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Le Mali est le champion de la tracasserie routière sur fonds de corruption. L’amer constat provient du Rapport relatif aux premiers résultats de l’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) sur les axes routiers inter-Etats. Un document présenté lors d’un atelier de restitution qui s’est déroulé à Ouagadougou (Burkina Faso), la semaine dernière et qui a porté sur des enquêtes menées du 26 octobre 2006 au 30 mai 2007 dans l’espace UEMOA. Encore une fois, nos autorités nationales sont interpellées sur les pratiques corruptrices qui font des ravages dans notre économie nationale et celle de la sous région. Sans compter tout le tort qu’elles portent à la réputation et à l’image extérieure de notre pays. Le Rapport en question a été réalisé grâce au sponsoring de l’USAID.

L’Observatoire a collecté au total 265 fiches d’enquêtes dont 225 soit 85% sur le corridor Tema Ouaga, 31 fiches, soit 12% sur le corridor Lomé Ouaga et neuf fiches, soit 3% seulement sur le corridor Ouaga Bamako. Ces écarts, dus à la stratégie utilisée (étape par étape), nous obligent à exercer une certaine prudence.

Sur la question de savoir sur quel corridor a-t-on constaté le moins d’arrêts ? Nous avons le corridor Lomé Ouaga avec 18 arrêts, soit 1.76 sur 100 km, le corridor Tema Ouaga 25 arrêts, soit 2.52 sur 100 km et le corridor Ouaga Bamako : 24 arrêts, soit 2.65 sur 100 km.

A cette autre question : dans quel pays a-t-on constaté le moins d’arrêts ? En réponse, il ressort que c’est au Togo où on arrête le moins avec 11 arrêts sur 746 km, soit 1.5 arrêt sur 100 km. Il est suivi par le Burkina où il y a 19 arrêts sur 946 km, soit deux arrêts sur 100 km, sept sur la portion Dakola Ouagainter, cinq sur Ouaga-inter Koloko, et sept sur Cinkansé Ouagainter, respectivement 184 km, 488 km, et 274 km). Puis, le Ghana totalise 18 arrêts sur 808 km, soit 2.2 sur 100 km. Le Mali ferme la marche avec 19 arrêts dénombrés sur 417 km, soit 4.5 arrêts sur 100 km.

Dans quel pays extorque-t-on moins ? En réponse à cette question, nous avons le Togo qui arrive également en tête. On extorque respectivement par pays et sur 100 km.
En détail, nous avons : Togo: 24,87 $ (12 186 F CFA) par camion, soit 3,33 $ (163 2 F CFA) sur 100 km, le Ghana : 33,74 $ (16 532 F CFA) par camion, soit 4,17 $ (2043FCFA) sur 100km, le Burkina : 82,56 $ (40 454 F CFA) par camion, soit 8,73 $ (4 278 F CFA) sur 100 km et le Mali : 104,62 $ (51264 F CFA) par camion, soit 25,09 $ (12 294 F) sur 100 km.

A la question de savoir à quel temps s’élève le retard sur route par pays ? L’enquête révèle la perte de temps subie dans chaque pays. Au Togo, nous avons l h 54 par camion, soit 16 min sur 100 km, de Lomé à Cinkansé.

Au Burkina : 3 h l7 par camion, soit 21 min sur 100 km, avec des différences notables entre Cinkansé Ouaga (21 min), Ouaga Koloko (15 min) et Dakola Ouaga (3 5 min) Au Ghana : 2 h 44 par camion, soit 21 min sur 100 km de Tema à Paga . Et enfin au Mali 2 h 4O par camion, soit 38 min sur 100 km de Koloko à Bamako.

A la question de savoir quel est le corridor où l’on subit moins de tracasseries : c’est Lomé – Ouagadougou, suivi par : Tema Ouagadougou, et Ouagadougou Bamako.

Quel est le pays où l’on subit moins de tracasseries ? En réponse à cette question, nous avons le Togo, suivi du Burkina Faso, du Ghana et du Mali qui boucle la boucle. Ceux qui tracassent sont la police, les douanes, la gendarmerie, les services des eaux et forêts, la direction des transports et autres.

Les perceptions illicites en dollars sur 100 Km par corps et par pays donnent le constat suivant : au Ghana, la police perçoit 1,67 contre 11,49 au Mali, 0,48 au Togo et 1,50 au Burkina. Les douanes au Ghana ont 1,88 contre 5, 74 au Mali, 1,24 au Togo et 4,88 au Burkina. La gendarmerie au Ghana a 0,02 contre 3,18 au Mali, 1,00 au Togo et 1,16 au Burkina.

Les services des eaux et forêts ont 0,00 au Ghana contre 1,20 au Mali, 0,12 au Togo et 0,05 au Burkina. La direction des transports perçoit 0,02 au Ghana contre 1,03 au Mali, 0,23 au Togo et 0,32 au Burkina. Concernant les autres, au Ghana, ils ont 0,58 contre 2,54 au Mali, 0,27 au Togo et 0,81 au Burkina.

La police malienne est la plus corrompue des quatre pays

Pour les perceptions illicites en pourcentage sur 100 Km par corps et par pays, nous avons 40% pour la police au Ghana, 46% au Mali, 14% au Togo et 17% au Burkina. Ce qui laisse apparaître que la police malienne est la plus corrompue des quatre pays.

Pour les douaniers, ils capitalisent 45% au Ghana, 23% au Mali, 37% au Togo et 56% au Burkina. Ainsi, on note que les douanes maliennes sont les moins corrompues. En ce qui concerne la gendarmerie, au Ghana, elle perçoit 0% contre 13% au Mali et au Burkina.

Le Togo ferme le tableau avec 30%. Du service des eaux et forêts, nous avons 0% pour le Ghana, 5% au Mali contre 4% au Togo et I% au Burkina. Là encore, c’est le Mali qui est en tête.

De la direction des transports, nous avons encore 0% au Ghana, 4% au Mali contre 7% au Togo et 4% au Burkina Faso. Enfin, pour les autres, c’est le Ghana qui arrive cette fois-ci en tête avec 14%, suivi du Mali 10%, du Burkina Faso 9% puis vient en dernière position le Togo avec 8%

En somme, il apparaît que c’est le Mali qui est le champion en tracasseries avec 95 milliards de FCFA perçus illégalement par an.

Alassane DIARRA

11 janvier 2007.