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La première Dame noire des Etats-Unis, qui a beaucoup contribué à la réussite politique de Barack Obama, entend profiter de son statut pour faire œuvre utile. Elle est déjà une référence et un “top model” pour de nombreuses personnes.

Dans « Soundjata ou l’épopée Mandingue », l’historien guinéen Djibril Tamsir Niane met en relief le rôle de la femme dans la réussite des hommes en relevant que Sogolon, la femme buffle, est à l’origine du succès inédit de l’empereur du Mali dans la mesure où tout a été la résultante de son mariage avec le roi Naré Maghan, père du héros du XIIe siècle.

S’il y a quelqu’un qui a été incontournable dans la conquête de la Maison Blanche par Barack Obama, c’est sans doute sa douce moitié Michelle Lavaughn Obama née Robinson.

Le 1er président noir des USA l’a lui-même avoué dans son discours devant une foule en délire à Chicago en cette nuit exceptionnelle du 4 novembre 2008. « Je ne serais pas devant vous ce soir sans l’aide inconditionnelle de ma meilleure amie depuis 16 ans, le roc de notre famille et l’amour de ma vie, la future première Dame de notre pays, Michelle Obama ».

Ce n’était pas pour une simple formalité que Barack Obama lui a rendu hommage, mais pour un travail bien accompli. Celle qui a fêté ses 45 ans seulement 3 jours avant de devenir officieusement First Lady des Etats-Unis a été de tous les combats visant à propulser son mari au-devant de la scène.

De leur première rencontre lors d’un déjeuner d’affaires dans le cadre d’un cabinet de droit qu’ils servaient ensemble à Chicago à aujourd’hui. C’est à Michelle qu’était confié l’encadrement de Barack lors de son passage au cabinet juridique, lieu du début de leur romance.

Depuis ce tournant décisif de sa vie, suivi de leur mariage en 1992, elle n’a cessé d’user de son influence en tant qu’avocate et de ses relations sociales pour pousser son mari à gravir les échelons politiques même si elle n’était pas totalement partante au départ pour une carrière politique de l’homme dont le succès éclatant surprendra le monde entier. En 2000, la native de Chicago a tapé à toutes les bonnes portes avant de constater l’échec de la candidature de Barack Obama à la Chambre des représentants.

Ce n’était que partie remise pour elle puisqu’en 2004, elle aidera triomphalement son mari à devenir sénateur de l’Illinois. Puis vint l’élection à l’investiture démocrate pour la présidentielle dernière face à la charismatique Hillary Rodham Clinton et la victoire contre le républicain McCain.

Engagement exemplaire

La mère de Malia et Sasha Obama a certes consenti d’énormes sacrifices pour la brillante carrière politique de son mari et a même renoncé à certains emplois juteux pour le supporter, mais une de ses interventions lors de la dernière campagne a été primordiale dans la décision d’Américains, à en croire des observateurs politiques.

Quand le candidat Obama était acculé par les critiques de ses adversaires qui l’accusaient de “se pavaner avec les terroristes”, en l’occurence Bill Ayers, Michelle est montée au créneau en défendant vaillamment son mari et en le décrivant comme un homme qui serait un bon président.

« Je ne connais aucune personne impliquée dans la politique d’éducation à Chicago qui ne soit pas en contact avec Bill Ayers. Le peuple américain n’a pas besoin des questions sur ce lien. Ça fait 20 mois qu’on est en campagne et les Américains ont eu à connaître Barack. Il a écrit un livre, des livres ont été écrits sur lui. Ils connaissent son cœur, son esprit, et je veux seulement leur demander de juger Barack et les autres candidats sur leurs actions, leur caractère, plutôt que sur ce que quelqu’un a fait quand il avait 8 ans » .

