider à la conservation de la falaise dogon et à travers de petits projets de développement du circuit touristique. A cet effet, il a été décidé la mise en place d’une commission.

A en juger par le langage de franchise qui a marqué les deux rencontres au pays dogon, la mission de l’AMPT a non seulement été un succès, mais aussi laisse entrevoir une lueur d’espoir pour le développement du tourisme dans cette zone.

Pierre Fo’o MEDJO
Envoyé Spécial

11 août 2006.