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Le cycle de dialogues sans lendemain entre différents protagonistes de la crise malienne à Ouagadougou et les récents propos du chef de la diplomatie française sur la situation à Kidal amenuisent les chances de succès de négociations sous l’égide du président Blaise Compaoré.

En visite à Paris il y a quelques semaines, le président de la République avait promis d’engager incessamment les négociations avec les groupes armés contrôlant la région de Kidal, particulièrement le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Tiébilé Dramé a été nommé conseiller du chef de l’Etat à cet effet et fait les démarches nécessaires dans ce sens.

Les autorités de transition ambitionnent de déployer l’armée et l’administration malienne à Kidal afin de garantir le scrutin présidentiel du 28 juillet sur toute l’étendue du territoire national.

La tâche n’est pas aisée vu la complexité du dossier et les nombreuses embûches, visibles et invisibles, qui se dressent sur le chemin menant à la libération de Kidal. Aujourd’hui, la forme et le fond des échanges avec les groupes armés qui contrôlent la 8e région provoquent des inquiétudes majeures au sein de l’opinion.

Le président Blaise Compaoré du Burkina Faso est le médiateur de la Cédéao dans la crise malienne. A ce titre, il rencontre périodiquement des protagonistes à Ouagadougou. Ce qui serait réellement une bonne chose si les rencontres portaient fruit. Nonobstant les erreurs du passé, le même cadre est maintenu avec presque les mêmes acteurs.

Blaise Compaoré a certes joué un rôle prépondérant dans le dénouement de crises politiques majeures en Afrique de l’ouest, mais il a quasiment flanqué l’échec tout au long de ce processus d’échanges entre les représentants du pouvoir central du Sud et ceux de groupes rebelles du Nord. M. Compaoré doit probablement changer de stratégie pour booster sa crédibilité et être plus efficace dans sa prise de langue avec les uns et les autres.

Ce qui est d’autant plus nécessaire que cela ne servira à rien de continuer à accueillir des délégations, dont les positions restent pratiquement intactes au fil des rencontres. Entendre parler de négociations à Ouagadougou a tendance à sonner plus comme un remake de l’histoire récente qu’une phase décisive vers le retour à la normalité au Mali.

La proposition par le Burkina Faso, mercredi dernier, d’un « préaccord« dans le cadre des négociations entre l’Etat malien et les groupes armés contrôlant Kidal créée un flou artistique autour du dossier. Le contenu réel du « deal« est méconnu de l’opinion, qui s’interroge si c’est une trouvaille du médiateur ou la somme des vœux de Bamako transmise aux ex-rebelles par la médiation.

Dés pipés ?

L’on sait que Tiébilé Dramé a été fréquent ces deux jours dans la capitale burkinabé, mais l’on ignore ses confidences au président du Faso ou vice-versa. Adeptes du double jeu, les représentants des groupes rebelles auraient accepté le document, sans grand commentaire. Comme pour rappeler que les écrits sont différents des faits quotidiens sur le terrain.

Il reste maintenant à savoir si le président Compaoré ne va pas se faire flouer par le MNLA et ses associés. En l’absence de garanties de succès dans les échanges, la voie reste royalement ouverte aux probables options. Et parmi ces dernières se trouvent le déploiement d’une force neutre dans la région pour sécuriser le scrutin du 28 juillet. Mais, cela ne représenterait-il pas un boulevard à une catastrophe certaine ?

L’on sait que la France a étroitement collaboré avec le MNLA et ses associés en vue de la libération de Kidal des mains des islamistes. Les rapports sont toujours au beau fixe entre les deux parties. Et c’est pour cette raison que beaucoup d’observateurs espéraient un début de solution sur la situation de Kidal lors du passage cette semaine du chef de la diplomatie française à Bamako.

Toutefois, Laurent Fabius n’a pas véritablement donné une piste pouvant conduire à une solution définitive ou du moins durable. Il s’est contenté de souligner la nécessité d’une « organisation militaire« pour sécuriser les élections à Kidal. Une référence de taille à la future force onusienne dont les conditions d’arrivée au Mali ne sont pas encore réunies.

Quid de l’armée malienne ? M. Fabius a laissé entendre qu’elle sera à Kidal en « appoint« à la force onusienne, au même titre que l’armée française. C’est précisément cette position française qui présage l’échec des négociations de Ouagadougou et le maintien de statu quo à Kidal.

De même, elle nourrit les soupçons de soutien de Paris au MNLA. En tout état de cause, le gouvernement de transition que l’UNTM et des organisations de la société civile encouragent à faire libérer Kidal avant la tenue du scrutin présidentiel verrait difficilement d’un bon œil cette suggestion de M. Fabius.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

31 Mai 2013