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Le gouvernement de 34 membres que viennent de composer le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et son premier ministre saura-t-il répondre aux attentes de changement du peuple malien ? Aussitôt l’attelage rendu publique, les milieux politiques et sociaux se sont embrasés en commentaires.

Pour certains, il ne faut pas se faire d’illusion. Le nouveau gouvernement n’est qu’un recyclage de personnalités issues des pouvoirs Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré. Ce qui leur fait douter de la volonté de changement de la part du président IBK. Il faut dire que les deux tiers du gouvernement ne sont pas à leurs premières expériences ministérielles. Les plus positivistes voient en cette remarque un atout. «C’est le changement dans la continuité», répondent-ils.

Dans le milieu politiques, les avis sont autant partagé : «Je trouve que c’est un gouvernement pléthorique par ces temps qui courent au Mali, une année de difficultés, de sortie de crise, 34 ministres, peut-être, c’est la première fois qu’on a autant de ministres au Mali», a remarqué Soumaïla Cissé, adversaire d’IBK au second tour, sur RFI. «Je m’étonne qu’on puisse faire du neuf avec [les anciens ministres des régimes AOK et ATT, Ndlr]», a-t-il soutenu, tout en souhaitant «bonne chance» à la nouvelle équipe. Le RPM et ses alliés de la coalition «Le Mali d’abord» se taillent la part du lion, avec au moins quinze départements. Si le ministre de la sécurité est apolitique, il nous revient que le colonel Sada Samaké, qui avait d’ailleurs occupé ce poste sous Alpha Oumar Konaré, est un homme de confiance du président IBK.

Les «forces du changement» qui revendiquent la victoire d’IBK à l’élection présidentielle de 2013 constate leur mis à l’écart. Ni la Copam, ni le MP22 n’ont été consulté pour la formation du nouveau gouvernement, selon des sources proches des deux regroupements politiques. Ils ne figurent donc pas dans l’attelage constitué ce dimanche 8 septembre. «Nous considérons l’élection d’IBK comme le début de la sortie de crise», a déclaré le président de la Copam, le Pr Younouss Hamèye Dicko, assurant que son organisation fait toujours «confiance au président de la République». «On va jugez le gouvernement à l’œuvre», a-t-il conclu.

Les nouvelles autorités ont-t-ils voulu se départir des tendances politiques qui se sont créées à la faveur de la crise politique ? Rien n’est moins sûr. Le jeune maire de la commune IV du district de Bamako, Moussa Mara, a eu sa part du gâteau, mais il n’est pas certain qu’il siège au gouvernement au nom de la Convergence pour sauver le Mali (CSM). Sa nomination, relevant plus d’une stratégie politique, viserait à permettre au Rassemblement pour le Mali (RPM) d’avoir une bouffée d’oxygène aux prochaines élections législatives en commune IV, fief d’IBK mais fortement secoué par Moussa Mara.

Mara est, avec Me Mamadou Gaoussou Diarra et Mahamane Baby les plus jeunes ministres du gouvernement Tatam Ly. Ils sont à leurs premières expériences ministérielles mais bénéficient d’un préjugé favorable au sein de l’opinion publique malienne. On ignore le parcours politiques de Mahamane Baby. Mara, président du parti Yèlèma (le changement, en bambara), est libéral pendant que son collègue ministre de la jeunesse et des sports est plus proches des mouvements politiques de gauches. Pendant la crise politique malienne, l’avocat a défendu les responsables de la Copam, notamment le président Younouss Hamèye Dicko lors d’un procès pour «troubles grave à l’ordre publique». En 2011, le jeune avocat s’est illustré dans le mouvement « touche pas à ma constitution » qui s’est opposé à la reforme constitutionnelle proposée par le président Amadou Toumani Touré.

Ce gouvernement ressemble fortement à un test de compétence pour la jeunesse. Le chef du gouvernement fait parti des plus jeunes à occuper ce poste. Le nouveau ministre de l’industrie et des mines, le Dr Boubou Cissé, qui entame sa première expérience gouvernementale, est lui aussi d’un âge inférieur à la cinquantaine.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 9 Septembre 2013