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L’Amphithéâtre Aula Magna de l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako (ULSHB) a abrité, le 24 novembre 2012, la conférence débats portant sur le thème : « Géopolitique du Sahara, crise de l’État, convoitises internationales et luttes de pouvoir au Mali ».

Organisée par l’ULSHB, cette conférence débat a pour but d’impliquer l’université et les universitaires dans les recherches de solutions, dans les problématiques qui sont les nôtres aujourd’hui, surtout en cette période de crise. Elle visait la mobilisation de la contribution des universitaires aux débats qui prévalent actuellement dans notre pays. Le concours du Professeur Issa N’Diaye, Philosophe, enseignant-chercheur, a été sollicité pour développer le sujet. Le Conférencier a tenté de répondre à la question : Pourquoi géopolitique du Sahara? Selon lui, le Sahara est le plus grand désert du monde avec13 millions de Km2, il est reparti entre 12 Etats.

« L’espace est un enjeu majeur dans le monde et est au centre de processus internes qui ont conduit à des crises successives des Etats », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’il y a 20 à 30 ans, que l’Europe avait imaginé un oléoduc qui allait collecté le pétrole du Nigeria, du Tchad, du Niger, de la Mauritanie, du Mali et de l’Algérie, Cet oléoduc allait être connecté au réseau Libyen pour le transport du pétrole au bord de la méditerranée à moindre coût. Le Pr Issa Ndiaye pense que là, nous avons une explication de la guerre de l’espace saharien. Selon lui, tracé de cet oléoduc passe par le Mali, entre temps devenu un enjeu stratégique mondial pour la maitrise énergétique : pétrole, matériaux stratégiques, uranium, gaz, eau, etc.…Il a rappelé que ce projet a été suivi entre autres, de la création de l’organisation commune des régions sahariennes (OCRS) en 1957, le projet de construction en 1875 d’une ligne de chemin de fer qui traverserait le Sahara pour déboucher sur la méditerranée, pour drainer les richesses du Sahara vers la France.

« Elle voulait accorder les indépendances sans cette partie. Mais le projet a échoué », dira Issa N’diaye. Avant d’ajouter qu’avec cet échec, la France a distillé dans la conscience des touaregs qu’il était inadmissible pour une population blanche d’être dirigée par une population noire. «D’où les quatre rébellions avec les mêmes revendications identitaires, ces liens avec l’étranger, ces soutiens extérieurs, et cette volonté de mettre en avant des spécificités alors que toutes les populations vivant dans cette zone sont frappées par les mêmes problèmes », rappellera le Professeur Malien.

Caractéristiques importantes de la dernière rébellion

Il a estimé qu’au delà de la crise identitaire, nous avons une crise avec une dimension religieuse, notamment à travers trois éléments qui composent cette rébellion, à savoir Ançardine, Mujao et Aqmi. « L’on dit que la rébellion actuelle a été alimentée par les armes venant de Libye. Ce n’est pas totalement vrai. Car les recherches d’aujourd’hui montrent que les premières livraisons d’armes du Mnla ont été faites par la France via le territoire Mauritanien. On sait aussi que l’Indépendance de l’Azawad a été proclamée en France et que depuis belle lurette, il y avait une représentation du Mnla en France, au Burkina Faso, en Mauritanie. Par la suite, il y a eu des renforts venus de la Libye», a dit le professeur. Avant d’ajouter que la crise du nord est une occasion rêvée par des multinationales pour faire main basse sur nos ressources, en attendant que des puissances internationales se battent pour contrôler Tessalit dont la position permet de contrôler le Sahara.

Que cache ce projet d’intervention ?

Le Pr Issa N’diaye pense que les puissances occidentales ne songent qu’à faire main basse sur nos richesses. Selon lui, sinon comment d’un côté les puissances occidentales dénoncent l’islamisme militant et ferment les yeux sur les soutiens en moyens financiers, en armement, en aide de toute sorte fournie par l’Arabie Saoudite et le Qatar qui sont les principaux bailleurs du Mujao, Ançardine et d’Aqmi ».
L’Algérie incontournable dans la résolution de cette crise.
Voisin immédiat du Mali, avec 1400 Km de frontière, Issa N’diaye est convaincu que l’Algérie doit jouer un grand rôle dans la résolution de cette crise. « On ne peut pas résoudre ce problème de la rébellion sans un partenariat stratégique avec l’Algérie. Mais le choix néocolonial fait que nous regardons ailleurs, vers l’Europe, alors que la solution est à notre porte. En tant qu’Etat sérieux, nous devrions approcher l’Algérie et jouer carte sur table. Vous voulez quoi, nous voulons ceci, comment ont peut négocier pour créer un partenariat durable», a-t-il conclu.

La Guerre oui, mais avec quelle stratégie ?

« On dit d’aller à la guerre c’est vrai, mais avec quelle stratégie on compte la mener ? », s’est interrogé le Pr Issa N’diaye. Avant de poser des questions à la salle : sommes-nous préparés à des attaques ciblées dans les zones urbaines ? Est-ce que les conséquences d’une guerre ont été mesurées ? Est-on assuré que les populations qui vivent là-bas seront protégées ? Qui va payer la facture ? « Evitons de mettre le doigt dans un engrenage qui nous dépasse et qui risque de nous entrainer dans les décennies de guerres civiles. Je crois qu’on est en train de nous imposer une guerre que nous allons payer plus cher. Nous devons savoir où on met le doigt», a-t-il conclu.

Hadama B. Fofana

Le Républicain du 26 Novembre 2012