Cette précision et cette efficacité de Michelle Obama dans ses actes est d’abord le fruit d’un bon parcours universitaire. Fille d’un employé d’une usine d’eau et d’une secrétaire, donc issue d’une famille pauvre dont les ancêtres ont été esclaves dans l’Etat de Caroline du Sud, où elle a toujours des parents, Michelle Obama a accumulé les diplômes universitaires. Elle détient une maîtrise en sociologie de l’Université de Princeton et une autre en droit, comme son mari, obtenue en 1988 à la célèbre Université Harvard.

Révolutionnaire, Michelle Obama l’est. Et les universités qu’elle a fréquentées ont été des tribunes pour elle. A Princeton, elle a dénoncé la méthodologie d’enseignement de la langue française qui, pour elle, devait être plus axée sur la conversation. Elle est allée plus loin en écrivant son mémoire de fin d’études sur « Les Noirs éduqués de Princeton et la communauté noire ». La lutte de l’adepte du changement a continué à Harvard où elle a participé à des manifestations visant le recrutement de professeurs issus de minorités sociales.

Comme si l’histoire l’attendait de pied ferme, c’est cette militante de la reforme qui incarne le changement aujourd’hui en se retrouvant première Dame noire des USA, une chose à laquelle elle-même ne s’attendait guère il y a seulement quelques années. En plus du fait qu’elle aura un impact immense sur les décisions du 44e président des USA en tant que « confidente », la géante dame sait bien à quoi s’en tenir avec son statut de première Dame. Elle reste ambitieuse et laisse présager que son combat n’est pas terminé.

« Top model »

Croyant qu’elle peut “beaucoup faire avec la plate-forme” qui lui est offerte, elle entend s’intéresser aux problèmes relatifs aux familles des militaires ainsi qu’à l’équilibre emploi vie pour les femmes.

Cependant, a-t-elle déjà répété, l’éducation de ses deux filles restera sa priorité. Et elle sait ce que c’est que de devoir jongler entre carrière professionnelle et famille. Celle dont même les moments les plus intenses de la campagne n’ont pas détourné l’attention qu’elle accorde à ses progénitures n’a pas de programme public pour l’instant, le temps de permettre à Malia et Sasha de s’adapter à la Maison Blanche.

« Honnêtement, mon premier travail sera de continuer à être la maman en chef et de veiller à ce que durant cette transition, elles prennent leurs marques et sachent qu’elles continueront à être le centre de notre univers ».

Michelle Obama sera une référence pour les Américaines vu surtout la réputation de « top model » dont elle jouit à travers le pays. Ressemblant plus que jamais à une icône de la mode, l’élégante grande dame au sourire angélique a une garde-robe qui fait l’objet de tous les commentaires. Avec un style vestimentaire “imparable”, ses habits, à l’image de ceux qu’elle portait le jour de l’investiture historique de son mari, s’arrachent dans les boutiques et sa coiffure devient de plus en plus prise parmi les demoiselles.

Vient s’ajouter à toute cette longue liste, sa tendresse exceptionnelle avec son mari qu’elle ne cache même pas en public. Hellen Garett, une Noire de Raleigh (Caroline du Nord) a été séduite par le degré d’affection du couple Obama : « J’adore les voir montrer publiquement leur amour. Qu’Obama choisisse une grande, brune et belle femme comme épouse signifie beaucoup pour moi. Surtout que la perception de la beauté n’a toujours pas été assimilée à la femme noire ». A n’en pas douter, la première Dame est une fierté pour les Américaines noires et pourquoi pas la femme noire tout court ?

En tout cas, avec son expérience de la vie publique, son éducation, sa popularité grandissante et son parcours professionnel émaillé de postes de responsabilités (avocate, assistante au maire de Chicago, directrice exécutive du Bureau de Chicago des Allies publics, vice-doyen chargé des affaires estudiantines à l’Université de Chicago…), tout porte à croire qu’elle répondra présente dans son rôle de First Lady.


Mais, attendons de voir l’artisane à l’œuvre !

Ogopémo Ouologuem

03 Février 2009